Mon journal des championnats - 4 et fin

L'ULM est vain. Poser son cul sur des tubes achetés le prix d'une maison de campagne pour aller faire des ronds dans l'air en consommant ce que l'on ne tolère plus de nos autos depuis longtemps, ça n'a aucun sens. Mais nous autres, on aime ça ! Et nous demande pas pourquoi, on s'en fout, pourquoi.

Et alors, une fois par an, y'en a qui veulent savoir qui est le meilleur en vacuité. J'y suis donc allé voir pour tenter de comprendre ce qui les motive, eux-là. Je suis content, j'ai compris. J'ai compris pourquoi y'en a des qui aiment ça. On se prend au jeu, on regarde les classements chaque soir, on plaisante ensemble, on se congratule, s'auto-congratule, on se fouette de rage quand on a loupé, on se vanne, on boit des canons, on bouffe les horreurs que nous a vendu le comité régional et on se couche, mort de fatigue, pour recommencer le lendemain à l'aube. On se fatigue, on oublie les limites, on a la gagne, toutes dents dehors. Et on oublie l'enjeu :

Rien.

L'enjeu, c'est juste RIEN, les mecs ! Une médaille même pas en chocolat mais en cochonium massif. Un ex champion du monde me disait hier que deux ans après, seuls tes parents s'en souviennent, que t'as été le plus grand des nains ! Et pourtant, on s'y prend. On s'y prend tant qu'on se laisse aller aux limites.

Pour ne pas mourir, il ne fallait pas naître. Et c'est jamais le bon moment. Y'a pas de bon moment pour faire mal à ceux qui t'aiment. Mais t'as pas le choix. Oui, dans la date, si tu veux, vas-y, fais-toi plaisir.

Les qui savent tout derrière leur écran polémiquent. La compète, c'est dangereux. Ducons, c'est la première fois qu'il y a des morts en compète FFPlUM ! Donc, statistiquement, c'est ce qu'il y a de plus sûr. En tous cas, moi, j'ai trouvé ça très sûr. Mais chacun gère son truc comme il le veut. Ils savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Et on ne peut pas revenir à la putain de minute d'avant, celle-là qu'on appelle pourtant si fort depuis.

Arrêter le temps, leur dire "gaffe, c'est rafaleux, remets trois centimètres à ton manche et un poil de gaz". Y'aura jamais cette minute d'avant. Ou plutôt, si, la minute d'avant, ça peut être toutes celles que l'on vit et démerde-toi avec ça !

Je ne suis pas de ceux qui s'inventent des affinités après le drame. Je les croisais par-ci par-là, sur des rassemblements hydro, dont ils étaient experts, ou sur des compètes "salut René, salut Corinne", c'est tout. Et tout ce que j'ai compris, c'est que c'était des gens bien. Pas de ceux qui deviennent bien une fois morts, non, des vrais. Des gens aimés. Je pense à ceux qui les aimaient, mais je ne peux rien faire pour eux. En tous cas, je vois pas. Je suis triste parce-qu'ils sont tristes.

"T'y étais ?" Arrête avec ça ! J'en ai marre d'y être… et de toutes façons, non, j'y étais pas. Personne n'y était. Tu nais seul. Tu meurs seul. Dans la demi-seconde qu'a duré l'action, pendant laquelle ils ont sans doute parfaitement compris ce qui leur arrivait, y'avait personne d'autre qu'eux, seuls tous deux.

J'y retournerai. Et je tâcherai de ne pas oublier qu'il n'y a rien à gagner. Il paraît que la mort doit être utile. On se dit ça pour se rassurer… celles-ci peuvent servir à rappeler ça : ce jeu-là ne sert à rien.

Mais qu'est-ce que c'est bon, quand on aime ça !

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