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10 ans…

 

A l’occasion du dixième anniversaire de notre première livraison, nous répondons ici aux questions que nous entendons le plus fréquemment depuis notre mise en sommeil.

 

Pourquoi le magazine ULMiste ne paraît-il plus ?

 

Si, aujourd’hui, on peut effectivement constater que le magazine ULMiste ne paraît plus, les choses se sont faites un peu par hasard. Il se trouve que nos parutions ont cessé depuis trois ans, mais aucune décision formelle n’avait été prise et n’a été formalisée depuis. L’entité éditrice existe toujours…

 

Pour expliquer l’interruption des parutions, il faut remonter à la genèse de cette belle aventure. Votre serviteur, initiateur de ce magazine, est passionné d’aviation ultralégère depuis son enfance. Devenu instructeur ULM pendulaire après des études de lettres modernes et diverses expériences professionnelles dans la commerce et la communication, me voici, à 26 ans, un peu par hasard à la direction commerciale des Editions Rétine, qui publiaient un certain nombre de titres d’ultralégère, ceux que je lisais depuis des années ! Après dix ans dans cette belle maison, un changement de propriétaire et de ligne éditoriale m’ont amené à cesser d’y collaborer. L’idée d’un magazine alternatif s’est alors un peu imposée d’elle-même.

 

J’avais largement eu le temps de réfléchir à la fonction du journalisme, dont les contours sont, contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, bien plus précis dans la presse spécialisée de loisir. Un journaliste de presse d’information générale informe, commente et choisit des invités. La presse spécialisée, elle, prescrit. L’appréciation apportée à tel produit, événement ou lieu aura un réel impact, positif ou négatif, sur une grande part des lecteurs. Lesquels, fort heureusement et c’est aussi la fonction du journaliste que de les y inviter, ne doivent pas omettre de se faire leur propre idée.

 

Le journaliste spécialisé a donc un rôle économique, qui confère à sa fonction une gravité certaine.

 

Une autre caractéristique de l’information spécialisée est son intemporalité. Le quotidien et le JT de la semaine dernière n’auront plus d’intérêt que pour l’historien. L’essai de l’ULM « Chombier XII » paru en 1992 conserve toute sa pertinence pour celui qui, 28 ans plus tard, s’intéresse à cette machine.

 

Ces deux composantes de la fonction, prescription et intemporalité, qui imposent une certaine rigueur intellectuelle, font qu’il faut être soit inconscient, soit présomptueux pour endosser le rôle ! J’étais dans doute un peu les deux, mais je me faisais un point d’honneur à ne jamais oublier ces réalités, ce qui engendre bien plus de difficultés qu’il n’y paraît.

Ainsi donc, l’ADN même du magazine s’articulait autour de cette colonne vertébrale à deux troncs :

  • Le titre même du magazine devait porter cette volonté d’être au service du lecteur. ULMiste : celui qui pratique l’ULM.

  • Une charte devait engager les intervenants, publiée dans chaque numéro, conforme à la celle de Munich et jamais trahie.

  • ULMiste ne devait dépendre d’aucun investisseur ou groupe externe à la rédaction. Il n’y a donc pas de rédacteur en chef, mais un comité de rédaction, qui propose, relit et valide collégialement le contenu avant parution.

  • La tyrannie de la périodicité ne devait pas s’imposer à la rigueur du contenu. Si un travail non terminé correctement retarde la parution, nous retardons.

  • La publicité payante est limitée à 5% des pages. D’une part pour laisser de la place au contenu, ensuite pour assurer une meilleure indépendance. Et cette publicité payante ne doit en aucune manière influer sur le contenu.

 

Cela a-t-il fonctionné ?

 

Oui, plutôt bien. Nos ventes étaient les plus importantes de toute la presse aéronautique, tous titres confondus. Les éditeurs de presse, qui confient leur distribution à la même entité, connaissent leurs chiffres de ventes mutuels et nous publiions ces chiffres.

 

Mais alors, quelles étaient les difficultés ?

 

La première difficulté vient de la grande disparité du monde de l’ULM. Notre titre nous imposait de ne négliger aucune classe et pourtant il nous fut imposé de faire des choix. Il n’y a plus guère de point commun entre le paramoteur et l’hélicoptère. Bien sûr pas sur la machine utilisée, mais pas non plus sur le domaine de vol, la pratique, les accessoires, les événements, voire la sociologie, etc. Quant à la belle idée selon laquelle nous partageons le même ciel, elle s’effrite devant l’évidence : le paramoteur et le multiaxe de performances ne volent pas dans le même ciel et n’en ont pas la même lecture. Ces divergences concernent aussi, hélas, cette belle utopie de l’autoresponsabilité qui était historiquement l’ADN de l’ULM à la française. Le paramoteur y croit encore quand d’autres n’en veulent plus… Ainsi, vouloir fédérer toutes les classes d’ULM sous un seul titre était très ambitieux.

 

Une autre difficulté est de trouver les compétences et les volontaires. ULMiste a réussi à regrouper une petite équipe de fidèles collaborateurs que je ne remercierai jamais assez, mais qui était inférieure à nos ambitions.

 

Mais la plus grande difficulté fut bien évidemment de nous imposer de dire « la vérité ». Si on sait depuis toujours que l’objectivité absolue n’existe pas chez l’humain, il existe tout de même des moyens d’y tendre et c’est ce que nous tentions de faire. Or, voilà bien une grande difficulté ! Dans la Grèce antique, on tuait les messagers porteurs de nouvelles que l’on ne voulait pas entendre. Le monde dans lequel nous vivons est encore un peu grec ! Il en résulte que les porteurs de mauvaises nouvelles s’exposent, pendant que les craintifs feront preuve d’inspiration !

Les menaces, pressions, harcèlements, plaintes et menaces de plainte en diffamation que nous avons reçues, bien qu’aucune n’ait abouti à la moindre condamnation, en plus d’être fort chronophages et coûteuses, ébranleraient l’homme le plus solide. Surtout lorsque cela peut aller jusqu’à une semaine d’emprisonnement préventif en maison d’arrêt (numéro d’écrou 28043), là encore soldée par une relaxe. Même dans l’ULM, on tue le messager… et il ne se trouve pas grand monde pour venir lui tenir la main ! Loin de moi l’idée de me victimiser, j’assume le prétentieux rôle que j’ai voulu jouer ! Pour un amoureux de la vérité, la prison serait même une forme de Légion d’Honneur… mais elle coûte très cher humainement, socialement et financièrement…

 

Quel avenir pour la presse ULM ?

 

La presse papier, quand elle dit ce qu’on lui demande de dire, n’a plus guère d’avenir économique. L’information sur internet, en France, ne parvient pas à se rémunérer par ses lecteurs et la concurrence est rude avec tous les canaux d’information existants. Et la rémunération par la seule publicité, outre qu’elle est malsaine, a aussi ses limites. L’époque où le journaliste seul détenait une information est morte avec internet et c’est une excellente chose. La plus-value de son travail réside donc dans sa capacité à vérifier et sourcer l’information, la mettre en perspective, la hiérarchiser, la conter ou éventuellement la contredire. Quand on sait qu’un numéro papier de ULMiste coûte plus de 20 000 € avant de rapporter le premier centime, il est de plus en plus risqué de vouloir vivre de l’information. Surtout quand l’affaissement de l’éthique journalistique génère une forme d’amalgame tout à fait naturel…

Si l’on ajoute à cela l’effet Dunning-Kruger, on laisse les experts, ULMistes de père en fils depuis l’année dernière, s’exprimer librement sur leurs canaux « d’auto-information » favoris. Conséquemment, les autres se taisent… il m’aura fallu près de 20 années de presse spécialisée pour que j’admette, enfin, que je suis incompétent et relire Aristote :

« l’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit ».

 

Quel avenir pour ULMiste ?

 

Nos publications sont presque intégralement offertes sur le présent site. L’œil averti note que, de temps en temps, un nouvel article apparaît. Pour la suite et pour les raisons exposées ci-dessus, il est douteux que le magazine papier ne réapparaisse, même si rien n’est jamais exclu. Si une équipe verte et dynamique, armée d’un solide bouclier, se sent de jouer, je suis tout disposé à lui transmettre quelques astuces…

Mais que ceux-là n’oublient pas ce beau proverbe africain :

« plus l’arbre monte haut, plus il prend le vent »

Dont il existe une version plus gauloise :

« plus le singe monte dans l’arbre, plus on lui voit le trou du cul ! »

 

Merci à nos lecteurs !

 

Pierre-Jean le Camus