L'ULM, qu'en pensent nos journalistes ?

Article paru dans ULMiste n°10, juin 2012

 

L'ULM, qu'en pensent nos journalistes ?

 

Depuis plus de trente ans, les ULM papillonnent dans le ciel pour le plaisir de leurs pilotes et de leurs passagers.

Sur la quasi-totalité des aérodromes, des hangars abritent multi axes et pendulaires.

En ce début du XXIe siècle l’ULM est devenu une pièce importante de l’aéronautique de loisir au même titre que l’avion de tourisme, la montgolfière et le parapente.

Si le commun des mortels ne regarde plus l’ULM comme une machine volante insolite et dangereuse, qu’en est-il des journalistes spécialisés qui observent et analysent l’aéronautique civile et militaire ?

 

Stéphane Cosme

 

Pilotes d’ULM rassurez-vous, la totalité des journalistes membres de l’AJPAE (association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace) contactés ont aujourd’hui un regard positif sur votre discipline préférée. Par contre, les approches personnelles de ces personnes envers ces aéronefs démontrent que «le coup de foudre» ne fut pas forcément immédiat et une maturation fut même nécessaire.

 

Nous commençons avec une vieille moustache du journalisme et de l’aviation, Michel Pollaco.

 

Cet ancien directeur de France Info et actuel secrétaire général des rédactions de Radio France est aussi un spécialiste des questions de défense, d’aéronautique, ce pilote d’avion et d’hélicoptère a eu longtemps un regard sévère sur l’ULM.

 

Au début des années quatre vingt, dans les sous-sols de la maison de la radio, il donnait des cours d’aérodynamique à Nicolas Hulot, Sylvain Augier et Jacques Pradel, alors animateurs sur France Inter. Quand ces derniers lui racontaient et décrivaient les vols qu’ils effectuaient en ULM, il avait l’impression que ces hommes qui montaient dans des machines faites de tubes et de toiles étaient en danger, de plus « ils avaient la mentalité des motards en colère ».

 

Au fil des ans, le regard sur l’ULM de ce pilier de la rédaction de France Inter s’adoucissait mais restait tout de même critique au point qu’il refusait d’étendre sa licence de pilote privé au brevet ULM.

 

Son appréciation changea radicalement il y a cinq ans lors de la visite du salon de Blois. Il découvre alors des trois axes robustes, puissants, «de vrais petits avions» et les pilotes semblaient plus sérieux.

 

Mais le chef pilote de l’aéroclub Hispano-Suiza, basé sur l’aérodrome de Cergy-Pontoise, sait mieux que personne que le ciel, notamment en région parisienne, est particulièrement chargé par les espace aériens et le trafic. «Le monde de l’ULM est une sympathique auberge espagnole équipée d’aéronefs de plus en plus performants  mais si les pilotes veulent devenir de vrais aviateurs ils vont devoir être plus rigoureux en matière de radio et s’équiper de transpondeurs. Plus en sécurité, ils réduiront le nombre d’accidents et ainsi la DGAC sera moins tentée de réduire leur espace de liberté».

 

Autre célèbre  pousseur de manche et manettes, le journaliste d’Europe 1 et ancien producteur animateur de l’émission de télévision Pégase sur France 3, Bernard Chabert.

 

Au début des années quatre vingt, celui-ci était également un opposant à la discipline ULM.

L’univers aéronautique rigoureux, complexe, dans lequel il évoluait depuis son enfance ne l’amenait pas à regarder les premiers ULM d’une manière positive, « des machines qui ne respiraient pas le sérieux et pas mal de monde se cassait la gueule ».

 

Son père était pilote et confrère d’Antoine de Saint Exupéry à l’Aéropostale. Par la suite il devenait le dirigeant de plusieurs compagnies aériennes comme Royal Air Maroc et Air Madagascar.

 

En grandissant dans un environnement aéronautique forgé par l’autorité paternelle, à l’âge de 15 ans Bernard Chabert passait son brevet de pilote à Madagascar. Après l’adolescence, il essaya de devenir pilote de ligne en rentrant à l’ENAC mais, portant des lunettes, il fut refusé.

 

Il se tourna alors vers le journalisme, entra à Europe 1 et devint le Monsieur aviation de la station. Parallèlement il continua pleinement dans le pilotage en engrangeant plus de 1600 heures de vols sur des Airbus et chasseurs, en devenant aussi l’heureux propriétaire d’aéronefs comme le Lockheed L-12 Electra et un Piper J-2 de 1936.

 

Aujourd’hui, l’opinion de producteur du site Pégase TV sur le monde ULM est profondément différente. Trois éléments changèrent son avis.

 

Tour d’abord, « on est sorti de l’ULM folklorique de ses débuts » et, en même temps, la réglementation de l’aviation légère est devenue trop encadrée. «Un modèle réduit de l’aviation lourde avec des processus de sécurité qui n’en finissent pas, ce qui impose aux avions d’être en révision pour un oui pour un non, les pilotes privés sont soumis à des contrôles d’aptitudes, ils passent leur temps chez le médecin, l’aviateur du dimanche est, dans le domaine sportif, le plus surveillé ».

 

Ensuite, « la réglementation ULM à ses débuts n’avait pas imaginé le carbone et l’informatique. Les ULM sont devenus avec le temps de vrais avions performants, rapides, avec des tableaux de bord aussi bien équipés qu’un A380. »

 

Enfin, les règles en matière d’atterrissage et la légèreté des machines permettent de se poser sur n’importe quel champ en campagne.

 

En d’autres termes, au fil du temps  « les ULM ont réussi à réunir le meilleur des deux mondes de l’aéronautique de loisir motorisée, c'est-à-dire des appareils performants et une réglementation moins contraignante », affirme Bernard Chabert avec plaisir.

 

Mais pour ce commentateur de la mission Apollo 13, l’excès de liberté de l’ULM a une face cachée : « certes l’ULM permet à de nombreux pilotes exclus de l’aviation générale de continuer à connaître les joies des airs mais d’un autre coté un petit nombre de personnes oublient qu’ils sont des aviateurs et ils deviennent dangereux ! ».

 

En digne héritier du père du Petit Prince, Bernard Chabert appartient à ce courant où l’aviation se mêle à l’humanisme : « les ULM sont des machines délicieuses à piloter et quel bonheur d’aller se poser dans un champ improvisé en terrain d’aviation pour aller voir des amis, c’est une aviation qui crée du lien social ».

 

Ce Girondin est devenu un ULMiste convaincu, la preuve, lui-même envisage d’acquérir une machine tout comme sa deuxième maison, l’aéroclub d’Andernos qui ouvre une section ULM. D’ailleurs, il ne cache pas que son attrait pour l’ULM est aussi venu du fait que c’est désormais le seul aéronef qu’il peut piloter seul, depuis un incident de santé qu’il a narré dans ULM Info il y a quelques années.

 

L’ancien rédacteur en chef du magazine Le Fana de l’Aviation, Michel Bénichou, est un pilote privé aguerri qui ne connaît pas très bien l’univers de l’ULM. Mais lors de l’apparition des premiers pendulaires et trois axes, ce biographe d’Alberto Santos Dumont fait très vite le parallèle avec les pionniers du début du XXe siècle : « il y a trente ans, les ULMistes étaient de vrais faucheurs de marguerites courageux, leurs machines étaient aussi fébriles que l’appareil des Frères Wright ou bien celui d’Henri Farman. »

 

Tout comme l’ancien rédacteur en chef d’Aviation Magazine, Pierre Sparaco, pour Michel Bénichou l’ULM fait penser à l’aviation populaire. Un mouvement sportif initié dans les années 30 par le gouvernement de Léon Blum et plus particulièrement le ministre de l’air Pierre Cot qui voulait démocratiser le pilotage mais se heurta à beaucoup d’hostilités de la part des corps constitués.

 

Mais ce qui continue à surprendre ce biographe de Charles Lindbergh, c’est la diversité des aéronefs qui composent la famille ULM. « Il est étonnant de voir qu’un paramoteur, un autogire ou un trois axes soient des machines volantes qui appartiennent au même genre aéronautique alors qu’elles sont très différentes. Cela prouve que les ULMistes sont des gens ouverts et tolérants qui aiment l’inventivité, là encore on retrouve l’esprit des pionniers ».

 

Pour ce membre actif de l’aéroclub de Compiègne, bon connaisseur des règles strictes de l’aviation légère, la réglementation libre de l’ULM est actuellement une vraie chance pour l’aéronautique de loisir. Mais Michel Bénichou est un historien. Il sait que depuis l’entre deux guerres l’aviation est de plus en plus encadrée, « Les DR 400 et Cessna 172 sont sous l’empire d’une réglementation aussi contraignante que l’aviation commerciale. Quand  l’administration en aura fini avec les avions de tourisme elle s’en prendra aux ULM. »

 

Alors que faire pour retarder au maximum la pression administrative de la DGAC ? « La FFPlUM est vigilante et les pilotes d’ULM doivent être plus rigoureux en matière de sécurité car leurs machines sont de plus en plus performantes notamment en terme de vitesse ».

Là encore, cette plume de l’histoire de l’aviation verrait bien une section ULM ouvrir dans son association.

 

Depuis plus de dix ans sur RFI, Philippe Lecaplain suit l’ensemble de la galaxie aéronautique. Dans le cadre d’une chronique hebdomadaire de quelques minutes, ce journaliste s’intéresse aussi bien aux missions des Rafales en Afghanistan qu’aux championnats du monde de vol à voile.

Naturellement, en tant qu’observateur de l’actualité aéronautique, il a été amené à suivre plusieurs fois des manifestations ULM comme le salon de Blois ou bien le Tour de France.

Très vite les ULMistes l’ont séduit : «des gens sympas, conviviaux,  modestes, aux antipodes de l’aviation certifiée ou de l’hélicoptère et puis leurs relations avec la DGAC, c’est un peu Astérix contre l’empire romain».

 

Mais c’est surtout la philosophie des pilotes d’ULM qu’apprécie le présentateur de la radio internationale : «les ULMistes ont une approche facile de l’aéronautique, le pilotage est simple, ludique et économe. La preuve, ils dorment même sous les ailes de leurs machines» dit-il en souriant.

 

Malgré tout, notre présentateur de RFI reconnaît et déplore que les pilotes d’ULM soient surtout composés de propriétaires et un peu âgés. Il relève également un paradoxe qui freine la pratique de cette activité : «le brevet n’est pas très dur et peu coûteux, mais une fois qu’on l’a en poche, pour voler, on a malheureusement pas d’autre choix que d’acheter un ULM, la culture de la location est presque inexistante, c’est dommage ».

 

Au cours de ses rencontres, ce journaliste est souvent amené à fréquenter les différents acteurs de l’aéronautique et notamment les pilotes de chasse. Et c’est avec amusement qu’il constate que souvent ces chevaliers du ciel sont accrochés à leurs heures perdues, aux suspentes d’un paramoteur pour voler les genoux au ras de la cime des blés.

 

Nous terminons notre article avec Gérard Feldzer, une autre moustache célèbre de l’aviation. Cet ancien commandant de bord d’Air France a toujours œuvré pour démocratiser le vol.

 

Tout en pilotant son A340, il présidait l’aéroclub de France, organisait des manifestations aéronautiques. Son goût pour la promotion de l’aviation trouva son apogée en devenant le directeur du Musée de l’air et de l’espace du Bourget de 2005 à 2010.

 

En 1997 et 1998, il co-anime sur France Inter, avec Fabienne Chauvière « Charlie Fox-Trot ». Depuis 2011 il est devenu journaliste sur France Info en présentant la chronique «Circulez il y a le monde à voir».

 

A la fin des années 70, quand apparaissent les premiers ULM, cet ami proche de Nicolas Hulot regarde avec intérêt et gourmandise ces nouvelles machines : « dès le début j’ai apprécié le mouvement ULM, il y a un minimum d’instruments et on pilote en fonction de ce que l’on ressent. »

 

Au tout début des années 80 avec la bande de Patrick Fourtiq, Henri Pescarolo, il participa aux championnats de France ULM et connut sa première vache suite à une rupture de sa gouverne de direction au-dessus de la ville de Chalon-sur-Saône. Gérard Feldzer fut aussi le premier à traverser la Manche en ULM en 1981, puis à nouveau en 1985 en paramoteur, aéronef sur lequel il fut le premier à voler en France.

 

Aujourd’hui l’amour de ce conseiller régional d’île de France pour l’ULM reste entier même s’il ne pilote plus par manque de temps.

 

S’il reconnaît que l’ULM globalement, par sa philosophie de liberté absolue, est encore une aéronautique facile, il regrette que les trois axes soient devenus de vrais avions : « ils sont de moins en moins souvent composés de tubes et de toiles comme aux premiers temps, la famille trois axes est devenue une facilitation de l’aviation certifiée ».

 

Pour cet ancien pilote de la postale de nuit d’Air France, le pendulaire reste le «gardien du temple » de la famille ULM, «car il rappelle les bases de l’aviation et les sensations de ses débuts, de la même façon qu’ont dû le vivre les anciens et cela est très agréable, d’où ma complicité avec le monde du vol libre et de l’ultraléger ».

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