Naviguons simplement (2)

Article paru dans ULMiste n°10, juin 2012

 

Position dans l’espace, position dans le temps

 

Dans le précédent numéro, nous avons préparé la machine et le pilote et initié le premier exercice. Avant d’aller plus loin, il nous faut savoir identifier sur la carte les repères caractéristiques qui nous seront utiles.

 

Pierre-Jean le Camus

 

Position dans l’espace

 

L’espace comporte trois dimensions, dans lesquelles il nous faut nous situer. L’altitude est donnée par l’altimètre, toujours calé au QNH en navigation. Les indications données sur les cartes ont en effet toujours pour référent le niveau moyen des mers. Le positionnement par rapport au sol se fait à vue, en prenant des repères avant et pendant le vol. Le positionnement dans le temps se fait à la montre au fur et à mesure de l’avancement du vol.

 

Prises de repères

 

La navigation à vue se mène essentiellement aux repères. Sauf cas de force majeure (absence de repères fiables), le compas et la montre ne servent qu’à valider, au fur et à mesure de l’avancement, que les repères pris et identifiés sont bons. Si lors de la préparation d’une navigation nous prendrons soin de trouver sur la carte les repères qui nous sembleront faciles à identifier au sol, une fois en l’air ce travail se mène dans les deux sens. Ainsi, en même temps que nous chercherons les repères que nous avions identifiés sur la carte, nous nous efforcerons de localiser sur la carte tout autre élément distinctif que nous trouvons au sol. Toutefois, la priorité ira toujours au sens carte – sol. La lecture sol - carte ne sert qu’à valider les repères précédents ou d’autres trouvés en route. Carte – sol d’abord, sol – carte ensuite, voilà les clefs d’une navigation réussie.

 

Quelques repères caractéristiques

 

Deux individus ne perçoivent pas de la même manière le même environnement. Ainsi, lors d’une promenade en ville, nous pourrons noter que tel observe plutôt l’agencement des rues, tel autre les façades des immeubles, un autre encore les espaces verts, les toitures ou les filles. Il est donc important qu’au fur et à mesure que notre expérience de la navigation s’accroît, nous sachions découvrir quels sont les repères qui captent le mieux notre attention. Mais il faut bien débuter quelque part, aussi voici une liste de repères « universels » à identifier sur la carte avant de partir, parmi lesquels il appartient à chacun de trouver quels sont ceux que d’instinct il trouve le plus naturellement, afin que les navigations ultérieures soient préparées avec les plus grandes chances de réussite.

 

Forêts

 

Les forêts constituent de bons repères. Si elles sont identifiées sur la carte, il y a de grandes chances pour qu’elles soient visibles telles quelles au sol. Toutefois il faudra prendre en compte la parallaxe et intégrer le fait que, selon notre hauteur de survol, le contour sera quelque peu déformé par rapport à celui donné sur la carte. A l’inverse une fois en vol, une forêt au contour caractéristique que nous n’aurions pas identifiée sur la carte au moment de la préparation pourra permettre de confirmer sa route ou se retrouver en cas d’égarement passager. Une fois en vol, ce travail du sol vers la carte permet également de prendre la mesure de la taille des forêts que les cartographes ont jugé utile de reporter sur le papier. Cet élément quantitatif et parfois qualitatif donne la mesure des forêts qu’il faudra ou non prendre en compte pour les prochaines navigations.

Astuce : les forêts sont colorées en vert sur la carte, mais seront de couleur bien plus sombre en réalité, voire même presque noires.

 

Lacs et cours d’eau

 

Les lacs, en employant la même méthode que pour les forêts, constituent de très bons repères, lorsqu’ils sont reportés sur la carte, bien entendu. Les cours d’eau, en revanche, ne sont fiables que s’ils sont importants. Une rivière ne s’identifie au sol que grâce à la haie d’arbres qui généralement la borde ou par le découpage particulier qu’elle impose aux contours cadastraux des champs par ailleurs rectilignes. Un canal, par nature artificiel, est rectiligne donc plus facile à trouver et suivre.

Astuce : les lacs et cours d’eau, en bleu sur les cartes, ne le sont pas en réalité. Leur couleur est plutôt verdâtre et sombre, voire marron clair après de fortes pluies.

 

Routes

 

Les routes ne sont de bons repères que si elles sont importantes. En effet et à moins de se trouver à leur verticale, on les identifie à la circulation qui les occupe. Or, les camions étant plus faciles à voir que les autos ou motos, les nationales sont bien plus aisées à reconnaître qu’une petite route départementale. En même temps que nous identifions une route, nous nous efforçons de déterminer notre position par recoupements entre les divers virages, croisements ou villages traversés.

Astuce : les poids-lourds ne circulant pas ou très peu le dimanche, il se peut que l’on ne trouve plus ou difficilement, une nationale que l’on avait pourtant très bien vue la veille !

Astuce : les portions de ligne droite qui convergent vers notre position sont d’excellents repères. Qu’on les trouve au sol ou sur la carte, il faut toujours les identifier afin d’être sûrs que nous sommes au bon endroit au bon moment.

Les autoroutes constituent les meilleurs repères routiers. Toutefois les longues portions de lignes droites peuvent parfois imposer de prendre d’autres repères pour se situer dans le temps. Les chantiers d’autoroutes sont assurément les meilleurs repères possibles, lorsqu’ils sont reportés sur les cartes aéronautiques, ce qui est généralement le cas. Une bonne raison de plus de voler avec des cartes à jour !

 

Croisements

 

Si les routes ne sont pas toujours les meilleurs repères, les croisements en revanche le deviennent lorsqu’ils sont caractéristiques. L’expérience aidera à identifier quels sont ceux qu’il faut retenir, mais d’une manière générale il faut chercher ceux qui se démarquent de tout autre alentour : croisement à angle droit, croisement en lisière de forêt, au bord d’un lac, ou en un lieu précisément identifiable.

 

Voies de chemin de fer

 

Les voies de chemin de fer constituent de bons repères du fait que leurs tracés comportent de nombreuses et longues portions de lignes droites et des courbes très douces. Vu d’en haut, elles sont noires. Si un train circule, plus de doute possible. Néanmoins, elles peuvent être moins visibles qu’une autoroute par exemple et facilement se perdre de vue. Les suivre demande donc une attention assez soutenue.

 

Villes et villages

 

Les villes et villages ne sont pas toujours les meilleurs repères. En effet, ils ont tous une fâcheuse tendance à se ressembler vus d’en haut. Un village aura toujours une configuration standard : une route principale qui le traverse de part en part, un clocher, une place arborée, un cours d’eau. Aussi, dans la préparation des navigations, faut-il ne retenir que les villages marqués d’une nette identité. Par exemple, les villages traversés de deux routes aux trajectoires caractéristiques, une route ou voie de chemin de fer qui contournent, une lisière de grande forêt, un relief caractéristique, etc.

Les villes plus importantes peuvent parfois entraîner les mêmes confusions, d’autant plus difficiles à contrer que nous ne pouvons généralement pas les survoler à leur verticale, à moins de monter à une altitude qui n’est pas celle de notre navigation et qu’il est donc vain d’atteindre pour simplement valider ce repère. Une ville s’identifiera donc plutôt par déduction, grâce aux autres repères que nous aurons pris soin de valider en route.

 

Lignes haute tension, éoliennes, centrales nucléaires

 

Les lignes haute tension constituent traditionnellement de bons repères en aviation. Toutefois, les suivre demande une grande attention, elles ne sont pas aussi facilement visibles qu’il n’y paraît, selon les lieux, la hauteur de survol et l’heure de la journée. Ce sont les poteaux qu’il faut chercher, on ne voit que rarement les fils qui les relient. Les jonctions de ligne sont de bons repères, à utiliser pour valider une position déjà supposée, plutôt que comme repère primaire. Les éoliennes étaient d’excellents repères il y a dix ans, quand il y en avait peu. Maintenant qu’elles pullulent, c’est moins simple, d’autant qu’elles ne figurent pas toutes sur nos cartes. Là encore, à exploiter pour valider une position.

En revanche, la centrale nucléaire est la reine de nos repères ! Surtout son panache de vapeur, qui se voit à des dizaines de kilomètres, voire, parfois, des centaines ! Mais attention : plus on vole haut, moins ce repère est exploitable, car le panache ne monte que rarement à plus de 800 / 1000 mètres. 

 

Reliefs

 

A moins d’évoluer dans des massifs montagneux, la navigation au relief est un exercice parfois difficile. Seule l’habitude permet d’interpréter facilement et rapidement les courbes de relief qui ne sont indiquées que de façon sommaire sur les cartes aéronautiques qu’il nous est imposé d’utiliser. Par ailleurs, plus la hauteur de survol est élevée, plus le sol « s’aplatit » visuellement, ce qui efface toute sensation de relief, à moins bien entendu de se trouver en montagne.

 

Comment utiliser ces repères

 

Si nous avons vu en préalable que chaque pilote sera plus à l’aise avec tel ou tel type de repères qu’il lui appartient de découvrir, il n’est que difficilement envisageable de mener une navigation en ne suivant qu’un seul type de repères (forêts, routes, etc.) Ainsi, le secret d’une bonne navigation réside dans la capacité à empiler des repères de toutes sortes et à les recouper entre eux.

Nous suggérons ici la méthode de « l’escargot »

 

L’escargot : il ne s’agit nullement ici de voler lentement ni même en spirale. Ces sont nos yeux qui doivent décrire une course en spirale, tant sur la carte qu’autour de la machine. Dans un premier temps nous cherchons évidemment les repères qui se trouvent au plus près de notre route, puis, par un regard circulaire s’élargissant, nous irons identifier d’autres repères face à notre route, sur les côtés et même, autant que possible, derrière. A l’inverse et toujours selon la formule carte – sol / sol – carte, nous pourrons ainsi trouver des repères qui n’étaient pas visibles ou utiles auparavant et qui permettent désormais de valider notre position.

Astuce : il faut toujours nous efforcer d’avoir au moins trois repères sûrs et validés en permanence, les plus éloignés les uns des autres.

 

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