Journal d'un penduleux en herbe

Article publié dans ULMiste n°11, août 2012

 

Livre de bord d’un “Penduleux” en herbe

 

Les premières émotions, les découvertes, déconvenues et satisfactions du débutant rappellent à certains de doux souvenirs et pour d’autres entretiennent le rêve d’expériences à venir. Nous entamons ici une série d’articles, à suivre pendant des années. Le livre de bord de Benjamin Seux, qui entame sa formation pendulaire après avoir pratiqué le parapente.

 

Benjamin Seux

 

Une petite présentation s’impose. Je me prénomme Benjamin, j’ai 26 ans et vis près de Valence dans la Drôme. Passionné d’aéronautique depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours eu les pieds sur terre, mais la tête en l’air. Du plus loin que je me souvienne, dès qu’une chose avait le pouvoir merveilleux de vaincre l’attraction de notre terre, je n’avais qu’un rêve : la piloter. Les rêves étant faits pour être réalisés, alors dès mes 18 ans révolus je me lance. L’école Pégase-Particule, située près de St Hilaire du Touvet, m’accueille et me forme sur les pentes du bassin du Flumet à la pratique du parapente. Rapidement arrive le premier « Plouf » comme on dit ! Centrage, gonflage de la voile, quelques pas mal assurés, on court puis… plus rien ! Rien d’autre que le ciel et soi-même en tête-à-tête.

Quelle explosion de sensations lors de ce premier vol : tous mes sens étaient en éveil. Le vol à cet instant a le goût de ce savoureux mélange, de peur mélangée à l’exaltation de réaliser enfin son plus vieux rêve. L’air est à mes yeux la plus addictive des drogues ; une fois qu’on y a goûté cette envie folle d’y retourner ne vous lâche plus. Alors, une fois au sol, une seule envie : replier la voile, trouver un chauffeur et remonter au déco. Le parapente m’anima ainsi pendant plus de cinq ans, à découvrir d’en haut les reliefs, de la Loire aux Savoie en passant par l’Ardèche, la Drôme ou encore l’Isère. Les spots dans cette région ne manquent pas. Quel plaisir de côtoyer régulièrement l’immensité du ciel, de profiter de ce calme où sous nos pieds tout un monde s’agite. Quel plaisir de n’entendre que le sifflement du vent dans les suspentes, grisé d’une solitude à peine troublée par un Milan venant enrouler un thermique à vos côtés. La découverte de la pratique et du monde si particulier de l’air fut un bouleversement dans ma vie et devint plus que jamais une passion dévorante.

Mais alors pourquoi arrêter de pratiquer le parapente ?

Le parapente, comme tout sport aérien, est soumis aux grés et aux caprices de la météo. Cependant il y est plus sensible que d’autres activités telles l’avion ou l’ULM. Une virée de 100 km pour trouver un joli spot, une météo qui se dégrade, le vent qui se lève et vous n’avez plus qu’à regarder le paysage, assis au déco. C’est également un sport qui requiert une pratique régulière pour ne pas perdre la main. Un emploi qui trop vous accapare et vous pouvez rapidement perdre l’habitude de votre voile. Alors il ne vous reste que des vols locaux, car votre habileté ne vous permet plus de vous échapper pour un cross et la peur d’une mauvaise météo au loin et d’une longue marche pour retourner au bercail vous rendent raisonnable. Au bout d’un moment on se lasse et on décide alors d’arrêter la pratique de cette extraordinaire discipline.

 

L’ULM !

 

Mais voilà, ainsi que j’ai pu le dire plus haut, l’air est une drogue dont on se passe difficilement. Au bout d’un moment, il y eut comme un ras le bol de toujours envier les pilotes que je regardais passer au-dessus de chez moi ou les parapentistes évoluant sur les contreforts du Vercors. Que faire pour en finir avec cette perpétuelle frustration ? Reprendre une activité aérienne ! Oui, mais laquelle ? Je me suis alors interrogé profondément sur la question de trouver le meilleur compromis entre mes contraintes et mes envies. Il me fallait trouver un sport aérien qui soit moins tributaire de la météo que ne l’est le parapente, un sport qui n’exige pas une pratique trop assidue et dont la formation ne soit pas trop lourde ou chronophage. Il me fallait également trouver un sport qui soit accessible en terme budgétaire, qui offre une certaine mobilité pour permettre de sortir des classiques vols en local et qui permette de s’échapper pour de belles balades. Donc un sport motorisé à l’évidence ! L’avion est alors la première idée qui vous vient à l’esprit. Assurément ce sport satisfait la plupart de mes besoins. Oui, mais… l’avion opposait aussi une contrainte qui me fit abandonner l’idée. En effet, me manquerait alors cette sensation de liberté, le contact avec l’air que pouvait me procurer le parapente et je ne pouvais absolument pas me résoudre à renoncer à ces sensations. D’un coup, l’idée logique et qui aurait du me venir à l’esprit tout de suite s’imposa : c’était l’ULM qu’il me fallait ! Ni une, ni deux me voici trépignant d’impatience à l’idée de voler de nouveau, courant les libraires à la recherche d’ULMiste, Vol Moteur, Volez ! et autres magazines spécialisés. Dès lors je passai le plus clair de mon temps libre à lire des articles portant sur la pratique de ce sport, à rechercher sur internet des forums ou des sites parlant du sujet, à regarder des photos et des vidéos postées par des pilotes. Je tentais par tous les moyens de m’imprégner en quelque sorte de la sensation que peut procurer ce type de vols. En même temps je découvrais les différents aspects de la discipline, les catégories d’appareils et les différentes pratiques des pilotes.

Je me suis ainsi émerveillé devant l’article d’un pilote parti de Madagascar pour relier l’Afrique au long d’un périple de plus de 2000 km. J’ai aussi rêvé en me rendant compte des possibilités qu’offrait l’ULM et m’imaginais déjà partir pour une rando de quelques jours au cœur du Lubéron, région que je songeais depuis longtemps à parcourir depuis le ciel. Je me voyais partir avec une joyeuse bande d’amis partageant cette passion. Après un long vol, se « vacher » au milieu d’une étrouble au fin fond du Diois et y bivouaquer la nuit… Jour et nuit cette idée ne me lâchait plus, je lisais les articles de la FFPlUM sur leur site, discutais avec des pilotes et sympathisants sur le forum volerdpm.com, qui recèle une mine d’informations sur tous les aspects de la discipline. Je m’imaginais déjà devenir pilote, m’engager de manière significative dans l’activité et devenir un jour instructeur pour partager avec de jeunes élèves ma passion pour l’aéronautique. Je téléchargeai également sur mon smartphone toutes les applications possibles et imaginables relatant de près ou de loin à l’ULM ; le virus de l’ULM-mania m’avait pris. Je me suis évidement posé la question fondamentale de savoir sur quelle catégorie de machine évoluer. L’hésitation portait alors entre le pendulaire et le multiaxes. Etant également motard, j’ai rapidement fait l’analogie entre la moto pour le pendulaire et la voiture pour le multiaxes, avec pour chacun leurs avantages et inconvénients. En comparaison avec la voiture, le multiaxe semblait être un type d’appareil plus confortable, offrant davantage d’autonomie et permettant de voler dans des conditions météo un peu difficiles. Mais il semblait aussi être un appareil moins maniable, offrant un habitacle souvent clos et à la pratique plus individualiste. De l’autre coté le pendulaire, que je compare à une moto volante, me paraissait être un appareil plus rustique mais robuste, offrant une autonomie moyenne mais avec le gros avantage de pouvoir se poser sur des terrains relativement courts. La maniabilité du pendulaire offre la possibilité d’effectuer des vols à basse altitude ou encore d’engager des virages relativement serrés. J’avais d’ailleurs pu en constater la capacité sur des vidéos où des pilotes chevronnés s’essayaient à des vols à très basse altitude. Le contact avec l’air est également un des aspects qui me fait comparer le pendulaire à la moto ; ces sensations de liberté et d’aventure qu’il doit procurer comme le probable bonheur de partager ce plaisir lors de randos entre amis, sont autant d’avantages en la faveur de cette catégorie d’appareils.

Comme le disait Lindgergh, « l’aventure est dans chaque souffle de vent ». Ce haut  degré de liberté rarement offert par un aéronef motorisé, de se poser quasiment n’importe où, ce côté bonheur et passion partagés, me firent prendre la décision de m’engager dans la pratique du pendulaire.

 

Bien !

 

Le choix de la discipline était alors pris, restait une question importante : où voler ? Ayant déjà parcouru en long, en large et en travers le site de la FFPlUM, je ne tardai pas à trouver la BASULM. C’est une base de données de tous les sites ULM en France, mise à disposition gratuitement et régulièrement actualisée par les internautes. J’avais donc trouvé la base du club Folairvanne à Etoile-sur-Rhône à une dizaine de kilomètres au sud de Valence. Curiosité oblige, j’ai recherché sur la toile si je trouvais un site ou quelques renseignements sur ce club. Par chance il en existait un où j’ai pu trouver les informations sur les prix de la formation et également une information séduisante : ce club pratiquait la location, ce qui n’est pas forcement monnaie courante dans ce milieu. Cela peut permettre aux élèves pilotes de pratiquer la discipline sans avoir l’absolue nécessité d’investir dans une machine. C’était un peu cet aspect « propriétaire » qui me réfrénait auparavant. En effet, l’idée d’être obligatoirement propriétaire de son engin pour pouvoir voler m’inquiétait. Ce sont en effet des machines coûteuses ; mais en comparaison avec l’achat d’un avion ou tout autre aéronef motorisé, l’ULM reste un investissement abordable. J’ai donc pris contact avec le club Folairvanne et plus particulièrement avec Jean-Paul, instructeur pendulaire et multiaxes au club.

Nous nous sommes donné rendez-vous un samedi sur le site afin de discuter un peu de tout ce qui touche de près ou de loin à la formation ULM. Nous y voilà. Jean-Paul me reçoit sur le terrain, je dois dire que je suis un peu impressionné. Le club est une petite fourmilière où s’affairent de nombreuses personnes autour des machines, l’ambiance me semble conviviale et la vie de cette association très animée. Puis Jean-Paul me conduit au local administratif où il m’explique la teneur de la formation. Comment se déroule l’apprentissage et quelles sont les modalités pour adhérer à l’association. En fait, cela ressemble un peu au permis de conduire : il faut 15 à 20 heures de formation en l’air pour apprendre à piloter ces engins, la durée peut être variable en fonction de la capacité de l’élève à acquérir la maîtrise de l’appareil. Il y a également une partie théorique à assimiler, Jean-Paul me montre un livre, un bel exemplaire de quelque 350 pages, le Manuel du pilote ! Après l’avoir feuilleté, je me rends vite compte qu’en aéronautique, les préceptes fondamentaux sont relativement similaires quel que soit le type d’aéronef piloté. Cette partie-là ne devrait pas être trop difficile à ingurgiter, compte tenu de mon expérience passée. Tout comme pour le permis B, il faut satisfaire à une base théorique avant d’espérer pouvoir être breveté. Jean-Paul m’explique également que sur le plan de la réglementation, l’ULM est d’une pratique plus souple, que l’avion loisir par exemple ou encore l’hélicoptère, notamment du point vue administratif. Il m’explique aussi, que les principes de vol en sécurité sont principalement basés sur l’auto-responsabilisation des pilotes, cela me rappelle fortement le parapente ou mieux, la moto.

 

Nous sortons pour rejoindre les hangars. Je commence alors à me sentir à mon aise au milieu de ces pilotes ; tous me saluent et certains m’abordent chaleureusement pour me montrer les appareils sur lesquels ils évoluent. En retour, curieux comme je suis, je les assaille de questions en tous genres. Cet esprit convivial qui règne et cette ambiance bon enfant me donnent de plus en plus l’envie de m’engager, à la fois dans cette discipline, mais également au sein de l’association. Voilà Jean-Paul qui revient me voir, que veut-il me dire ? Il tient à me préciser que, pour être sûr de mon désir de voler sur pendulaire, rien ne vaut l’expérience du vol, et il me propose donc de faire un vol d’initiation. Ma langue ne fait qu’un tour pour  un énergique « OUI ». Jean-Paul me conduit ainsi au deuxième hangar du club, jouxtant le premier et me présente la machine, « il s’agit d’un DTA, avec un moteur 582 ». Je crois bien avoir déjà vu ce type de pendulaire sur internet et les moteur ROTAX 582 aussi. Ce sont en tous cas de belles machines ! Me voilà avec les jambes qui tremblent ; je pense que c’est le mélange détonnant de l’excitation d’un nouvel envol et l’appréhension de découvrir un engin inconnu qui procurent cet effet-là. Jean-Paul me donne un casque et un micro, il brasse trois fois la machine au lanceur et me demande de mettre le contact. J’ai le cœur qui s’emballe. Il donne à nouveau un coup de lanceur et voilà le moteur qui démarre au quart de tour dans un vrombissement agréable à l’oreille d’un passionné. Jean-Paul, à mon étonnement, m’installe en place avant, il me ceinture, vérifie la sangle de mon casque puis s’assied à l’arrière. Essais radio, tout est OK, il m’explique alors le fonctionnement du palonnier, à droite l’accélérateur, à gauche le frein. Je me sens un peu anxieux à l’idée de piloter un tel engin, même au roulage !

 

Jean-Paul me dit alors « Voila, maintenant tu fais 10 mètres de large, c’est à toi ! » Je relâche le frein de parc, puis j’accélère. La machine frémit. Je suis submergé par l’émotion ; le trapèze dans les mains, les gaz au pied, je commence à me sentir en confiance. J’accélère un peu plus puis la machine s’ébranle. Quelques secousses sur l’herbe et nous voici au roulage sur le taxiway pour rejoindre la piste…

 

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