La Réunion : météo et ULM

Article paru dans ULMiste n° 12, octobre 2012

 

La Réunion : météo et ULM

 

Depuis le temps que je vous cause météo, j’en ai eu ma claque de vous ennuyer avec mes recommandations d’usage, vous embêter avec les mises en garde classiques du style : « attention aux orages, ne faites pas ceci, n’allez pas voler là ». C’est qu’à la longue, je pourrais vous faire passer pour des gamins irresponsables, pire même, vous dégoûter de la pratique de l’ULM. En plus, on n’achète pas un magazine aussi prestigieux soit-il, pour attraper une dépression nerveuse ou pour causer du mauvais temps, mais bien pour partager sa passion. Alors pour ce coup-ci, je me suis dis, on va faire dans l’exotisme, l’invitation aux voyages d’un coup d’aile sous les tropiques. Nous voilà donc partis plein sud dans l’hémisphère austral. Aujourd’hui, je vous invite à découvrir  la Réunion, île volcanique dont les plus hauts sommets culminent à 3000 m, avec en prime ses cirques (même que c’est moi qui fait le clown), ces lagons d’eaux turquoises et son rhum arrangé. Attention, à la Réunion, tous les chemins mènent au rhum. Je vous conseille au passage de boire celui-ci, soit avec parcimonie ou modération (au choix, bien que je n’ai point rencontré ces deux personnes). Enfin, le meilleur moyen de découvrir l’île, c’est d’aller la survoler en ULM et avec notre ami Félix, bien sûr.

 

Arnaud Campredon

 

Un peu de météo tropicale 

 

Sous les tropiques, les conditions climatiques sont régies par la position de la ZIC : la zone intertropicale de convergence. Cette zone de basses pressions représente l’équateur météorologique. C’est le lieu de convergence entre les alizés des deux hémisphères, nord et sud. L’air chaud, humide et instable se caractérise par des nuages bourgeonnants genre cumulonimbus dont les sommets peuvent atteindre 14 000 m. Dans cette zone, on rencontre souvent de fortes pluies type orageuses. C’est aussi le lieu privilégié de la formation des cyclones tropicaux. De part et d’autre de cette ligne imaginaire, l’excès d’énergie solaire reçue par la Terre, s’écoule vers les tropiques.

 

Sur une année, la ZIC suit le mouvement apparent du soleil. En plein été austral (de décembre à février) elle se situe dans l’hémisphère sud entre l’équateur et le tropique du Capricorne. Les anticyclones sont eux aussi repoussés plus au sud en s’affaiblissant. La Réunion se situe sur le 21e parallèle Sud à l’est de Madagascar (l’île, pas le dessin animé). Le régime des vents rencontrés sur l’île pendant cette période, est le plus souvent orienté au secteur nord-est chaud et humide. C’est la saison des pluies.

Figure 01 : de décembre à février, la ZIC proche de la Réunion, favorise un temps chaud et pluvieux.

 

De juin à septembre, c’est la saison fraîche. La ZIC repasse dans l’hémisphère nord. Les anticyclones remontent aussi en latitude en se renforçant. Ils gênèrent de façon quasi continue un temps plus sec sous l’influence des alizés de secteur Est. Ceux-ci peuvent osciller entre le nord-est et le sud-est en fonction de la position de l’anticyclone. Les deux intersaisons, d’avril mai et d’octobre novembre sont des périodes transitoires.

Figure 2 : de juin à septembre, la ZIC repasse dans l’hémisphère nord. L’île reste sous l’influence d’un anticyclone, dans un flux d’est à sud-est, frais et sec.

 

Le vent à la Réunion 

 

Le relief important et accidenté de La Réunion, avec des sommets à plus de 3000 m, joue un rôle essentiel dans la distribution des vents. Il contribue à renforcer le vent dans certains secteurs et à l'inverse, à placer certaines régions à l'abri. On peut de ce point de vue, distinguer deux grandes zones :
- la côte au vent, en gros de St-Pierre à St-Denis, qui subit le flux dominant que constituent les alizés de secteur est.
- la côte sous le vent, qui est protégée des vents dominants par les sommets qui culminent à 3000 m.


Dans les basses couches, le relief a pour principal effet de partager le flux en deux branches qui le contournent de part et d'autre avant de se rejoindre en aval de l'île. Le resserrement des filets d'air entraîne une accélération très nette du vent sur les cotés de l'île orientées parallèlement au flux

d'origine. C’est ce qu’on appelle l’effet venturi. Les régions concernées se situent en gros de Saint-Benoît à Saint-Denis sur la Côte nord et de Saint-Philippe à Saint-Pierre sur la côte sud.

 

Par contre, le desserrement des filets d’air favorise des vents généralement faibles, sur les régions situées sous le vent du relief mais aussi, paradoxalement, sur celles faisant directement face au courant général. A ces effets généraux, s'ajoutent d'autres effets dynamiques à une échelle plus fine. Par exemple, par flux de nord-ouest, le flux est canalisé puis accéléré par le couloir naturel que représente la région des plaines. Pour compliquer tout cela, des brises de mer s’établissent au fil de la journée sur la façade est. Tous les effets d'origine thermique (brises), interagissent également, ce qui conduit à des processus complexes pour la distribution finale des vents.

Figure 4 : Par effet venturi, le flux est accéléré sur les façades nord et sud. Par contre, il est ralenti sur les région au vent (est) et sous le vent (ouest).

 

Les micros climats 

 

Sans entrer dans les détails, sinon, il me faudrait l’Encyclopédie Universalis pour vous narrer tout ça, on peut dire que quatre zones principales caractérisent le climat de La Réunion :

- La partie est, exposée aux vents dominants. Les alizés qui soufflent de l’est la majeure partie de l’année. Ils transportent de l’air chargé d’humidité. En grimpant le long des versants, cet air se refroidit, sa pression baisse et la vapeur d’eau se condense. Les nuages qui coiffent les montagnes vont en arroser ensuite les flancs. Cette région est donc soumise aux entrées maritimes, les précipitations y sont plus importantes et plus régulières qu’ailleurs.

 

- Les zones nord et sud, sauvages, où les nuages défilent rapidement, poussés par les alizés qui sont accélérés par l’effet venturi, décris plus haut.

 

- Au centre toute une zone comportant le volcan Piton de la Fournaise, la région des plaines où s’enregistrent de

forts contrastes thermiques et plus à l’est les trois cirques, Salazie, Mafate et Cilaos.

 

 

- La région est, sous le vent du relief, c’est à dire abritée des vents dominants et des entées maritimes, grâce à la barrière montagneuse du Piton des neiges et des remparts des cirques. C’est la région la plus sèche et la plus ensoleillée et c’est là que notre ami Félix a installé sa base après de multiples péripéties.

 

L’évolution diurne des conditions nuageuses sur l’île

 

Ce qui intéresse le pilote, c’est de savoir comment les conditions atmosphériques vont évoluer sur une journée classique. D’une manière générale, le début de matinée est toujours bien ensoleillé sur la majeure partie du département. Seules les régions situées à l’est, c'est-à-dire en gros de Saint-Benoît à Saint-Philippe verront défiler des nuages porteurs d’ondées. C’est les fameuses entrées maritimes évoquées plus haut.

Figure 4 : fin de nuit et début de matinée, le ciel est dégagé sur la majeure partie de l’île, excepté le coté est, affectée par des entrées maritimes.

En matinée, les cumulus commencent à bourgeonner le long des remparts des cirques et sur les flancs des versants. Par échauffement, les particules d’air s’élèvent et se condensent pour former nos fameux cumulus. En fonction de l’instabilité de l’atmosphère, c'est-à-dire, la possibilité qu’auront les particules d’air à s’élever sans être arrêtées dans leurs ascensions, les nuages auront une extension verticale plus ou moins grande.

Figure 5 : En matinée, les cumulus bourgeonnent le long des versants. 

En mi-journée, les particules d’air qui grimpent le long des versants peuvent rencontrer une inversion de température (inversion des alizés). Cette tranche d’air stable est due à la présence de l’anticyclone. Elle bloque le développement vertical des cumulus qui vont alors s’étaler pour former une couche plus ou moins uniforme de strato-cumulus l’après-midi. Seuls les sommets restent dégagés.

Figure 6 : En mi-journée, les cumulus rencontrent la couche d’inversion et commencent à s’étaler.

Figure 7 : L’après-midi, les cumulus s’étalent pour former une couche de strato-cumulus.

Pour résumer tout cela et si vous voulez profitez des paysages somptueux. Il faut se lever aux aurores, voler tôt le matin, car l’après-midi, c’est bâché. 

 

Fais de ta vie un rêve…

 

Ce n’est pas des vacances que de se lever à 6h00 du matin. Allez donc expliquer ça à vos gamins habitués aux grâces matinées estivales, que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Fort de cette maxime nous partons le cœur vaillant. Au bout de la route, derrière la zone industrielle, la base ULM émerge dans la clarté du jour. Félix nous accueille. Notre Auvergnat généreux est à l’image de cette île, chaleureux et passionné à la fois. L’écouter, c’est une invitation aux voyages, alors suivez le guide.

 

Le Rans S7 est un trois-axes à train classique, biplace en tandem. Je prends place derrière Félix, alors que Célia, ma fille pas bien rassurée pour son premier vol ULM, va partir avec Pierre. Nous décollons en 23, face à la mer, un cran de volet. Virage à gauche pour rejoindre la Rivière des Galets, en montée à 500/700 ft/minute. Félix me laisse le manche, mais pas pour longtemps. Le Rans est vif aux commandes, agréable à piloter, cependant, face à la beauté des paysages, je préfère m’abandonner au spectacle et me concentrer sur les photos. Après 10 minutes de vol nous passons le Dos d’Ane, l’entrée du cirque de Mafate. Le paysage est fantastique, pas de route ni de ligne électrique dans le cirque. Les îlets apparaissent ici et là. Ces petits villages aux cases créoles espacés, perchés sur leurs plateaux, témoignent de la seule présence humaine. Nous sommes déjà à 6000 pieds, environs 2000 m, afin de dépasser le col du Cimendef en direction de Salazie. Et puis, c’est le Trou de Fer, les chutes de Takamaka, la Plaine des Palmiste, le Piton de l’eau. C’est  à près de 9000 ft que nous atteignons maintenant la caldeira et les cratères Bory et Dolomieu. Après, c’est le retour par la Plaine des Sables, la Rivière des Remparts, la Plaine des Cafres, Cilaos pour croiser ensuite le Piton des Neiges. Voici le plus haut sommet de l’océan Indien avec ces 3070 m. Après avoir sauté le col du Taibit, nous retrouvons le cirque de Mafate. A gauche se détache le Grand Bénard. Le soleil levant éclaire le rempart, un aplomb vertigineux de plus de 1000 m. En croisant le Maïdo, pour sortir du cirque j’aperçois déjà l’océan 2400  mètres plus bas. C’est maintenant la descente vers  les plages de la Saline. Les champs de canne à sucre défilent. Le dépaysement est total, on passe d’un coup, de la haute montagne à la mer, les baleines, le lagon et ses eaux turquoises pour un retour et posé en 05 sur la base ULM Cambaie. Ces deux heures de vol se sont passées comme un clin d’œil.

 

La piste ULM de Cambaie est orientée 05/23. Elle est en service depuis janvier 2002. Elle fait 250 m de long, avec une portion supplémentaire de 250 plus étroite mais occasionnellement roulable. Pour la petite histoire, elle a été baptisée Dina, le nom du cyclone tropical qui a ravagé l’île le 22 janvier de la même année. En cas de panne moteur au décollage (mais heureusement ce n’est jamais arrivé), en  23 on peu aller sur la plage, en 05, sur un terrain vague en bout de piste.

 

Félix ULM possède 4 Rans S7 train classique, 4 Rans S6 train tricycle, 2 Rans S6 train classique et 3 pendulaires Air Création. Les ailes des Rans sont en entoilage classique Dacron ou « chaussette ».

Tous les moteurs qui équipent les 3 axes sont des Rotax 912 80 cv et des Rotax 65 cv pour les pendulaires.

 

Félix et certains de ses pilotes volent régulièrement depuis 1998 et connaissent l’île sur le bout des doigts. On vole toujours en sécurité, en finesse d’un terrain vachable. Les atterrissages de secours sont possibles dans la Rivière des Galets, à Salazie, Cilaos, sur la Plaine des Sable et sur les plages. Pour le vol en montagne, on passe de la théorie à la pratique, exploitation des ascendances de pente, passage des cols avec un angle de 30 degrés. Un conseil : à consommer sans modération, contrairement au rhum arrangé.

 

Si j’ai assez de place et avec l’autorisation de rédac en chef, je vous donne la recette du rhum arrangé. Dans un bocal, vous mettez un tiers de rhum, un tiers de sucre de canne, un tiers d’épice et un tiers de fruit.

- Mais ho, ça fait quatre tiers ça !!!

- Pas grave, on prendra un bocal plus grand…

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