Régis Cottet

Article paru dans ULMiste n° 13, décembre 2012

 

L’ultraléger, passionnément !

 

Lassé des dérives d’un ULM qui, selon lui et les membres de son association, devient trop gros, trop lourd et trop cher, Régis Cottet a fondé l’APPULMA dès 1993. Il nous a semblé intéressant de l’interroger, lui que l’on n’entend jamais.

 

ULMiste : comment es-tu venu à l'ULM et plus largement à l'aviation ultra-légère ?

 

Régis Cottet : un peu plus fortuné à la fin des années 70 qu'au début, je me mis de nouveau en quête d'une formation que je conduirais jusqu'au bout pour satisfaire de manière pérenne ma soif de voler. Je me tourne alors de nouveau vers le vol à voile, dont la pratique possible était nettement plus proche de chez moi que le Puy de Dôme ou les Pyrénées pour la pratique du delta. Et je tombe sur un article de la presse locale annonçant la création à une vingtaine de kilomètres de Poitiers d'une école et d'un club d'ULM. Je m'y précipite, vois d'abord un ULM en vrai avec un siège biplace en tandem dont le delta était parsemé de "rustines", puis un personnage se dirigeant nonchalamment vers moi en roulant une cigarette. C'était Didier Pauze, aujourd’hui malheureusement décédé. Un pionnier venu du delta qu'il enseignait à Laragne. Un gars modeste d'une rare gentillesse, au verbe très pédagogique et très convainquant avec qui le courant passe immédiatement. Adhésion au club (Planeurs Ultra-Légers Poitevins). Inscription à la formation. Six heures de vols plus tard, breveté en 1981. Le virus était inoculé. Je m'engageais à fond dans la vie du club (un des plus importants en France à l'époque) et dans la promotion de ma passion. J'ai ensuite acquis dès que possible ma qualification biplace. Puis mon brevet multiaxes et la qualification biplace dans cette classe. Mais ma passion quasi exclusive est demeurée et demeure le pendulaire.

 

ULMiste : qu’est-ce qui t’a attiré dans l’ULM ?

 

Régis Cottet : d'abord et à l'époque, l'autonomie formidable - donc la liberté - qu'il procurait en étant propriétaire de son appareil. A cet égard, ma première propriété a été un pendulaire KDA d'occasion qui, de fait, était aussi un PULMA. Ensuite, sa portabilité. L'aile sur le toit et le chariot sur une remorque, j'allais enfin découvrir la France vue d'en haut et une formidable communauté d'individus passionnés comme moi ! Enfin, l'état d'esprit comme je l'aime qui se dégageait de ce "petit" milieu. Chacun se sentait responsable de tous. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

 

ULMiste : qu'est-ce qui n'est "plus le cas aujourd'hui ?" N'est-il plus possible de voler sur les machines telles que celle que tu décris ?

 

Régis Cottet : c'est une redite : en trente ans la société a profondément changé. Le comportement individualiste est devenu totalement dominant. La réussite de tous pour celle de chacun, c'est fini, pour l'instant. L'argent est devenu le seul étalon de la réussite sociale et tout ce qui va avec. L'univers de l'ULM n'y a pas échappé. Il en est même devenu une illustration. Et les organisations dites représentatives du mouvement n'ont rien fait pour qu'il redevienne économiquement accessible. Qui, aujourd'hui, dispose des moyens de s'offrir un ULM biplace, parmi les vrais, y compris pendulaire, dont le coût moyen équivaut à celui d'une berline haut de gamme ? Aujourd'hui, seul le paramoteur et sa formidable progression partout dans le monde permet d'accéder aux joies de l'air pour un coût relativement accessible. Mais on assiste heureusement aussi partout dans le monde au retour vers les PULMA pendulaires. Tous les principaux constructeurs d'ULM et d'ailes de vol libre s'y mettent. C'est une excellente nouvelle! La crise, sans doute...

 

ULMiste : on ne peut que partager, à quelques nuances près, cette analyse. Mais rien n'empêche un amateur de se construire sa machine et d'aller voler avec, nous en avons publié une illustration il y a quelques mois : un pilote qui a fabriqué son petit pendulaire monoplace pour moins de 1000 €. Qu'est-ce qui a motivé la création de l'APPULMA, à quel moment ? Que fait-elle pour développer l'ULM qu'elle aime ?

 

Régis Cottet : l'Association pour la Promotion des Planeurs Ultra-Légers à Motorisation Auxiliaire (APPULMA) a été créée en avril 1993. D'une part à la suite d'un important rassemblement que j'avais organisé l'année précédente à Fleuré, à proximité de Poitiers, de deltas à motorisation auxiliaire tels des Minimum allemands, des Ropulcim d'Yves Rousseau, des Klipo, des Alizé ; deux motoplaneurs Sirius de Claude Noin étaient également là ! Quelques paramoteurs aussi. Et je dois en oublier. C'était une formidable rencontre de pilotes venus de la France entière et qui partageaient la même conception de l'ultraléger. L'envie de continuer a alors été très grande. D'autre part en réaction à la dérive déjà ressentie vers l'alourdissement des ULM et donc les problèmes induits : coûts, vitesse, formation, état d'esprit, etc. Pour le groupe de création, il s'agissait de "continuer le début" de l'ULM. C'est aussi à ce moment que nous avons "créé" le nom de "PULMA", acronyme de "planeur ultra-léger à motorisation auxiliaire".
Aussitôt, ou presque, ostracisée par la fédération dite délégataire et le groupe de presse spécialisée qui en était - et est toujours ! - son support quasi officiel, l'APPULMA a eu, de fait, beaucoup de difficulté à se promouvoir. Mais, grâce à son bulletin papier "Inform'Ailes", à son stand à la Coupe Icare, au bouche-à-oreille, puis à l'internet, elle demeure bien présente dans le petit paysage de la véritable aviation ultralégère.
Vivant par principe sans subventions publiques ou privées, l'APPULMA développe l'ULM qu'elle aime par l'organisation de rassemblements informels et conviviaux, hors tout esprit de compétition, la participation à certains autres rassemblements et leur promotion, la diffusion des plans du chariot "PULMA 2000" et par son site Internet en cours de rénovation appulma.org qui informe "au fil de l'eau" notamment du mouvement PULMA en général.

 

ULMiste : que vous aimiez l’ULM des débuts est fort honorable et même compréhensible. Mais est-il pour autant nécessaire de jeter l’opprobre sur les autres ULM (ceux qui dériveraient) et, plus précisément, en quoi ces machines-là seraient-elles des menaces pour les appareils plus modestes ?

 

Régis Cottet : je ne jette aucun opprobre sur les autres ULM. En principe, le ciel est à tout le monde. Je fais simplement et personnellement le constat suivant : le mouvement ULM a été progressivement et unilatéralement accaparé par les transfuges, économiquement mieux pourvus, de l'aviation légère ; ceux-là même qui, à ses débuts, le décriaient de manière très condescendante. Les conditions pour l'instant un peu plus "libérales" (pas de visite médicale obligatoire, notamment) pour voler en ULM, ont amené nombre d'entre eux à la raison... C'est un fait qui s'est traduit par une progression en nombre de pilotes d'ULM déjà pilotes d'avions légers, et l'état d'esprit qui va avec, non par une progression nette du nombre de pilotes d'ULM directement issus d'une formation complète. Dans le même temps, le mouvement "officiel" et subventionné est entré corollairement dans une certaine inertie en "oubliant" d'agir résolument pour qu'il demeure accessible économiquement et dynamiquement au plus grand nombre. Pire, aujourd'hui, par exemple, un pilote de parapente qui désire aussi voler moteur avec son parapente ne le peut plus. Il lui faut acquérir une seconde voile spécifiquement agréée pour le paramoteur ! A qui profite donc ce genre de nouvelle règle ? Poser la question, c'est y répondre...

 

ULMiste : pour le paramoteur, tu caricatures un peu, permets-nous donc de faire un petit rappel. Les règles actuellement applicables aux ULM français veulent que la responsabilité de la navigabilité est partagée entre le pilote et le constructeur. Or, jusqu’à récemment, pour le paramoteur, le constructeur de la voile n’apparaissait nulle part, puisque la plupart des machines étaient en construction amateur. Selon les autorités, il fallait donc clarifier. Leur position était (et est toujours), on ne peut plus ouverte, puisqu’ils proposent purement et simplement de déréglementer le paramoteur, à l’instar du vol libre ! Les représentants du paramoteur, à savoir la FFPlUM, refusent cette proposition, après une consultation des pilotes, qui ont répondu très majoritairement qu’ils souhaitent le maintient de règles (moins de 400 réponses). C’est ainsi qu’est né le système actuel. Nous en avons dit ce que nous en pensons à plusieurs reprises et pouvons donc te rejoindre dans l’esprit.

Que la FFPlUM oublie de favoriser l’essor de l’ULM simple et accessible est un fait, tu as raison. Néanmoins, force est de constater que la demande reste relativement faible : combien l’APPULMA totalise-t-elle d’adhérents ?

 

Régis Cottet : je maintiens ma position concernant l'évolution de la réglementation du paramoteur. Cette évolution est scandaleuse pour la raison qu'elle n'a pas eu source dans l'administration de l'aviation civile pour une fois bien intentionnée, mais dans un petit système affairiste mettant à profit la passivité, hélas !, de la grande majorité des pilotes de paramoteurs. Même si une vraie "fronde" de nombreux pilotes a eu lieu, mais dans la dispersion.
Hors le paramoteur, la "faible demande" d'ULM simples et économiquement accessibles est une réalité exprimée par... les constructeurs. Pas d'offre, pas de demande ! Et, quand l'offre existe, tel le petit pendulaire "Alizé" diffusé par Ellipse ou le "Monotrace" proposé par AEF Gliders, elle est, pour de nombreuses raisons (coûts de construction notamment) peu accessible économiquement ! Aussi, pour contribuer à la promotion de tels appareils, combien d'écoles d'ULM sont-elles en mesure de simplement proposer à leurs élèves leur lâcher sur un appareil de sous-classe 2A (ou 3A, encore très rares) ? Voilà, dans le petit domaine de l'ULM, un vaste sujet de réflexion collective pouvant certainement déboucher sur des actions novatrices qui seraient de nature à répondre à une demande qui existe vraiment. Pour sa part, l'APPULMA tente de contribuer modestement à cette réflexion. Elle vient de délivrer sa 500ème carte d'entrée à un pilote de pendulaire de l'Hérault à qui elle a adressé la 217ème liasse des plans du PULMA 2000.

 

ULMiste : peux-tu développer les propositions d’évolutions réglementaires que vous émettez et les actions que vous menez pour les voir aboutir ?

 

Régis Cottet : nos propositions ont toujours été et sont toujours très fortement inspirées de ce que les américains ont mis en œuvre dès 1982 : la fameuse Part 103 de la F.A.R. C'est-à-dire une micro-aviation totalement déréglementée qui a permis et permet plus que jamais là bas, mais aussi dans les nombreux pays qui s'en sont inspirés, tel le Royaume-Uni, le développement et la croissance d'une multitude d'appareils simples de toutes classes, économiquement accessibles, nés de la fertilisation de l'imagination que permet une telle absence de règles.

De quoi s'agit-il ? Les aéronefs motorisés, monoplace, doivent avoir une masse à vide qui n'excède pas 115 kg, être dotés d'un réservoir qui n'excède pas 18 litres, ne pas voler à une vitesse maximale de plus de 100 km/h à pleine puissance en vol en palier et décrocher à une vitesse de 45 km/h au plus. A noter qu'en plus, il n'y a pas de limitation du nombre de moteurs !

Voilà donc une toujours formidable base à partir de laquelle nous estimons qu'une relance indispensable de la véritable aviation ultralégère, accessible au plus grand nombre, est possible. A condition qu'elle soit libérée de toute contrainte réglementaire dès lors qu'elle entre dans les limites initialement posées.

Nous entendons, avec nos modestes moyens, poursuivre la promotion de l'adhésion à ce concept et à ce mouvement. Je pense que le débat en vaut la peine.

 

ULMiste : Il y a  des tas de gens, y compris à la fédé, mais aussi des constructeurs, qui partagent cette vision. Comment se fait-il que l’on ne parvienne pas à les fédérer ? En plus clair, pourquoi l’APPULMA souffre-t-elle, dans une certaine mesure, d’une réputation disons parfois douteuse (pas sérieux, peu actif, voire nuisible) ? Comment expliquer que vous ne parveniez pas à susciter un débat qui, pourtant, n’a rien de scandaleux à la base ?

 

Régis Cottet : parce qu'il peut y avoir des "débats scandaleux" dans notre petit domaine ? S'il y a vraiment des tas de gens qui partagent cette vision, où sont les actes depuis le début des années 80 ? Il n'y a pas besoin de l'APPULMA pour ça ! En vérité, il y a d'un côté un discours de câlinerie intellectuelle "qui ne mange pas de pain", de l'autre de palpables intérêts exclusivement économiques sur lesquels sont venus se caler des intérêts "fédéraux" et de presse complice pour soi-disant "faire nombre" et avoir ainsi l'illusion de masse face à une administration toute puissante, emprunte d'une véritable folie réglementaire pour justifier jusqu'à l'absurde son existence. Tout cela est fait par les mêmes en même temps. Alors, à partir des réalités du terrain, qui représente qui, en dehors d'un arrêté qui le dit ? La modeste APPULMA s'honore donc d'être décriée par les mêmes depuis le début de son existence. C'est la meilleure validation de son indépendance et de la justesse de ce qu'elle propose. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage... Et si, par crainte de contagion, d'autres veulent reprendre à leur propre compte ce que nous défendons, tant mieux pour la déréglementation de la véritable aviation ultralégère et, par conséquent, son accès au plus grand nombre !

Vu a la Coupe Icare.JPG

Vu a la Coupe Icare.JPG

PULMA 2000.JPG

PULMA 2000.JPG

Petit rassemblement local.JPG

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Mosquito sous Stalker.jpg

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Mosquito sous Exxtacy.JPG

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Monotrace.JPG

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Minimum_spécial.JPG

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Minimum sous Titan.JPG

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Flycocoon.JPG

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DSC06502.JPG

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Decollage paramoteur.JPG

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Cottet.png

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Alizé_sous_xxtacy.JPG

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