Algérie

Article paru dans ULMiste n°16, décembre 2013

 

Algerian trip. Juin 2011

 

Allant souvent en Algérie pour affaires, j’avais bien sûr envie de faire le trajet en ULM. Côté Nav, c’est simple : partant de Persan-Beaumont, arrêt à Béziers pour la douane, survol des Baléares puis plein sud !

Jean-Claude Sylvestre

 

Samedi

 

Aller-retour express à Shoreham (via Le Touquet et Lydd) pour récupérer le canot impossible à me livrer dans les temps.  

 

Dimanche

 

Comme tout projet, ça ne se passe pas comme prévu ! Les « émotions » sont bien sûr de différentes natures.

Dans l'ordre :

Départ pour Persan-Beaumont (LFPA) mal réveillé à 5 heures du mat.  A mi-parcours je m’aperçois que j’ai oublié le 3ème sac avec l’ordinateur. Retour. Arrivée au hangar avec 40’ de retard. Bien sûr, l’avion devant moi a les freins bloqués et la porte verrouillée… j’avais pourtant fini mes pleins la veille vers 20 h. 1 heure de retard au décollage. Grand beau temps frais (7°). Seul en l’air. MÂÂÂgique. Arrivée à Béziers pour la douane à 10 h 20. Comme j’avais dit à Laurent, le douanier, « arrivée entre 9 h 30 et 10 h », il est reparti chez lui, ce dimanche matin ! Ses collègues arrivent à 12 h. Ça, plus le préavis pour le dépôt du plan de vol et je décolle finalement à 13 h 45 au lieu de 10 h 30. OAT déjà autour de 30°. Entrée en Espagne, la contrôleuse n’a pas reçu le plan de vol réputé activé par les français. C’est l’Espagne. Le temps de discuter, je suis déjà sur la mer vers les Baléares. La Dame finit par me laisser continuer.

Baléares. Le contrôleur me fait répéter 5 fois que je suis un Ultralight et que je vais direct to Algiers. Après les Baléares, le temps se gâte. Tout d’un coup, c’est un mur gris et l’horizon qui disparaît. Je descends à 50 m des vagues. La température de l’air monte à 35°. La pompe à essence qui permet d’utiliser les réservoirs extérieurs s’arrête. Chute immédiate de la pression d’essence, plein d’alarmes rouges. Le passage sur réservoirs intérieurs contourne le problème, mais je n’ai plus que 3 heures d’autonomie. Ca doit suffire. La visibilité augmente un peu. Je remonte à 1500 m. La température extérieure, elle, monte à 45°.

- 1 le pilote automatique a un comportement aberrant puis s’arrête, je vais piloter à la main.

- 2 les températures de l’huile et de l’eau passent dans le jaune puis vers le rouge, je diminue le régime moteur.

Brusquement, l’avion part en vrac, je me cogne la tête et m’écorche la main. Il n’y a plus que le ciel dans le pare-brise. J’ai dû côtoyer un orage caché dans la brume. Couper les gaz, piquer. Ca se stabilise. Rien de grave. Passage sur la fréquence d’Alger. Plus que 120 km. Ca devrait faire. Découverte de la cote dans la brume à 40 km, puis l’image disparaît pour réapparaitre à 5 km. Terre grise, mer grise, ville grise. Le contrôle me suit en pas à pas pour m’amener à mon parking sur le plus grand aérodrome d’Algérie. 4 heures de vol depuis Béziers. Je repars vers la France jeudi matin, inch’Allah.

Après un voyage aller un peu Rock n’roll, le retour a semblé calme. Pas de bouchon pour rejoindre Houari Boumedienne Airport à 6 heures du matin, grand bonheur dans l’air (presque) frais. Pas de Handling non plus. Porte du bureau ouverte, mais pas de Samir. « il va arriver vers 10 heures affirme un peu ironique le gars d’Aigle Azur ». Vers 9 h 30 apparaît Samir : « mais, Monsieur, je vous attends depuis 5 heures… »

On attend le policier d’accompagnement, puis identité, sécurité, douane, presque sans s’arrêter. Tour de contrôle, (n’oubliez pas de monter au 7ème étage pour redescendre à pieds au 6ème car la porte de l’ascenseur du 6 est bloquée !) Surprise : pour 4 jours entre ATR 72 et autres Citation, je ne paye que 22 € pour le transport depuis et vers l’avion (parking gratuit au-dessous de 2 tonnes). Plan de vol négocié : je ne passe ni par Annaba, ni par le Maroc (comme l’exigent les AIP VFR), mais direct Palma ! Explications sur le dinghy, la veste de survie, finesse 21 du Virus, autonomie… Finalement, ça s’arrange à condition de voler au niveau 85. Au moins il fera plus frais. Samir m’annonce : « le handling, c’est 372 €, mais pour vous je vais arrondir à 300… » Essence : le gros camion de gazole traine une petite remorque de 100 LL. Panique (modérée) : aile haute, pas d’échelle ! Les deux pétroliers reviennent au bout de 10 minutes en traînant une échelle rouillée. Bataille avec le gros pistolet et les trop petits orifices de remplissage du Virus. Mon entonnoir sauve la face. 110 € les 80 litres. Samir revient (il est débordé, aujourd’hui : il accueille 3 avions). « Avez-vous la facture ? - c’était une blague, c’est gratuit ». Il accepte un billet « pour prendre un café ». Avec tout ça, il est 11 h. Il fait 32° sur le parking. Roulage derrière un « Air Algérie ». « Autorisé 27 », puis virage à droite.

 

Retour

 

La rade et Bab-el-Oued sous le soleil, c’est quand même plus joli qu’à l’arrivée dans la brume, mais j’ai l’appareil photo dans le sac. Grande bleue, moteur qui chauffe (c’est passé à 42°dehors), puis un peu de fraicheur, visibilité + de 50 km. Le contrôleur m’oublie. Litanie des messages des Liners 6000 mètres plus haut. Seul au Monde.

Palma. Le contrôle me fait redescendre à moins de 1000 pieds, règle ULM en Espagne, rase vigne et rase vagues, puis monter à 2500 pour passer les collines de Polensa, puis 3500, puis FL 85… jusqu’à ce que, à l’occasion d’un transfert vers la contrôleuse de Barcelone, celle-ci m’indique que l’espace au-dessus de 3500 pieds est interdit au VFR. Excuses. Descente aux aérofreins. Coup de chance : c’est juste le début du front nuageux prévu sur la France. Brume juste avant la frontière : descente à 500 pieds. Des bateaux partout. Les voiliers au près penchent beaucoup. Le GPS confirme : vent de Sud Est 40 km/h. Évidemment, c’est quand je suis à 500 pieds des vagues que la pression d’essence s’effondre ! Coups de pieds à droite et à gauche en application du principe « l’essence suit la bille ». Coup d’œil sur le dinghy qui attend sur le siège passager et les bateaux les plus proches. La pression remonte toute seule 15’ plus tard. Il faut bien qu’il reste un peu de mystère.

Montpelier, Béziers. Je retrouve les gentilles Dames des opérations et le douanier qui m’a manqué dimanche. Non, il ne veut pas visiter l’avion, juste voir le passeport et aller dormir : il est là depuis 24h. L’aéroport lui aussi est endormi, le Ryanair est déjà passé.

Redécollage vers Eyguières à travers des ULM qui remorquent des banderoles le long de la plage. Plongée dans les zones obligatoires, interdites, règlementées si denses que j’arrive à peine à distinguer le terrain dans tous ces rouge, bleu, orange qui encombrent la carte… Il faut être français pour compliquer l’espace au point de devoir en juin sortir une carte qui annule et remplace celle publiée en avril ! Après avoir entendu trois fois « IA 383, je vous rappelle » je me mets subrepticement sur Istres pour l’appel suivant et pleure un peu dans l’oreille de la contrôleuse militaire dont j’ai envahi l’espace. Apparemment, pas de guerre à Istres aujourd’hui car je me retrouve avec un « transit direct Eyguières » qui m’arrange. Tiens, une piste en herbe, ça change. Je m’applique pour la 16 avec un vent de 30 km/h du 190 et me fais plaisir avec un kiss sans témoin. Je laisse le Virus dans les mains du réparateur qui l’avait remis sur pieds le mois dernier. Reprise de la bête dans une semaine avec des pompes à essence qui marchent et des ventilateurs pour refroidir l’électronique du tableau de bord.

Comme j’ai oublié de changer d’heure après l’Algérie, je loupe le TGV pour Paris ! Prochain trip Paris-Bucarest. 4 heures de vol Alger-Béziers, 1 heure Béziers-Eyguières.

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Tableau de bord virus IA383 (Copier).jpg

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