Entretien du pot d'échappement

Article paru dans ULMiste n°16, décembre 2013

 

Entretenir son pot d’échappement

 

Pascal Mallet

 

 

Lors de mes déplacements dans les hangars sur les aérodromes ou sur les bases ULM, je vois très souvent des pots d’échappement complètement rouillés, surtout sur les pendulaires. Sans capot moteur il est en effet plus sensible à l’oxydation.  Quoi que ! Si on démontait les capots de 3 axes il est à parier que la plupart des pots aurait besoin d’un bon décapage et peinture ! En plus de l’oxydation à stopper, la dépose du pot peut être nécessaire pour réparer une fuite aux joints de collecteur ou pour effectuer une soudure.

Le pot d’échappement de nos moteurs d’ULM est comme le reste, il a besoin d’un entretien périodique. Le pot d’un moteur 2 temps (ou d’un diesel) ne souffre pas d’un risque de corrosion par l’intérieur comme sur un 4 temps. En effet, l’huile de mélange du moteur (ou le Gasoil) « graisse » l’intérieur du pot ce qui le protège d’une oxydation par l’intérieur comme c’est le cas sur un moteur 4 temps. La combustion d’un 4 temps est d’une température plus élevé et plus « sèche ». Associé à la condensation qui se produit à l’intérieur du pot lors des démarrages à froid, le risque de perçage du silencieux par corrosion est plus grand.  C’est le cas des pots de voitures ou motos qui font des petits déplacements en ville et dont la température à l’intérieur du pot n’a pas permis d’évaporer toute l’humidité due à la condensation. L’eau stagne dans le pot jusqu’au prochain démarrage et ainsi de suite. En quelques mois, le pot est percé !

Si les pots de nos Rotax 2 temps ont peu de risque de perçage par corrosion interne, il peut en revanche percer de l’extérieur. Il faut aussi reconnaître qu’un pot rouillé ce n’est pas beau et que souvent il n’y a que le pot qui fait tâche sur une belle machine.

Dans cas de mise en vente d’un ULM, un pot dont la peinture est en bonne état est assurément un plus.

Sur le 912 les pots d’origine Rotax ou adaptable sont généralement en inox. Si le pot est en acier il faudra également le repeindre régulièrement.

Lorsque je « tombe » sur le propriétaire d’une machine dont le pot est bien rouillé et je lui signale qu’il est grand temps de faire quelque chose, il me répond souvent : «  ben oui mais je sais pas comment on fait quoi  ?? »

Repeindre un pot n’est pas difficile et on peut s’y prendre de plusieurs manières, du plus rapide et économique au plus long et plus cher. Si le prix de la bombe de peinture ne change d’une méthode à l’autre, le décapage n’en est pas de même On va voir ça plus loin….

Le pot sur les 2 temps, c’est un collecteur, un coude à 90° et un pot, équipé ou non d’un silencieux. Si on veut faire le travail correctement, l’idéal est de tout démonter. Si la dépose du pot et du coude n’amène à aucun commentaire, déposer le collecteur induit qu’il risque à falloir s’approvisionner des joints d’échappement. Une fois démontés, les joints peuvent être secs et cassants, déchirés ou déformés. Pour ne pas avoir de fuite il sera indispensable de les remplacer. Si les joints sortent « propres » on peut les remonter avec une bonne pâte à joints qui résiste aux hydrocarbures et à la température élevée.

Pour le cas des moteurs à refroidissement par air avec turbine et tôle comme le 503 et 447, il faut prévoir 4 joints d’échappement car il y a deux joints entre les cylindres et la tôle côté échappement et deux joints entre la tôle et le collecteur. Il faut déposer la tôle d’échappement pour remplacer les joints intérieurs.

Avant de démonter donc, il faut contrôler l’état des ressorts, des silentblocs et des vis de fixation collecteur afin d’en avoir des neufs pour le remontage.  Il faut aussi avoir prévu les outils nécessaires (brosse, clé, moyen de suspendre le pot, compresseur, diluant etc.)

Comme il faut bien prévoir au minimum une bombe de peinture, il est prudent de prévoir également des joints d’échappement neufs.

 

Le pot tiens par les ressorts au coude à 90° et par des silentblocs fixés au moteur ou au support moteur. Il suffit d’avoir la bonne clé pour enlever les écrous de silentblocs, en général c’est une clé de 13.

Si les ressorts sont « assurés» par un câble ou du fil à freiner, il faut bien sûr les enlever avec une pince coupante. Pour sortir les ressorts, on peut utiliser un crochet en acier mais un truc qui marche super bien c’est un bout de ficelle de 3 ou 4 mm de diamètre et 50 cm de long ou un lacet de chaussure par exemple. Le crochet c’est bien, c’est rigide mais des fois, c’est chiant pour sortir certains ressorts (surtout sur les pots de 912).  Avec la ficelle ça va tout seul aussi bien pour démonter que pour remonter.

Il faut passer la ficelle dans une boucle de ressort et tirer sur le ressort le plus dans l’axe possible et ça sort sans difficulté. Si la ficelle n’est pas dans l’axe du ressort, il faut tirer dessus le plus dans l’axe possible et guider le ressort avec le pouce pour le sortir de son crochet.

Une fois le pot démonté, on procède pareil pour le coude à 90°. Pour le collecteur, il faut démonter les vis avec une clé « Allen » de 6

On peut déposer le silencieux et les colliers de serrage mais moi je ne le fais pas. Je laisse tout monté aussi bien pour décaper que pour repeindre.

 

Maintenant on passe au décapage. C’est là qu’il y a plusieurs façons de s’y prendre.

Le plus économique c’est de s’y mettre soit même avec brosses métallique et gros papier à poncer type toile émeri. On peut aussi utiliser une perceuse munie d’une brosse rotative. Ca fait gagner du temps…

Pour exemple j’ai pris un pot d’occasion qui a besoin d’un lifting. Il était sur un pendulaire Cosmos. Je n’utilise pas la perceuse,  je brosse à la main, ça fait moins de poussière, c’est plus silencieux et je « tourne » autour du pot (!)….

Avec la brosse, il faut frotter partout pour enlever le maximum de rouille. Tantôt la brosse, tantôt la toile, au bout d’une demi heure / 3 quart d’heure, on arrive à un bon résultat. Il faut savoir que plus on soigne le décapage, plus la peinture tiendra longtemps. Ceci dit, il est difficile de bien décaper à la main. Le silencieux d’échappement qui chauffe moins n’est pas trop rouillé. Ne pas chercher à le décaper complètement, la peinture qui tient est une couche supplémentaire de protection. On procède pareil pour le coude et le collecteur.

Sur le collecteur, il faut aussi bien nettoyer la portée de joints afin de s’assurer une bonne étanchéité au remontage. Le top est d’avoir une petite cale en bois bien plate pour frotter avec le papier à poncer.

Une fois fini le décapage, un coup de soufflette est un plus et avant d’appliquer la peinture il faut nettoyer avec du diluant. Le diluant qu’utilisent les carrossiers pour nettoyer leur matos fait très bien l’affaire. Il faut un produit dégraissant qui s’évapore complètement.

Il suffit maintenant de pendre le pot en le prenant par un crochet de ressort, lui remettre un coup de soufflette et on peut peindre. On fait pareil pour le coude et le collecteur.

 

En deux mots, tout le monde sait se servir d’une bombe de peinture (?), on passe un petit coup de peinture partout sans chercher à charger en peinture. La bombe à environ 20/30 cm et on secoue de temps en temps. Quand on a fait le tour du pot, on passe au coude puis au collecteur. On laisse sécher un peu et on passe la deuxième couche. On repasse partout et on laisse sécher encore un peu. Profitez des temps de séchage pour nettoyer et brosser les ressorts et décaper les plans de joints des cylindres.

 

Pour cet article, je n’ai pas eu le cas de figure précis où je dois repeindre un pot complet, j’ai pris des pots dans mon stock. Le coup de pas de bol, c’est que je n’ai plus à ce jour de collecteur ni de coude à 90° rouillés pour faire ces photos. Ils sont déjà prêts, vous comprendrez pourquoi plus loin…..

 

Il ne sert à rien de vouloir garder un fond de bombe sur une étagère. Moi je vide une bombe complète sur les pièces du pot. Je passe plusieurs couches jusqu’à ce que la bombe soit vide.

En été, le temps entre 2 couches peut être court, quelques minutes suffisent pour sécher la première couche. En hiver c’est plus long, entre 15 et 30 mn parfois.

Quand c’est bien sec, il faut remonter tout ça. On commence par le collecteur. Je rappelle qu’on aura pris soin de nettoyer les portées de joints sur les cylindres.

On n’est pas obligé de le faire mais moi je remonte toujours les joints d’échappement avec de la pâte à joint. J’utilise une bonne pâte noire de chez Loctite. C’est pas rare d’avoir un copain de hangars qui a un tube qui pourra fournir quelques noisette de pâte.

Une couche de pâte sur le collecteur, une couche sur les cylindres, les joints entre les deux et on refixe avec les vis BTR. Rotax n’utilise que 6 vis sur 8 perçages. Parfois un goujons ou une vis est rajouté. Autant s’en servir si c’est déjà en place mais sinon il n’est pas nécessaire de rajouter les deux vis manquantes.

On y va progressivement sur chaque vis afin d’assurer un bon contact du collecteur sur les cylindres et on bloc moyennement fort (!). Si vous avez une clé dynamométrique, ces vis se bloquent entre 2.3 kg et 2.5 kg .

Reste à positionner le coude et remettre les ressorts en place. Parfois y a 3 ressorts entre pot et coude et parfois il y en a 6. On en monte déjà 3. On monte le pot pareil avec 3 ressorts, on ressert les écrous de silentblocs, on secoue un peu le pot pour qu’il reprenne sa place et quand ça parait « en ligne » on remonte les autres ressorts.  S’il n’est pas une obligation d’assurer les ressorts avec un câble ou du fil à freiner, faire en sorte autant que possible de le faire. Un ressort qui tombe du ciel peut faire des dégâts ! De plus, un ressort cassé qui tiens grâce à la sécurité sera plus facile à détecter que s’il est partit…et ça peut aussi éviter un passage par une pale d’hélice ! C’est facile de se procurer un bout de câble d’un mètre et quelques et d’un serre câble.

A mes débuts dans le milieu ULM, je mettais de la graisse « Belleville haute T° » épaisse sur les rotules du pot, entre le collecteur et le coude et entre le coude et le pot. J’ai vite arrêté ! En effet, quand on repose un pot qui a fait plusieurs centaines d’heure dans une position, on a peu de chance de le remettre pareil  les rotules n’étant plus vraiment étanches. A cause de la pression dans le pot, ça me pourrissait le moteur de graisse et le pot par la même occasion. Une fois ça passe de tout re-nettoyer mais quand ça arrive plusieurs fois ça gonfle donc à proscrire. C’est là que s’applique le « Le mieux est l’ennemi du bien »……

 

Pour en revenir au décapage, y a une autre solution qui est bien sûr la plus top. C’est de faire sabler le pot par un pro.  De mon côté,  je vais à Agen à « L’atelier d’Alexandre ». Ils sont spécialisés dans le décapage et le traitement de surface sur tout support métallique. Je les remercie du temps qu’ils m’ont consacré.

Dans une cabine qui pourrait recevoir une voiture, ils décapent à la grenaille métallique. En gros c’est du sable d’acier. Là ça rigole pas.  Protection intégrale obligatoire.

Pour la démonstration, j’ai pris 2 autres pots. Un autre pot de Cosmos (j’y peux rien !) et un pot nu à 180°. Ils sont bien sales.

Il faut impérativement boucher correctement les extrémités  avec un gros chiffon.

Environ 5 mn pour décaper  les deux pots, prises de photos et habillement du sableur compris ! Ca fout les boules quand je repense au temps passé à la main !!

Là, c’est nickel. Le pot à 90° sera repeint à la bombe pour comparer le résultat avec le décapage à la main. Le résultat est parfait. Pour le collecteur et le coude à 90°  je lui demande de décaper aussi l’intérieur. Ca sort nickel.

C’est pour ça que je n’ai plus de collecteur et coude rouillés pour les photos.  Quand j’ai une poignée de collecteur et coude, je les fais décaper et je les repeint au plus vite. Ils sont prêts pour le remontage.  Je l’ai fait récemment….

Pour ce qui est du pot à 180°, avant peinture, on va faire une métallisation. C’est un traitement de surface dont le procédé est de projeter une fine couche de Zinc de quelques microns sur les pièces. Ca ce fait aussi avec de l’aluminium. Fabriquant de véranda en fer, l’entreprise, qui fait aussi la peinture Epoxy cuite au four, fait ce traitement de surface afin d’accroître la protection contre la rouille. Ce traitement se fait entre le décapage et la peinture. Lors de la métallisation, le Zinc fondu par la flamme du pistolet de projection se fixe sur l’acier. C’est rapide et le résultat est très propre.

Voilà donc les 3 pots dont un est poncé à la main et repeint, l’autre est sablé et repeint et le dernier qui est métallisé et repeint.

C’est pas facile de bien voir la différence de résultat en photos entre un décapage à la main et un sablage mais il y en a bien une.

 

Question prix, une bombe de peinture haute température coûte entre 15 et 20€.  Les joints d’échappement coûtent entre 6 et 10€ pièce selon le modèle et la provenance (pièce origine ou adaptable).

En imaginant que l’on puisse réutiliser le vieux câble de sécurité ou qu’on assure les ressorts au fil à freiner, que les joints d’échappement sont réutilisable montés à la pâte à joint, il n’en coûtera que le prix de la bombe.

J’ai eu à utiliser plusieurs marques de bombe de peinture haute T°. Des 600°, des 800°, des chères, des moins chères, et le résultat n’est pas toujours fameux !! …. je ne vais pas citer celles qui ne valent rien (j’ai vu une fois un pot repeint en noir HT° devenir blanc après le premier vol !),

en revanche,  je peux citer celle qui va très bien et que j’utilise depuis de nombreuses années. Le problème c’est que l’entreprise qui fabrique cette peinture ne fournie que les professionnels.

Peut être vous pouvez en trouver chez les quincailliers ou magasin de bricolage. Elle existe en noir ou Anthracite. Moi j’aime bien l’Anthracite !!!

 

Le prix d’un sablage de pot est variable, comptez quelques euro. Parfois c’est du pourboire ou alors un forfait appliqué par le professionnel.

Je pense qu’à la vue du service rendu, donner 20€ ne me semblerait pas exagéré.

Pour ce qui est de la métallisation, il faut considérer le sablage et le traitement de surface. Comptez une cinquantaine d’euro pour les deux opérations. 

On voit donc que l’entretien d’un pot peut varier du simple au triple voir plus selon les cas de figure et le besoin ou non de remplacer les joints, les ressorts, les silentblocs.

Pour ce qui est de la tenue dans le temps, elle sera variable en fonction du type de décapage, du type de peinture et de l’endroit ou reste stocké l’ULM.

Je pense qu’avec le traitement de surface et la peinture, si l’environnement n’est pas défavorable (hangars humide, proximité des côtes), le pot peut rester propre 3 ou 4 ans.

Parfois, il faut repeindre chaque année si on veut avoir un pot bien propre et bien protégé. Dans ce type d’opération il n’y a pas de règle.

 

De toute façon c’est à faire au moins à chaque révision moteur.