Costa Rica

Article publié dans ULMiste n°17, août 2014

 

Costa Rica
 

Yves Deweer

 
Costa Rica, aussi appelé petite suisse de l'Amérique Centrale, pur bijou de nature coincé entre deux océans, Pacifique et Atlantique et entre deux pays : Nicaragua et Panama. Nous sommes sur l'aéroport de Tamarindo, 75 km au sud de la frontière avec le Nicaragua, pays avec qui la guerre se termina il y a 30 ans grâce à l'intervention du Président Arias qui reçut le prix Nobel en remerciement. Tamarindo surtout connu par les jeunes sportifs et surtout surfeurs pour ses vagues superbes, régulières et dans une eau à 27° toute l'année.... sur une plage de 3 km de sable blanc... juste à côté de Playa Grande, autre paradis pour surfeurs mais surtout plage unique au monde où les grandes tortues luth, celles sans carapace, viennent pondre la nuit de décembre à février… Tamarindo, piste orientée 07/25 au niveau de la mer et séparée de la mer par une mangrove qui se vide et se remplit au gré des marées, laissant apparaitre quelques crocodiles, dormant sur les  berges, mais méfiez-vous, un œil toujours très vigilant...
Orientation parfaite pour la 07 à l'époque des vents forts de décembre à avril, appelés Papagayo, vents qui traversent le Nicaragua et son lac (où vivent les seuls requins d'eau douce...) et déboulent sur le Guanacaste avec force, rafaleux à souhait et par des séries de 3 jours à 30-35 nœuds ! La 25, utilisée quand la brise de mer souffle moyennement 10 à 15 kts mais avec constance, six mois de l'année sans vent ou presque. A 50 km plus au sud et jusqu'à la frontière du Panama, onze mois sans vent mais plus humide et avec plus d'averses... Tamarindo ne connait la pluie que durant deux à trois mois par an et
encore... pas plus qu'en France... Sur la piste de Tamarindo (MRTM) il y a le grand hangar ouvert, avec le préposé notre ami George qui tient la buvette locale et qui reçoit les passagers qui voyagent entre San Jose, la capitale à 45 min de vol (en voiture, comptez 4 bonnes heures!) et Tamarindo avec deux compagnies locales, Sansa (Publique) et Nature Air (privée) utilisant toutes deux le légendaire Cessna Caravan mono-turbine, seul monomoteur admis en vol commercial, gage de fiabilité et d'endurance ! 4 à 6 vols quotidiens. Pas de tour de contrôle, tout se passant sous VFR et radio pointée sur 123,00. Nous sommes à 35 miles de Liberia, aéroport international MRLB, qui depuis 2005 reçoit des vols directs de New York, Miami, Toronto, Houston,... La CTR de Liberia est à 15 km et la TMA ne commence qu'à 2500 pieds au-dessus de nos têtes. 119.80 en approche et 118,9 pour la tour, Liberia nous permet de voler dans leur zone, naturellement avec transpondeur et avec une grande amabilité pour nous, pauvres petits pilotes ! Nous disposons d'un petit hangar de 6 x 6 m qui abrite les petites merveilles : nos gyrocoptères ! Nous avons opté pour le MTO3 de Autogyro, un jeune fabricant allemand qui cartonne… Grâce à des machines construites avec tout le sérieux allemand que l'on connait... et ca se voit dans la finition : impeccable ! Ayant un distributeur non loin de Tamarindo, qui a déjà une dizaine de machines importées dont le fameux Cavalon, côte-à-côte très racé. C'est lui aussi qui se charge de la maintenance, les changements d'huile toutes les 75 h et la révision générale toutes les 100 h. Il nous approvisionne aussi en pièces détachées, telles hélices, instruments, casques, câbles, etc. Les machines sont équipées de moteurs Rotax 912 S sur une et d'un Rotax 914 Turbo de 120 cv sur l'autre. Avec le turbo, nous ne gagnons rien en vitesse mais peut être utile sur de courtes pistes ou lors de décollages avec passager costaud et bagages lorsqu'il fait très chaud. La distance de décollage, habituellement très courte, peut se voir rallongée de manière très significative. le MT03 est parfait pour ici : style scooter, chacun son pare-brise, cockpit ouvert indispensable quand le soleil fait monter la température ambiante vers 32 ou même 38° vers midi. Tenue de vol : casque ouvert, lunettes de soleil, short et t-shirt, parfois à longue manches pour les longs vols et les montées en altitude vers San Jose où il faut atteindre les 4000 pieds pour accéder au plateau de la vallée centrale. Cette tenue vaut pour les 12 mois de l'année ! A ne pas oublier : la crème solaire haute protection. Autre avantage du gyro : on met 4 machines dans un hangar de 6 x 6 m... Essayez d'y mettre  un seul avion... Pilote depuis 30 ans avec plus de 3000 heures au compteur, surtout en ULM et un peu en Robin Chevalier à Bondues avec mon prof Pierre Maes, pilote émérite et sympathique, je partage ma passion avec Pascal, ex-impresario des Gipsy King, venu vivre à Flamingo, Michael, ex du pétrole canadien dont les grands parents venaient de la Sibérie et Nicolas, Tignard, ex snowbordeur et champion du monde en 2001 et 2002, fraichement diplômé et détenteur de la licence ULM, catégorie Gyro du Costa Rica.

 

Promenons-nous

 

Au programme, balade vers Carate et retour dans deux jours. 1000 km aller-retour. A nos GPS, enfin nos Ipad avec le superbe programme Air Nav Pro sur Apple Store. Avec un petit support fait maison, on le fixe sur la cuisse avec un velcro élastique et le tour est joué.

Nous voila en montée depuis la 25 de Tamarindo, avec deux appareils et les quatre compères, vers la mer en passant la mangrove et survolant les surfeurs en grand nombre sur la page de Tamarindo et Langosta. On maintient 500 pieds mais passé Langosta, virage au 185 et vol au raz des flots pour chatouiller les vagues le long de la plage qui nous amènera jusqu'à Tambor, au sud de la péninsule du Guanacaste, après une heure de vol, variant les altitudes entre 30 et 500 pieds... De Tambor, il faut traverser la mer sur 30 km vers Puntarenas, langue de sable en espagnol, et elle porte bien son nom. Pour raison de sécurité, nous montons vers 3500 pieds, quittant la terre ferme et visant au loin l'autre rive du golf de Nicoya, sans avoir eu une pensée pour Saint Rotax, patron des ULMistes et en repérant les navires qui pourraient nous venir en aide en cas d'amerrissage forcé. Une annonce sur 123.00 pour nous annoncer dans les airs à cette altitude car c'est une route assez fréquentée par l'aviation locale.

Vertical Puntarenas, virage au 180, plein sud et descente vers le port de Caldera, port d'entrée de tous les conteneurs et bateaux porte voiture venant de la côte ouest des USA, de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud. Certains diraient le « péril jaune », mais ça c'est une autre histoire... Face à la mer, sur 5 km une falaise verticale de 300 m, endroit parfait pour le soaring en parapente. D'ailleurs, un club local dispense des cours et des vols locaux. Quand le vent est orienté sud ouest, face à la falaise, les parapentistes se fond plaisir durant des heures le long de la falaise pour revenir ensuite à leur lieu de départ. S'ils ratent leur coup, atterrissage sur la plage juste en bas, au milieu des touristes. Spectacle garanti.

Passée cette falaise, en ayant un œil sur les parapentes, nous continuons notre voyage vers le sud non sans faire une incursion dans les terres en suivant les méandres de la rivière Tarcoles, que nous remontons en rase-motte jusqu'au pont où s'arrêtent la plupart des touristes pour admirer en contrebas les énormes crocodiles de plus de 3 m qui peuplent les berges, en attente de nourriture prodiguée par ces mêmes touristes. Retour sur la côte en montant vers 2000 pieds afin de passer les collines menant au complexe résidentiel de Los Suenos, son hôtel 5 étoiles, ses luxueuses villas, son golf et sa marina remplie de bateaux destinés à la pèche sportive (espadon, thon, etc.) pour les nantis costariciens et étrangers fortunés, et pourquoi pas un exilé fiscal français parmi eux ? Ensuite, la plage de Jaco, très touristique et une des premières destinations des habitants de San Jose à seulement 1 ou 2 h de route.

A partir de cet endroit, c'est vraiment le moment de transition entre le nord sec et assez aride pour le sud plus vert et humide, ce qui se traduit par une modification radicale du paysage rencontré le long des plages et sur les versants des collines environnantes. Certains passages se font à plus de 2000 pieds afin de passer les falaises tombant dans la mer bleue pour longer ensuite les plaines amenant à Quepos et son parc naturel Manuel Antonio. Ensuite sur plus de 100 km, rien que des plaines couvertes de palmiers donnant l'huile de palme et des plages alternant le sable noir d'origine volcanique et les plages de sable blanc. En mer, tortues et dauphins, pélicans et dans les airs, aigles et quelques grands oiseaux, les frégates magnifiques, tels des planeurs virevoltants en spirale dans les ascendants thermiques... Danger car une collision est toujours possible ! J'en ai fait l'expérience en début d'année ! Volant à 1000 pieds au dessus de la plage, un groupe d'oiseaux quitte mon axe de vol mais au dernier moment, comme si l'un d'eux voulait venir me dire quelque chose, il se jette sur moi, heurte le rotor, tape le coté de l'habitacle et passe derrière… Après ce moment d'émotion, quelques grosses vibrations me ramènent à la réalité et à la procédure d'urgence apprise lors des vols avec mon moniteur : réduction des gaz, positionnement face au vent et recherche de la vitesse idéale afin de trouver le lieu idéal pour un atterrissage de fortune. Horreur, marée haute, seule une petite bande de plage de sable mou couvert de bois flotté se présente ! Ok, je prends et on y va. Je vois non loin un espace un peu plus libre, se sera mon terrain. Le Grand avantage du gyro est de pouvoir voler quasi à l'arrêt. Etant très proche du point d'impact, en avion, afin d'éviter le décrochage, on est oblige à faire des S ou une prise de terrain en U avec un risque de perte du point d'impact prévu... Le gyro, ne connaissant pas le décrochage, peut rester à portée du point d'impact, se laisser descendre en autorotation en gardant un œil là où je veux toucher le sol et attendre 300 ou même 200 pieds pour une prise de vitesse qui freinera le taux de chute et me permettra de toucher le sol horizontalement et à faible vitesse ! En touchant le sol, le manche tiré en arrière assure un flair et joue comme au frein puissant qui allège et immobilise l'appareil sur une courte distance ! Dans mon cas, ce fut sur moins de 5 m ! Impressionnant. Une inspection me prouve la résistance étonnante de la machine car aucun dégât n’est à noter, à l'exception d'un petit bout de plastique qui manque au bout de la pale du rotor et qui devait causer les vibrations inattendues ! N'ayant pas de sortie vers une route qui borde la plage, je prends la décision d'attendre 3 heures plus tard une marée basse qui me permettra de décoller sur une belle plage de sable dur, face au vent ! Belle expérience et aussi un peu d'adrénaline mais que du positif !

 

En vue de Quepos, nous nous annonçons  pour un circuit vent arrière de la 22 en passant verticale piste à 1000 pieds, observant le manche à air en bout de piste. Se sera la 22 après un survol autour de la piste des champs de palmiers bien alignés. Approche en finale sur cette piste en dur qui fait 1000 m, arrondi et remise de gaz à 4000 tm pour un low pass jusqu'en fin de piste, ce qui évite un long taxi de 800 m et accélère le dégagement de la piste ! Arrivés au parking,  petite collation, toilettes et avec quelques jerricans disponibles sur place, un taxi nous amène à la station toute proche pour un refueling au super.

Deux heures de vol, consommation de 30 litres de super, c'est pas cher payé l'heure de vol. Il ne nous reste que 1h30 de vol pour atteindre Carate, piste entièrement refaite en béton, coincée entre l'océan et une colline abrupte couverte d'une végétation dense. Pilote et copilote inversent leur rôle, et c'est reparti pour la balade.

 

La côte sud jusqu'à la péninsule d'Osa est très sauvage et peu d'habitants, pêcheurs pour la plupart, se répartissent les plages désertes à perte de vue, souvent de sable sombre ! Très humide, les plages sont entrecoupées de rios qui se jettent dans l'océan, mêlant eaux bleues et eaux brunes chargées en limons arraches aux collines durant leur descente lente vers la mer. Le contraste des couleurs en mer est saisissant. En cours de route, alternant les vols à 2000 pieds, plus frais et les vols plus bas mais chauds, nous parlons quand même de 30 à 35 ° c, nous passons Uvita, repère de baleines, un endroit très mythique car ses rochers en mer en forme de queue de baleine semblent avoir été posés comme emblème de reconnaissance pour ces mammifères afin de venir mettre bas et ainsi pérenniser la race. Nous poursuivons le vol et avant la péninsule de Osa, un choix s'impose : tout droit devant, passant quelques crêtes et on plonge sur le golfe de Golfito, dernier port bananier avant le Panama ! Ou alors suivre la côte vers la droite, en longeant le parc naturel de Corcovado où le vol peut être accompagné de quelques perroquets aux couleurs vives et volant toujours en couple. Par contre ayons encore une pensée pour notre saint Rotax, car en-dessous de nous, rien que de la forêt primaire, dense et d'un vert flamboyant et les falaises qui tombent droit dans la mer sans aucune plage salvatrice ! Après concertation, le choix s'est posé sur le tout droit pour le golfe de Golfito, dit aussi golfe Dulce, pour aller refueler à Puerto Gimenez, dernier endroit avant le Panama où l'on trouve de l'essence. Le retour se fera par l'autre côté ! L'approche sur Puerto Gimenez par la 27 impose une arrivée en étape de base au-dessus de l'eau à 800 pieds. Descente en finale à 75 km/h , trimé grâce au piston connecté au plateau du rotor principal et géré par le bouton sur le sommet du manche et qui pousse en descente et tire en montée sur le plateau rotor, donnant un manche neutre dans toutes les phases du vol. (Certains ajoutent un piston latéral pour trimer en latéral). Phares et pompe électrique sur on, annonces sur 123.00 toujours en auto-information, moteur à mi-régime, vers les 3500 tm pour garder un flux d'air sur la gouverne de direction , stabilité assurée par l'effet gyroscopique du rotor, peu sensible aux turbulences, arrondi à 5 m du sol et vol horizontal jusqu'à 50 km/h moteur coupé et flair pour un toucher tout en douceur. Une fois en phase de roulage, manche callé vers l'avant, le bouton Rotor remis sur Brake et on monte la pression par le bouton du trim afin d'enclencher le frein rotor et arrêter définitivement la rotation du rotor avant l'arrivée au parking. De l'autre côté du golfe, Pavones, la plage avec LA vague mythique que tout surfeur qui se respecte doit avoir dompté une fois dans sa vie ! Enfin, au loin, après avoir suivi la côte depuis Puerto Gimenez, en faisant un long  virage sur la droite, nous avons à l'horizon la petite piste (quand même 1000 m de long...), récemment rénovée, où on se sent vraiment au bout du monde : deux lodges dans la montagne et un petit bar à la sortie de la piste, bar tenu par un ancien pilote US, dans le style de l'écrivain Hemingway, barbu, peau tannée par le soleil et le guaro, rhum local et bon marché à la portée de toutes les bourses, pas plus cher que le coca cola... Deux jours nous attendent avec au programme : farniente, yoga et quelques vols locaux avant d'entamer le vol de retour... mais ceci est une autre histoire.

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