Norman Hulmel

Article paru dans ULMiste n°21, décembre 2016

 

Norman Hulmel

 

ULM est écrit dans son nom ! Son père est instructeur. Pourtant, à 19 ans, voilà relativement peu de temps que Norman se passionne pour l’ULM. Terminer vice-champion de France autogire devant de très bons avec moins d’une année de brevet mérite qu’on s’y intéresse !

 

Norman fait des ronds dans le ciel

 

ULMiste : Norman, tout d'abord félicitations pout ton résultat aux championnats de France, ça a été spectaculaire à tous les sens du terme. Question bateau : comment es-tu venu à l'aviation ?

 

Norman : tout simplement par mon père qui est instructeur. J'ai toujours baigné dedans, mais ça ne fait qu'un an que je m'intéresse vraiment à l'ULM. J'ai commencé par l'hélicoptère et voilà moins d'un an que je vole en autogire. Avant je ne volais quasiment pas, c'est venu subitement. J'ai volé tous les jours en hélicoptère jusqu'au lâcher, puis j'ai essayé l'autogire, ça m'a vraiment plu. Puis on a eu la possibilité de racheter une machine, ma machine maintenant, avec laquelle j'ai fait la compétition, un ELA 07S 914. J'ai fait la présentation officielle ELA à Blois avec Eric Changeur. Suite à quoi mon père a reçu un email lui disant que je devais faire les championnats de France, que j'aurais mes chances. L'autogire est juste une passion pour moi, à côté j'ai un travail. Il se trouve que mes vacances commençaient le même jour que le début du championnat de France. Alors je me suis dit "pourquoi pas ?"

 

Malgré que ton père vole depuis longtemps, tu n'étais pas spécialement attiré ?

 

Non, j'avais des passions, mon père avait les siennes. Je volais de temps en temps, sans plus.

 

Tu as fait un peu de parapente et paramoteur, je crois ?

 

Quand j'étais tout petit, il n'y avait pas trop le choix. Depuis mes dix ans, j'ai passé des heures et des heures à manier la voile au sol. Vu mon petit gabarit, avant de me poser un moteur sur le dos, il fallait bien que je commence par du gonflage. Puis je me suis fait treuiller, etc. trop petit et léger pour le paramoteur, donc en attendant il fallait bien faire comme on peut.

 

J'ai vu des photos de toi en solo en parapente, tu ne pesais pas bien lourd. Déjà que tu ne pèses pas lourd maintenant…

 

Ben non, je fais 55 kg !

 

(Rires) ça a été un avantage, sans doute, sur la compète !

 

Ben oui ! Ma machine est vachement lourde, elle est toute d'origine, rien n'a été préparé, à part le réservoir ajouté. C'est aussi pour ça qu'on a fini deuxièmes.

 

Et tu fais quoi, sinon ?

 

Je suis boulanger.

 

Ah oui, du coup, la compète fut l'occase de faire des grasses mat !

 

Voilà, d'habitude je me lève à trois heures, là je me levais à six heures !

 

Est-ce que la compétition t'a apporté quelque-chose ?

 

Oui, de l'expérience ! Et puis pas mal de rencontres. Même si on est adversaires entre guillemets, on est comme une grande famille. Je suis arrivé, je ne connaissais personne et me suis aperçu au briefing que tout le monde se connaissait en fait. J'ai trouvé ça très sympa.

 

Quels sont tes projets ?

 

Je compte devenir instructeur et passer le pendulaire, seul brevet ULM qui me manque.

 

Le pendulaire t'attire ?

 

Ah oui, mais il faut que je trouve un instructeur près de chez moi.

 

Tu envisages d'en faire un métier ?

 

Non. Ce n'est pas le métier de mon père et je sais que ce n'est pas ça qui nous ferait manger en fait. C'est grâce à son métier qu'on a pu faire de l'ULM et non l'inverse.

 

L'inverse existe aussi mais après on ne fait plus que ça. Que penses-tu du milieu de l'ULM ?

 

C'est assez fermé en fait ! Les gens sont relativement sympa mais c'est un peu "moi j'ai fait ci, moi j'ai fait ça"… ils ne prêtent pas du tout attention à moi, ils ne me disent pas bonjour. C'est une fois que j'ai pris la machine, que je suis allé tourner dans tous les sens, que là ils me disent bonjour et me demandent comment je vais.

Du coup c'est un peu un handicap. Avec mon père on fait des baptêmes et en général on les fait à deux machines, c'est plus sympa. Il y a des gens qui refusent de voler avec moi ! Après que mon père leur explique, ils acceptent et reviennent super contents. J'ai même eu un pourboire ! Mais d'autres ont carrément refusé, alors que je suis aussi qualifié que les autres.

 

Tu verras, si tu fais de l'instruction, ce sera encore pire. La plupart de tes élèves seront en âge d'être ton père voire ton grand-père et ne supporteront pas qu'un petit jeune leur apprenne quelque-chose. Il faut bien que les vieux se vengent de ne plus être jeunes… Qu'as-tu pensé des épreuves sur la compétition ?

 

On m'avait dit c'était assez vicieux et assez tordu. Je n'ai décidé de participer que dix jours avant. Donc je ne me suis entraîné que dix jours. Je n'avais jamais navigué à la carte ! Tracer un trait, prendre un cap, je ne connaissais pas. Pendant les dix jours, on a fait que ça, trait, carte. Premier jour, épreuve en cheminement. Je n'avais jamais fait du cheminement ! Oui, ça m'a beaucoup apporté ! La course aux pylônes, aussi, c'était très sympa, j'ai beaucoup aimé ! J'ai trouvé les épreuves variées, peu répétitives.

 

Ton copilote, Alexis, est pilote également ?

 

Non, il est en cours de formation mais ne vole quasiment pas.

 

Vous avez travaillé à deux ?

 

Je ne savais pas trop comment ça se passait. Je pensais que le mec qui est devant se contente de piloter et n'a même pas de carte. Et au final je me suis aperçu que non ! Le premier jour, on est arrivés comme ça, j'avais rien. Mais on m'a dit qu'il ne fallait pas faire comme ça. Du coup j'ai collé la carte qu'on nous a donnée sur la verrière, avec les photos, tout le monde rigolait. On m'a dit "fais-toi un truc pour le genou !" Le soir, avec mon père et un ami qui était là, on a bricolé un truc vite fait. Là, on nous a dit, ce qui serait bien c'est que le truc puisse tourner. Du coup, cinq minutes plus tard ils avaient trouvé un morceau de carton dans une poubelle et j'avais un truc qui tournait ! On m'a vraiment beaucoup aidé, donné beaucoup de conseils et c'est grâce à ça que j'y suis arrivé.

 

Tu avais de la pression ?

 

Pas du tout ! Sauf sur la course aux pylônes. Tout le monde m'y attendait un peu. Je ne vole quasiment que pour faire du free-style.

 

On a vu ça…

 

Et du coup, on m'attendait. C'est là que j'ai eu de la pression, mais sur les autres épreuves, non.

 

Et quand tu as vu que tu commençais à faire des résultats ?

 

Non, je suis passé de troisième à deuxième, mais à 80 points d'écarts du troisième sur le dernier jour. Je me suis défoncé pour creuser l'écart.

 

Est-ce que tu verrais quelque-chose de mieux sur les épreuves ?

 

Non, je ne saurais pas quoi rajouter. J'ai trouvé tout ça très varié, très bien organisé, avec un bon encadrement, très bien sécurisé.

 

Toi qui commences presque par la compétition, que dirais-tu à quelqu'un qui n'a jamais participé, pour lui donner envie ?

 

D'essayer ! C'est sympa, on apprend beaucoup, notamment à connaître sa machine. Tout le monde est sympa, le staff aussi. L'ambiance, aussi. Tout le monde parle à tout le monde, on me dit bonjour.

 

Du coup, ça t'a donné envie d'aller te balader ne tirant un trait sur la carte ?

 

Ah ben ouais ! Avant j'y allais au GPS, mais maintenant, je vais tirer des traits, faire un peu de cheminement, je trouve ça sympa !

 

Intéressant ! C'est ton père qui t'a formé ?

 

Oui, en hélico puis en autogire. En hélico, il m'a d'abord formé, puis m'a envoyé compléter avec les meilleurs, un peu partout. Pour l'autogire, je trouve que mon père est dans les meilleurs, donc je n'ai pas trouvé utile d'aller voir ailleurs. Je ne connais pas grande monde qui ait un meilleur niveau que le sien…

 

Pas trop difficile d'apprendre avec son père ?

 

Non, c'est carrément plus facile ! Il m'a fallu quatre heures pour passer de l'hélico à l'autogire. J'ai trouvé ça facile : mon père me dit "fais ça", je le fais, je ne réfléchis pas. Comme à la maison "fais ça", je ne réfléchis pas, je fais. A force de faire sans réfléchir, ça devient vite instinctif.

 

Oui, vous avez l'air de bien vous entendre !

 

Ah ben oui, je termine mon travail, on déjeune et on passe l'après-midi ensemble.

 

Tu n'envisages pas de faire de l'ULM ton gagne-pain ?

 

Non, je vais instruire juste pour le plaisir de faire partager ma passion.

 

Et le trois-axes ?

 

Oui, j'ai eu mon brevet il y a cinq jours (soit début octobre NDLR). J'ai fait six heures sur un SkyRacer aile basse avec Jean-François Ledru.

 

Qu'en as-tu pensé ?

 

C'est ni plus ni moins qu'un autogire bridé en fait ! Ça vole plus vite certes, mais les approches sont différentes, ça secoue beaucoup plus. Mais les approches sont trop différentes ! Je fais mes approches au seuil de piste en gyro ! Mais là, arriver en approche "Boeing", ça m'a fait bizarre au début ! Dans un avenir proche on devrait acquérir un trois-axes.

 

Et en paramoteur, tu voles toujours ?

 

Beaucoup moins, j'ai eu un accident et le domaine de vol est assez limité. Je fais beaucoup plus de gyro, maintenant. Environ quatre heures par semaine. Avant je volais tous les jours mais j'ai réduit, le débit d'essence ça y va ! Je vole dans toutes les conditions de vent, j'arrive même à décoller sur place et à reculer en montant !

 

Tu dois donc être à 200 heures environ, ça fait beaucoup en un an ! Est-ce que l'autogire te semble plus risqué que d'autres machines ?

 

Non ! S'il y a une machine avec laquelle je veux tomber en panne, c'est l'autogire !

 

Ça, d'accord !

 

Beaucoup de gens ont peur de la panne moteur… je me suis entraîné moteur coupé pour la compétition et maintenant, c'est super cool. Depuis, je me pose toujours sans moteur. La première fois, j'avais une grosse appréhension. J'ai coupé en me disant que si ça se passe mal, je rallume mon moteur. Et au final, j'ai posé moteur coupé, super bien.

 

On a tous eu 20 ans un jour… puis on se calme. On vieillit, on réfléchit, on devient père de famille, tout ça…

 

Ouais, c'est que me disait mon père aussi…

 

Je termine ma question : qu'est-ce que tu réponds à ceux qui te disent que t'envoie trop fort ?

 

Que je me suis calmé ! Au début, je faisais des renversements qui se finissaient le rotor à la verticale. Je sais que je suis aux limites. Du coup, je repousse mes limites mais pas celles de la machine. Je fais très attention à ça.

 

Et comment tu connais les limites de la machine ?

 

Tout doucement, je fais des exercices, je le pousse, je le pousse, et je sens quand la machine me dit "là, tu vas tomber". Mon gros avantage c'est mes 55 kg, je peux tout rattraper. Mais je me calme ! Et c'est plus rassurant pour les gens qui regardent du sol. Mais à un moment, sur mon terrain, à Courseulles-sur-Mer, il a fallu que je fasse un peu mes preuves par rapport à mon père, je suis "le fils à Martial". Je me suis démarqué.

 

Est-ce que tu voudrais ajouter quelque-chose ?

 

Oui, je voudrais préciser que j'étais le seul sur la compète à ne pas être équipé du boîtier "GyroPerfo". J'ai essayé, mais ce boîtier n'est pas fait pour mon style de pilotage. Ça ne change strictement rien. Mais je suis content d'avoir fini deuxième sans.

 

Tu veux dire que ça ne sert à rien ?

 

Je ne dis pas que ça sert à rien. Mais ça ne m'est pas adapté. Pour les équipages lourds, c'est sans doute utile. Le boîtier ne se déclenche qu'en fin de course des gaz. Moi, je veux la puissance tout de suite !

 

Ton foulard tête de mort, c'est pour faire moins minot ?

 

Non, mon foulard et mon casque orange, c'est pour qu'on me reconnaisse. A moto, je mets ce foulard et je le mets aussi en vol.

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