Chute libre !

Article paru dans ULMiste n°2, août 2010

 

Chute libre

 

Pierre-Joseph Delvaux

 

Mon premier vol

 

Mon premier vol s’est passé dans le début des années 60 à l’arrière de la Renault16 paternelle. Nous quittions Paris pour rejoindre le Limousin, domaine  familial de ces premières grandes vacances. Il faisait chaud ; nous dirions caniculaire aujourd’hui ; le regard lointain se brouillait et curieusement le bitume de cette nouvelle autoroute A6 semblait se gondoler. J’avais 6 ans 1/2, et de fait mon premier souvenir de «grandes transhumance»  où le temps long me permettait  d’embêter ma grande sœur, ou plutôt l’inverse je crois.

Après deux heures de chamailleries  l’autorité parentale, à l’avant du véhicule, instaurait un silence monacal fait de bouderies et regards sévères ; restait le bruit du vent et ma main qui jouait avec l’air dans l’entrebâillement  de la glace arrière de la Renault 16 blanche…

 

Observations :

 

• 1ère règle : là où il y avait le moins d’effort à faire c’est lorsque les doigts, la paume et l’avant bras sont parfaitement alignés dans le sens de la marche.

 

• 2ème règle : tout essai de désalignement du sens de la marche en partant de l’index, un peu en bas ou un peu en haut instaurait un effort musculaire tel qu’il pouvait renvoyer tout le bras en arrière.

 

• 3ème règle : l’effort était proportionnel à la vitesse de la voiture de Papa.

 

• 4ème règle : en gonflant la paume sans désaligner la main, un peu comme si vous vouliez faire ou dessiner un canard, la main flottait sans effort.

 

• 5ème règle : les efforts à faire étaient plus secs et précis dans un tunnel et plus moelleux sur la route au soleil.

 

Tout était là je crois, j’ai dû attendre les années 2000 pour le vérifier…

 

Le vol en chute

 

Je reviendrai plus loin sur cette étape mineure qui consiste à monter dans un avion, monter entre 4000 ou 6000 m et le quitter avec plaisir en ouvrant la porte, en sautant comme les enfants, du bord de la piscine, ont plaisir à croire qu’il vont tomber sans se faire mal. Deux points importants cependant, on ne se pince pas le nez lorsque l’on saute et l’on met son parachute, condition sine qua non pour faire un second saut...

 

Vous rappelez-vous la main et l’index dans la R16 ?

La tête c’est l’index, la paume est le corps, l’avant bras les jambes, et nous allons dans le sens de la marche qui ici est de haut en bas. En haut il y a l’avion qui nous y a amené, en bas il y a le sol de la terre, entre les deux une grande piscine faite de millions de m3 d’un fluide porteur avec lequel nous allons jouer.

 

Et la vitesse ?

 

Petite différence, il n’y a plus l’accélérateur de Papa, nous en sommes maîtres, dans la mesure des lois de la gravité de Mr Newton : elle est dépendante de la traînée, soit la surface en appui sur l’air dans le sens de la marche, ici de haut en bas.

 

• Si nous prenons une position «tête en bas» où le corps est aligné au sens de la marche, nous avons une petite surface d’appui, donc une petite traînée : le sommet de la tête et les épaules : nous  allons vite.

 

• Si nous prenons une position «à plat» où le corps est horizontal par rapport au sens de la marche, nous avons toute la surface du corps en appui sur l’air, donc une traînée plus importante : nous allons lentement.

 

Vite ou lent, notre moteur ?

 

En considérant Mr Newton et ses 9,81m/s et le fait que tout notre corps participe par son travail musculaire et de position dans l’air à maximiser ou à minimiser la traînée, nous avons un moteur qui permet une plage de vitesse comprise entre :

 

• 80 km/h en position à plat, avec des bouts de tissu entre les jambes et les bras pour augmenter la traînée (la paume de la main face à la route).

 

• 531 km/h, record mondial dans une position Tête en bas, bras rentrés.

En résumé :

 

Nous avons un objet volant, notre corps ; un moteur, par la pesanteur et la modification de la traînée de l’objet volant ; un fluide dans lequel nous naviguons, bref tout pour faire un vol…

 

Ce qu’il y a d’intéressant dans le vol de la chute c’est que l’aéronef c’est vous. Un aéronef intelligent qui peut modifier sa structure en fonction de ses besoins, de ses envies, de ses folies.

 

La chute en vol

 

Le vol en chute, le freefly, s’effectue principalement sur des aérodromes spécialement désignés et souvent distants des grandes villes et l’idée d’y aller en vol ne fut pas longue à apparaître. J’avais bien passé mon brevet avion quelques années auparavant, mais j’en avais cessé la pratique. Le hasard m’a fait rencontrer mon «Papa oiseau», un homme de l’art, un homme de l’air, planté d’une curieuse machine faite de tubes et aussi d’une curieuse voile en tissu, et ça vole loin ? Pourrait-on aller de DZ en DZ avec cela ? (DZ, dropzone, terrain de parachutisme).

 

L’homme parle peu, est fait d’un subtil mélange de folie contenue et de rigueur, nous parlons d’air, du sien, du mien, bref communiquons Il me propose d’essayer la machine. Étonnant, l’air sur le visage, la machine s’élève, se déplace, permet de rejoindre un autre point sur la carte, je vais pouvoir rejoindre mes points de chute en vol !

Je me prends au jeu, apprends la machine, la démonte, la remonte, j’ai la chance d’aimer la belle mécanique propre, mais aussi l’expérience de la chute m’a appris l’exigence et le soin que l’on apporte à son matériel, il est votre protecteur, votre assurance d’un second saut, votre machine permettant l’atterrissage.

 

Mon mentor en vol m’enseigne les vertus du pilotage aux fesses, de la sensation dans l’air, plus important que n’importe quel altimètre ou badin, et cela tombe bien, je recolle à mes sensations d’air à grande vitesse, les règles y sont les mêmes, seules les grandeurs changent. S’ensuit une période d’apprentissage, sage et progressive, du côté de Coulommiers.

 

Le piège

 

Très rapidement, le plaisir du vol et l’étonnante agilité de la machine m’amènent à modifier mon centre de plaisir. En plus du moyen de déplacement, je découvre les délices de la manipulation d’une aile delta avec un moteur en dessous. Plus étonnant, je redécouvre la main de mon enfance, elle est juste là, dans le prolongement de ma vraie main accrochée à la barre de mon pendulaire. Si vous l’écoutez, elle vous dira si l’air est moelleux, humide, porteur, si il y a assez de filet d’air, leurs sens, leurs accroches ; qui n’a pas ressenti le bout de plume qui décroche ? On n’oublie pas cette saveur.

 

Je suis piégé, j’aime cela, cette sensation directe avec l’air dans le prolongement de mes mains, de mon corps, je pourrai presque croire que je vole !

 

Recherchez la limite par petite touche, où elle décroche, comment elle décroche, comment je récupère, comment elle récupère, ce moment où la machine et moi ne faisons qu’un.

 

Le piège, dans le monde parachutiste, est le doux surnom du parachute que vous avez dans le dos, il représente la dernière phase du saut où l’on doit atterrir en effectuant un bel arrondi tout comme les avions, mais où les roues sont vos pieds.

 

Mixons !

 

Et mieux, prenez un pendulaire, trouvez dans vos amis un pilote confirmé, rajoutez un parachute sur votre dos en tant que passager et vous avez un avion largueur personnel et autonome, de quoi mélanger et retirer le plaisir des deux sports.

 

Le saut d’un pendulaire procure de bien belles sensations,  mais il doit être bien préparé car la machine est étroite et demande une réelle préparation tant du pilote que du sautant.

 

La clef du succès réside dans la répétition de l’extraction du sautant de la machine, le tout au sol, pour bien anticiper les mouvements, les appuis, ce que l’on touche ou pas au moment de quitter la machine.

Chaque type de machine possède ses règles propres. Le sac parachutiste quant à lui possède de nombreuses aspérités qui ne demandent qu’a s’accrocher et gêner l’extraction du sautant. La principale aspérité étant la poignée d’ouverture du sac parachute permettant l’extraction de sa voile.

 

Pour ma part j’utilise un Cosmos Phase II, Rotax 582, Ipsos 12.9 en aile, avec le fameux matelas faisant office de siège pour le pilote et le passager.

Bien pratique ce siège souple, car avec le haut dossier replié sous les fesses du sautant, vous pouvez le faire asseoir en position d’amazone, ce qui facilite son extraction en vol, car il est déjà dans le sens de largage par rapport à la machine.

Il n’est pas question de faire ici une référence du saut parachute en ULM, ce qui pourra se faire dans un autre article incluant la réglementation propre à cet événement.

 

Dans les faits pour le sautant, au plaisir de la chute s’ajoute le plaisir d’un départ quasi sans vent relatif. Couramment d’un avion le saut, en porte latérale ou tranche arrière s’effectue entre 140 km/h et 300 km/h selon le type d’avion, Pilatus ou Antonov 72. Ici, avec un pendulaire moteur coupé comme le veulent les usages,  face au vent à 1500 m d’altitude, le vent relatif est inférieur à 50 km/h ce qui procure une vraie sensation d’absence de pesanteur au moment du départ, de la même nature que le saut d’un ballon de montgolfière.

 

Je remercie le mentor de mes premières heures de vol, dont les conseils de sagesse, de passion et de raison, permettent le développement de ce monde magique du vol en ULM.

 

Chute qui peut !

 

Pour pratiquer la chute libre il faut :

 

Avoir 15 ans révolus

Obtenir un certificat médical de non contre-indication

Comme pour l’ULM !

 

L’apprentissage, qui ne finit jamais, se déroule de deux manières, au choix.

 

PAC : progression assistée en chute : tu feras tes premiers sauts seul, à 4000 m, entouré de deux moniteurs. La semaine de stage en comprend au minimum 6. Ensuite, tu pourras sauter seul.

 

Traditionnel : avec une SOA (sangle d’ouverture automatique). Ici, le parachute s’ouvre seul dès la sortie de l’avion, qui se fait à 1200 m. Il faudra ensuite aborder la chute, donc autant commencer par la PAC directement.

 

Combien ça coûte ? La semaine de PAC coûte environ 1400 €, selon les centres. Ensuite, la location du matériel plus la montée dans l’avion reviennent aux alentours de 40 € le saut. Une fois que l’on est propriétaire de son propre matériel (compter dans les 4000 €), la montée sera facturée 25 €.

 

Rapportée à l’heure de vol, la chute libre est sans contexte l’activité aérienne la plus onéreuse qui soit. Mais pour quelles sensations uniques !

 

Un saut c’est entre 50 s et 20 s dans l’air suivant le type de saut, 1 mn 15 à 2 mn avec une combinaison ailée.

 

- le premier brevet A est donné à l’issus des 6 sauts de la PAC, tu peux sauter seul sur un centre agréé avec visuel et contrôle des moniteurs.

 

- le second brevet B certifie ta capacité à sauter seul sans contrôle et d’être parfaitement autonome et sécuritaire sur le pliage de ton parachute, aux alentours de 25/30 sauts (selon capacité).

 

- le brevet B2 permet de sauter à plusieurs, dans des sauts simples, à plat. Comment s’approcher, freiner, anticiper le déplacement des autres, se séparer d’un groupe pour ouvrir en sécurité son parachute. Les vitesses d’approches, ou relatives se situent entre 0 et 100 km/h. Vers 50/70 sauts toujours selon capacité.

 

- le brevet B4 permet la même chose mais dans la verticalité, tête en bas, ou FreeFly moderne, les vitesses de sauts et relatives entre les participants peuvent avoisiner les 400 km/h, vers 100 sauts, obligatoire si l’on pratiquer cette discipline.

 

- le brevet C finalise la formation, 200 sauts minimum obligatoire, avec un questionnaire à peu près identique aux ULM ou à l’avion (réglementation, connaissance du largage avion, encadrement de jeunes sautants, météo, précision de l’atterrissage). Il autorise les sauts dit exceptionnels d’autres aéronefs : ballons, ULM, hélicoptère, etc., où lors de manifestations sportives, stades, sauts dans la ville, etc.

 

À noter qu’il existe des qualifs spécifiques pour les combinaisons ailées ou les formations de vol en sous-voile.

 

 

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