Un voyage en pendulaire

Article paru dans ULMiste n°3, octobre 2010

 

Voyage solo en pendulaire

Jéro et Thérèse Hajeswski

 

Après avoir vécu de belles expériences lors de six tours ULM organisés par la FFPLUM, depuis 2003, nous voulions, cette année, nous essayer au voyage “solo”. C’est-à-dire partir seuls avec notre machine.

Un voyage de quelques jours, sans assistance, avec un minimum de bagages. Pas de matériel de couchage, nous dormirons en hôtels ou en gîtes.

Seulement une trousse de toilette, des vêtements de rechange, une paire de chaussures supplémentaire, un vêtement de pluie… on ne sait jamais ! Soit 8 kg de charge supplémentaire pour 2 personnes. C’est suffisant pour atteindre la limite réglementaire de la masse au décollage.

 

Pour concilier confort et liberté de découverte de nouvelles régions, nous choisirons des points de chute volontairement limités mais offrant si possible hébergement, restaurant et avitaillement.

La date de départ est fixée par le rassemblement des pilotes féminines à Égletons, en effet cet endroit du Massif Central nous attire par son côté nature d’une part et le rassemblement est toujours un moment convivial que nous apprécions, d’autre part. Il n’y a plus qu’à s’inscrire !

• 10 juillet : ce matin-là, une brume surprenante recouvre la piste de Breuil-Barret (LF8551). Nous avions prévu d’arriver avant midi, malheureusement ces stratus se dissipent lentement… C’est vers 10h30 que nous décollons enfin.

Le vol s’effectue d’une traite de 260 km et nous posons après 2h40 de vol, il est environ 13h00 et nous sommes dans les temps ! Nous avons le plaisir de découvrir ce superbe terrain d’Égletons où l’aéroclub, avec une organisation parfaite, nous attend. Le large buffet, préparé par le traiteur local, est très apprécié. Durant l’après-midi, nous découvrons les environs du site et nous nous installons à l’hôtel tout proche. Des rencontres,  comme prévu… et même imprévues ! Discours,  apéritif joyeux, dîner convivial, animé de musique traditionnelle, que de bons moments ! C’est une réussite.

 

• 11 Juillet, une consigne circule sur le terrain :  ne pas décoller avant 10h15 !  La surprise :  la Patrouille de France fait un passage sur le terrain avant de se rendre en meeting en Bretagne ! Quelle émotion d’entendre sur 123.50 la voix féminine de Virginie, leader de la Patrouille annonçant “Patrouille de France… Égletons à 30 secondes…” toujours rien en vue et soudain la clameur des spectateurs “les voilà !”...

Pleins feux, phares et fumées tricolores allumés : huit Alphajet passent alors au-dessus de nos têtes montrant rigueur et précision du vol en formation, cerise sur le gâteau de ce rassemblement féminin !

Bravo à l’équipe d’Égletons… on y reviendra, la région mérite que l’on s’y attarde !

 

Il est 10h30 lorsque nous nous envolons direction Le Puy, voyage idéal au-dessus du massif sculpté par les gorges des rivières de montagne. À midi passé, nous avons visuel sur l’aérodrome du Puy-Loudes. Le GPS indique alors Montélimar à environ une heure, nous décidons de continuer pour garder la fraîcheur et le calme des 6000 pieds où nous sommes.

Sur le trajet, les paysages s’enchaînent, variés, nos yeux “panoramiquent” sans cesse. Nous passons quelques points touristiques tels que le Mont Gerbier-de-Jonc, source de la Loire. Vraiment, la  région présente de beaux attraits.

 

Vallée du Rhône à l’horizon, puis Montélimar-Ancône en vue. À 13h30 nous posons sous une aérologie démontée. Logique, il fait 38°C au sol. Vite, au restaurant de l’aérodrome, il est climatisé. Une belle carte et au frais pour 2 heures ! Air Escale, la bonne adresse pour les amateurs !

Il fait si chaud que nous renonçons à visiter le Musée de l’aviation en plein air. Sieste digestive sous les catalpas qui bordent les hangars.

Nous attendrons 18h pour reprendre l’air en direction de Gap, encore 36°C au sol. Nous monterons lentement, altitude-densité pas du tout favorable, 7500 pieds pour avoir un peu de fraîcheur et bien moins de thermiques. Maintenant on aborde une autre montagne, plus aride, aux roches anguleuses et monolithiques. De temps en temps nous ressentons les violents courants d’air dus aux changements de versants ou orientations de vallées, il faudrait monter encore plus haut…

 

A l’approche de Gap-Tallard, du monde sur la fréquence, en espagnol, en anglais,  j’annonce en français mes passages aux points de report. En fait, à cette heure-ci c’est de l’auto-info, l’Afis ayant quitté son poste, les paras ne sont plus actifs, nous atterrissons à Gap-Tallard vers 19h30 avec encore un bon vent dans l’axe de la 21.

Installation de la machine sur le parking près de la tour et nous rejoignons l’hôtel Le Cap sur le pôle d’activités aéronautiques. Repas léger et nuit profonde !

 

• 12 Juillet : le matin ensoleillé n’a pas effacé toute la brume filtrant la beauté du paysage montagneux, c’est toujours caniculaire avec petit vent de sud. La balade nous emmène survoler le barrage de Serre-Ponçon. La région, touristique, montre hôtels, campings, centres nautiques… le riche ensoleillement a développé la culture forcée sous des hectares de serres , ainsi que les nouvelles technologies avec l’apparition de champs de panneaux photovoltaïques sur les pentes exposées.

 

Pour achever  cette promenade matinale, nous embrasserons le large panorama du parc des Ecrins et retour par une longue descente vers la ville de Gap, posé vers midi. L’après-midi, repos et rencontres avec des ULMistes locaux, en particulier notre président Dominique et Yvette, son épouse, résidants à quelques km de l’aérodrome. De bons moments entre ULMistes.

• 13 Juillet : le beau temps est toujours avec nous, ce matin nous mettons le cap au sud, par la vallée de la Durance suivre la route Napoléon, survoler Sisteron, les villages perchés, verticale Saint-Auban : la base  planeur, pas encore active à cette heure, puis nous abordons le plateau de Valensole où les champs de lavande  colorés s’effacent, là aussi, au profit des champs de capteurs solaires !

 

Nous avons prévu un rendez-vous : visite chez Alain et Gloria Costes, propriétaires d’une piste privée : le Mas des Grailles. C’est notre première rencontre de visu.  Un endroit de rêve : une jolie maison plantée au bout de la piste entourée de lavande. C’est également un gîte. La piste est considérée comme une altisurface longue de 300 m : atterro moyen mais c’est la première fois !

Avec Alain, pilote de multiaxes, connu sur les forums de discussions, nous échangeons à propos de notre hobby avec de croustillantes anecdotes : histoires d’ULM bien sûr !  Enfin, les moments agréables passent  trop vite, on doit se quitter en espérant se revoir un jour prochain. Retour à Gap-Tallard.

 

En fin de journée, nous volerons afin de voir les lumières du couchant sur la montagne. Nous tentons la montée vers les plus hautes cimes du massif des Écrins, au nord de Gap, mais la lumière n’est pas au rendez-vous, l’ouest nous apporte des stratus d’altitude, grisaillant le paysage et cachant les plus hautes cimes… dommage !

Nous avons ainsi une idée de l’évolution du temps pour demain. Nous confirmons néanmoins notre venue à l’étape suivante.

 

• 14 Juillet :  après avoir fait le plein et réglé nos frais envers le gestionnaire de l’aérodrome, nous quittons Gap vers 9h00. Direction l’altisurface de St Roch Mayères, le cheminement se fait par les vallées mais à une altitude de 9500 pieds  à cause du vent du sud qui sévit depuis plusieurs jours, il fait 12°C, le paysage est saisissant de force et de beauté.

 

Branchés sur la fréquence montagne 130.00, nous suivons les conversations des pilotes amateurs de posé en altitude : le vent est la préoccupation. Effectivement le GPS mesure une vitesse sol de 150 à 160 km/h !  Nous passons Grenoble, puis Alberville et le “Majestueux” est devant nous, monumental !  Nous arrivons sur Mégève , l’altiport est repérable de loin, mais où est la petite piste de St Roch Mayères ?

 

Nous longeons depuis quelques minutes le massif des Aravis et pas de piste en vue… des chalets-refuges, il y en a… C’est à moins de 2 km que l’on aperçoit notre destination. On est encore très haut, la piste est à 5000 pieds, il faut descendre… deux larges 360° permettent d’atteindre le niveau d’une longue finale.

 

Annonce et concentration pour un posé vent de travers… Houlala, c’est chaud ! Je ne l’avais jamais fait sur une piste si étroite… voyant l’axe de la piste dériver à mesure que le sol approche, d’instinct je corrige et plaque au plus vite la machine au sol, étant à 3 mètres du bord de la piste… on est loin du “kiss landing”. Heureux car à ma droite, en contrebas, je vois un paisible troupeau de vaches, suffisant pour endommager sérieusement.

Enfin, posé pas cassé, ouf de soulagement… un peu de gaz pour atteindre le parking en haut de piste, nous sommes biens arrivés. Excellent accueil de Robert Martinatto et Madame, aujourd’hui ils attendent quelques avions de type DR à trains classiques. Deux avions atterriront après nous, trois autres ne tenteront pas du fait de la position de la manche à air...

Nous déjeunerons en terrasse avec le fabuleux spectacle de la chaîne du Mont Blanc, un panorama exceptionnel. Après ce moment d’émotion, nous dégusterons un copieux repas de montagnard : des produits frais et de fort bonne qualité.

Cette fois la sieste est remplacée par une randonnée en altitude, à notre rythme, nous approcherons les 2000 m dans le massif des Aravis, toujours face au Mont Blanc... Ah la montagne ! C’est beau, c’est dur et çà vous prend là !

 

Après trois heures de marche, nous rentrons assoiffés au refuge de Mayères, la bouteille d’eau est vidée en quelques minutes. Le dîner est à la hauteur de notre appréciation précédente, un groupe de randonneurs vient passer la nuit au refuge pour une ascension matinale… Demain, nous envisagerons le départ car la météo annonce un ciel nuageux et contrarie un peu notre envie d’aborder le massif de plus près.

 

• 15 juillet : on se lève tôt au refuge, il est 7 heures, le plafond est bas, par téléphone je me renseigne sur la météo régionale : à Annecy, Chambéry et Lyon le plafond s’établit autour des 4500 pieds. Déjeuner en terrasse mais le panorama n’est pas inclus ce matin.

Par sécurité, nous attendrons la traversée des premiers rayons du soleil pour voir le plafond de stratus s’élever. Nous avons 40 l d’essence, ce qui nous permet de sortir de la montagne sans souci, ravitaillement prévu à Belleville. Nous décollons vers la vallée de Sallanches direction Cluses, superbe vallée glaciaire, elle nous amène vers Bonneville puis Annecy, annonce à la tour de notre passage au point “November” et nous quittons cette zone en veillant à celles de Genève. Verticale Seyssel-Corbonod nous franchissons le premier pli du Jura, puis directe vers les monts du Beaujolais en passant au dessus de la Dombes. Posé sur la belle plateforme de Samir Elari (LFHW), il nous livre l’essence grâce au tank mobile, de la SP sur place, bravo pour cet équipement et merci pour l’accueil !

Compte-tenu de la distance et du vent de face, nous repartons de suite, nous avançons à faible vitesse durant la traversée du Bourbonnais, pénalisés par un vent de 20-25 km/h.  Près de 3 heures de vol, nous posons à Argenton-sur-Creuse dans un trafic assez dense de planeurs, de remorqueurs et d’avions de voltige. Grâce à  “Papy”, (peut-être le doyen du club ULM36 ?) nous voici ravitaillés en SP98.

Nous pouvons décoller pour la dernière partie de notre périple : après contournement de la CTR de Poitiers,  retour à la base, là aussi le vent de travers nous accueille mais ici nous avons nos repères !

 

Voilà terminée une jolie boucle de six jours de découverte de notre belle France ! Cette expérience a été l’occasion de vérifier la faisabilité de petits voyages en biplace, sans assistance, en choisissant les bases-étapes adaptées à l’accueil de touristes aériens.

Bien sûr, nous sommes bien loin des conditions d’aventures vécues par les baroudeurs partant pour des milliers de km, néanmoins, ce périple démontre qu’il est facile de voyager et de découvrir encore des endroits merveilleux dans l’hexagone.

 

Toi aussi tu peux le faire !

 

Qui : tout pilote qualifié et équipé radio, autonome en navigation. 

 

Quand : toute l’année, en fonction de la météo.

 

Carte aéro : Nord-Ouest, Sud-Ouest et Sud-Est et leurs compléments.

 

Terrains :

 

• Égletons. Hébergement : hôtel Ibis à 500m. Camping à 300m. Restaurant à 300 m. Accès : CAP. Radio : auto info 123.50. Carburant SP en citerne

• Montélimar. Hébergement : hôtels en ville à 3 km. Camping possible sur place. Restaurant : Air Escale sur place. Accès : CAP. Radio : auto info 123.50. Carburant 100 LL, SP à 1 km

• La Baule. Camping : oui. Lits : gîte à 4 km. Restaurant : oui. Radio obligatoire : oui. Carburant : 100 LL.  Accès : CAP

• Gap-Tallard. Hébergement : hôtel “Le Cap” sur place. Camping : non.Restaurants : 2 sur place + un à 400 m. Accès : CAP. Taxe : 4 € /att. Radio obligatoire 119.100. Carburant SP en citerne

• Mas des Grailles. Hébergement en gîte sur place. Camping : à voir. Restaurant : sur demande (groupes)

Accès : contact préalable. Radio : auto info 123.50. Carburant : prévenir

• St Roch Mayères. Hébergement en refuge de montagne (dortoirs). Camping : non. Restaurant : oui. Accès : contact préalable. Radio : auto info recommandée sur  130.00

Carburant : non voir Sallanches dans la vallée. Présentation complète dans ULMiste n°2

• Belleville Villié Morgon. Hébergement : hôtels à 3-5 km. Camping possible sur le terrain. Restaurant à l’extérieur. Accès restreint, prévenir. Radio : auto info 123.50. Carburant : SP en citerne !

 

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IMG_3654_ à proximité point S de gap.jpg

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