Hervé Terrasson

Article paru dans ULMiste n°4, mars 2011

 

Hervé Terrasson

 

Discret, une allure de gendre idéal, sympathique et bon vivant. Hervé est passionné jusqu’à l’os par l’autogire, qu’il a servi à la fédé ou via son site autogire.com, qui est en ligne depuis 1998 ! Rencontre.

 

ULMiste : Hervé, comment es-tu venu à l’aviation ?

 

Hervé : Au départ je voulais piloter, mais sans vraiment savoir quoi. Après avoir vu un article sur les autogires dans Vol Moteur que j’ai lu pendant des années, j’ai décidé que c’était ça que je voulais faire. Donc je suis venu à l’ULM, en 1995, pour voler en autogire.

 

ULMiste : Autogire qui n’était pas encore un ULM…

 

Hervé : Non, on volait sous laisser passer. Je suis donc allé voir Vincent Hoffmann, avec qui j’ai sympathisé et qui m’a dit : “je n’ai pas de machine pour l’instant, prends plutôt des cours d’hélico”. J’étais jeune et pas assez argenté, il m’a donc conseillé le multiaxes. Je suis allé à Meaux passer mon brevet sur Aviatika MAI-890, biplan russe assez marrant, puis ensuite sur Albatros qui était l’ULM évolué de l’époque. L’année suivante j’ai rencontré Eric Changeur sur le salon du Bourget et j’ai pu voir, enfin, des autogires de près, en statique. Avant de commencer ma formation chez Eric, je suis allé au Bois-de-la-Pierre, en me disant qu’il fallait tout de même que je voie voler ces engins avant de m’assoir dedans ! En m’approchant du site, tempête de ciel bleu mais vent de folie, je me dis que je suis venu pour rien… heureuse surprise en arrivant, ça vole dans tous les sens, en stationnaire, des figures que je n’avais pas imaginées possibles. “C’est vraiment ça qu’il me faut !” Retour à Paris, inscription chez Changeur, cours sur la machine qui est maintenant au Musée de l’Air du Bourget, lâché en 5 heures et demi. Nous étions deux élèves, le mois suivant le second se tuait après s’être lâché tout seul. A cette époque il y avait beaucoup d’accidents et comme nous n’étions pas nombreux, nous nous connaissions tous plus ou moins… les machines, de construction amateur, étaient instables et les pilotes peu formés. Je me suis équipé d’un Guépard Averso, me suis laissé aller à jouer avec, puis finis vice-champion de France malgré une très maigre expérience.

 

ULMiste : Puis, après le passage en ULM, tu devins l’un des premiers instructeurs officiels.

 

Hervé : Oui, en 1999. A ce moment-là nous étions cooptés par un autre instructeur, il fallait bien démarrer la machinerie quelque part. En gros, si t’étais pas encore mort, c’est que tu savais piloter, donc tu pouvais instruire ! J’ai acheté un biplace, nommé “SuperCopter” ou “Tour Eiffel”, sur base de plan Hoffmann. Le plan horizontal était minuscule, le centre de gravité mal placé, bref une machine très instable. Pas forcément une mauvaise affaire pour l’instruction puisque d’abord je ne l’avais pas payée cher, ensuite, les élèves qui savaient tenir cette machine pouvaient voler sur toutes les autres.

 

ULMiste : A une époque où la plupart des autogires se contentaient de vols locaux, tu n’hésitais pas à voyager.

 

Hervé : En effet, avec le mono comme avec le bi, je suis allé au Portugal, en Espagne, au Maroc. Je n’étais pas le premier, mais nous étions peu nombreux. Il n’y a pas de secret, c’est en voyage que l’on apprend vraiment et c’est ainsi que j’ai acquis une bonne expérience. Sur mes machines, il fallait prélancer à la main ! J’ai toujours le biplace, que j’ai modifié un peu, notamment en mettant un Hirth tricylindre 100 cv, mais il n’a pas encore volé.

 

ULMiste : Vint ensuite ton engagement à la FFPlUM.

 

Hervé : Oui, de 2000 à 2003. La fédé avait beaucoup œuvré pour les autogires en les intégrant dans l’ULM, il me paraissait normal de lui rendre la monnaie en la servant d’une façon ou d’une autre. C’est Ghyslaine Caillot, alors vice-présidente, qui m’a convaincu de sauter le pas.

 

ULMiste : quels enseignements en as-tu tiré ?

 

ULMiste : J’ai beaucoup aimé la cohésion et l’amitié qui régnaient au comité directeur même si ce n’est pas toujours facile. S’impliquer dans la fédé c’est aussi beaucoup de travail et du temps. Mais cette implication nous a permis, à Xavier Averso et moi, d’obtenir entre autres que les autogires aient droit à un surcroît de puissance, en convaincant les autorités que c’était une question de sécurité. Servir ainsi de charnière entre la base et la tête est très intéressant.

 

ULMiste : Et internet ?

 

Hervé : Oui, je me suis aussi occupé d’internet pour la fédé. J’avais créé autogire.com en 1998 avec mes petits moyens. Il s’agissait du premier site généraliste sur l’autogire. Je voulais mettre les compétences techniques que j’avais acquises au service de la fédé.

Pour en revenir au site autogire, il y a avait encore trop de morts et l’idée était de centraliser des informations et, surtout, des solutions pour rendre nos machines plus stables. Du coup je faisais également la promotion de machines stables comme le floridiens et les Magni. Malheureusement les floridiens n’ont jamais eu de succès en France. Essentiellement pour leur look, mais aussi parce que le centre de gravité haut impose un peu de souplesse pour monter à bord. Pourtant, qu’est-ce que c’est efficace! Pour m’en assurer, je suis allé aux Bensen Days en 1998, en Floride. A cette occasion je me suis rendu chez Ernie Boyette, fabricant du Dominator, et j’ai découvert que c’est en effet très stable et, surtout, aéronautique : à la mise des gaz, on observe un couple cabreur, au contraire de ce que l’on voyait alors chez nous. J’ai aussi volé sur le RAF 2000 avec l’un des concepteurs, Dan Haseloh, qui s’est malheureusement tué très peu de temps après lors d’une collision en vol. Etre allé voir ce qu’il se passait dans un pays en avance sur nous, avec des constructeurs en série, fut riche d’enseignements.

Nous n’avions alors que Magni, dont je pense qu’ils sont ceux qui ont réussi à diffuser l’autogire en Europe et en France grâce au travail de Eric Changeur.

 

ULMiste : ils auront mis le temps, tout de même, ils étaient là depuis déjà une vingtaine d’années, à la fin des années 90.

 

Hervé : Oui, mais il a fallu que nous devenions ULM et jouissions d’un cadre légal raisonnable. Une fois cela obtenu, il fallait encore lutter contre notre image de marque pitoyable, due à une accidentologie catastrophique.

 

ULMiste : Du coup, le parc se trouve aujourd’hui essentiellement composé de Magni, ELA, MTO3, Brako et compagnie. Ces machines-là, qui n’ont qu’un lointain rapport avec les petits monoplaces joueurs de construction amateur, correspondent-elles toujours à l’image que tu te faisais au départ de l’autogire ?

 

Hervé : Je n’ai jamais réduit l’autogire à un aéronef fait pour jouer en local, puisque j’ai voyagé dès le départ (Espagne et Portugal dès 1997). Par conséquent ces machines correspondent à mon idéal. De plus, ces “grosses” machines sont beaucoup plus simples à piloter, beaucoup plus stables, tu peux même lâcher le manche sans partir direct vers la planète ! Je suis donc très favorable à ce type de machines… si ce n’est, hélas, leur prix.

 

ULMiste : Ces questions pécuniaires expliquent-elles à elles seules que le même nombre de passionnés continuent de construire et se retrouvent au Bois-de-la-Pierre, par exemple ?

 

Hervé : Bien sûr que cela existe. Au début il n’y avait pas le choix, comme par exemple en pendulaire. Une fois que l’offre existe, elle développe l’activité sans rogner sur le domaine de jeu des amateurs. Nous avons là un développement normal. La seule offre qui n’existe pas et je le regrette bien, c’est le kit. Cela permettrait de faire le lien entre la construction amateur parfois hasardeuse et l’offre commerciale passablement hors de prix. A l’époque où il était demandé aux instructeurs de mettre en vol des constructions personnelles, j’ai volé sur des appareils impilotables dont le constructeur était bien sûr persuadé qu’elle était la meilleure du monde ! Et on faisait ça gratos !

 

ULMiste : Ta plus grosse frayeur en vol ?

 

Hervé : En janvier 2009, j’ai été embauché comme relais radio volant sur l’Africa Race, qui est l’héritier du Paris – Dakar. Lors d’un décollage d’une route au Maroc, j’ai heurté un candélabre avec le rotor. J’ai pu me reposer je ne sais pas comment, mais c’est ici ma plus grosse peur. Sur cette course, bien d’autres frayeurs, aussi. On posait et décollait n’importe où, dans le sable, sur des routes… avec les impératifs liés au fait que nous n’étions pas là pour jouer.

 

ULMiste : Tes plus grosses satisfactions ?

 

Hervé : L’Africa Race aussi ! Les radadas à 180 km/h au ras du sable en plein désert, que du bonheur ! Et poser sur la plage au Sénégal après tout ce chemin parcouru, c’est énorme !

Pour en revenir à la sécurité, il est temps que les machines évoluent vers plus de sécurité passive, notamment lors de posés durs. La plupart des machines ont un réservoir en fibres qui explose et prend feu à l’impact. DTA est l’un des rares à proposer une solution à ce niveau, sur son autogire, mais attendons de voir.

 

ULMiste : Comment vois-tu la classe 6 ?

 

Hervé : C’est bien pour ceux qui l’attendent. Toutefois, le prix de ces machines fera qu’il y aura  très certainement peu de jeunes, d’où quelques soucis pour former les pilotes… il faut au moins 20 à 25 heures pour former un pilote autogire. En hélicoptère, on va au moins doubler. J’ai également une crainte par rapport à l’entretien du matériel, notamment les turbines. On n’est plus tout à fait dans “l’esprit ULM”, mais je suis gêné de dire ça, puisque ce même argument était utilisé contre l’autogire il y a une quinzaine d’années…

Mais bon, attention aux dérives. Des multiaxes qui croisent à près de 300 km/h, n’est-ce pas déjà une dérive ?

 

ULMiste : Crois-tu que l’hélico ULM va parasiter l’autogire ?

 

Hervé : Peut-être un peu, mais pas tant que ça, le budget n’est pas le même. J’ai aussi craint que l’histoire ne se répète et que l’autogire ne disparaisse à l’arrivée de l’hélicoptère, mais nous sommes ici en usage et budget loisir.

 

ULMiste : C’est bien à la lumière de l’histoire que la question était posée.

 

Hervé : Ce qui me rassure également, c’est que parmi mes élèves j’ai eu pas mal de pilotes hélico, qui sont contents de découvrir une voilure tournante beaucoup plus simple à piloter et ludique. J’ai par exemple formé Michel Anglade, instructeur hélico que l’on ne présente plus. Je ne suis donc pas inquiet. C’est davantage le contexte macroéconomique qui m’inquiète…

 

ULMiste : Depuis 1998 que l’autogire est un ULM, quel regard portes-tu sur la formation, notamment des instructeurs ?

 

Hervé : Ah… ce n’est peut-être pas à moi de cracher dans la soupe, mais il est certain que le succès de l’autogire ces cinq dernières années s’est accompagné d’une ruée des instructeurs d’autres classes qui deviennent instructeurs autogire en très peu de temps et vendent des machines sans en avoir les compétences… visiblement il y a des titres qui s’achètent, puisque des structures forment des instructeurs autogire sans même avoir une machine à disposition !

 

ULMiste : Comment vois-tu l’avenir de l’autogire ?

 

Hervé : Je le vois parallèlement à l’avenir de l’ULM donc plus généralement dans le contexte économique. Il suffit d’être allé à Blois ces deux dernières années pour constater que la fréquentation est en baisse. En période de crise, c’est le budget loisirs qui prend en premier. On observe actuellement une progressive disparition des classes moyennes. On aura donc des gens qui essaieront de continuer à voler avec ce qu’ils peuvent et les très aisés qui vont continuer de voler sur du haut de gamme ou de l’hélicoptère. Ce n’est que ma vision des choses, je peux le tromper et comme dit Keynes, “à long terme on sera tous morts”.

Mais dans le monde actuel, le long terme est de plus en plus court. On ne peut donc strictement rien prévoir, même à échéance d’une année.

 

 

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