ULM en montagne

Article paru dans ULMiste n°4, mars 2011

 

Dans les traces...

 

Lorsque l’on réside en région montagneuse, il existe deux façons d’aborder l’hiver : soit on attend patiemment le printemps, soit on monte des skis sur son ULM pour profiter d’un vaste terrain de jeu. ULMiste a voulu en savoir plus sur cette pratique un peu marginale réservée aux pilotes montagnards...

 

Gilles Léger

 

Henri Giraud, pilote légendaire du vol montagne disait toujours que “la différence entre un pilote de plaine et un pilote de montagne est  aussi importante qu’entre  un mouton et un chamois”. Je suis donc parti  à la recherche d’un bovidé instructeur labellisé montagne pour vérifier ses dires.

Après des semaines de recherche,  j’ai enfin dégoté l’oiseau rare ou plutôt le chamois rare en la personne d’Olivier Flahaut ! Il exerce  son art pour l’Aéroclub de Sallanches depuis 5 ans et bénéficie d’une solide expérience du vol montagne. L’aérodrome est situé dans un environnement exceptionnel au pied du massif du Mont-Blanc. Cette piste a longuement été au cœur de la tourmente avec des menaces de fermetures mais il semble qu’aujourd’hui sa situation se soit  grandement améliorée, permettant d’envisager l’avenir plus sereinement. 

 

Rendez-vous pris début janvier pour poser nos skis sur les glaciers du massif du Mont Blanc. C’est sous un soleil radieux et des températures exceptionnellement douces qu’Olivier m’accueille avec un bon café. Le J300 équipé de skis est déjà prêt, son allure robuste et rustique m’inspire confiance.

 

Nous prenons la météo pour avoir une idée précise des vents car nous allons voler entre 8000 et 11000 pieds. Un vent de sud-ouest est annoncé avec une intensité assez  faible, ce qui devrait nous permettre de voler dans le massif sans problème. La nébulosité est nulle, seuls quelques cirrus vont égayer notre ciel dans le courant de l’après-midi. Nous avons également appelé d’autres pilotes du secteur pour connaître les conditions d’enneigement de ces derniers jours. Elles s’annoncent faibles, mais suffisantes pour atterrir et décoller en sécurité. La machine est dotée d’un incontournable Rotax 912. Le J300 est muni d’un train classique équipé de skis rétractables électriquement. Pour envisager le vol  en montagne, il faut également prévoir l’imprévu et emmener quelques objets indispensables en cas d’incident : pelle à neige, raquettes à neige, vêtements chauds, lampe frontale, nourriture, trousse de premier secours, couverture de survie, gnôle !... Tout cela semble un peu exagéré mais une simple panne moteur en fin de journée peut très vite, à 3000 m d’altitude, tourner à la catastrophe si l’hélicoptère ne peut venir nous chercher.

 

Un petit coup sur le pare brise et nous voilà alignés sur la 35, gaz à fond. Le J300 s’emballe, le niveau sonore aussi, tout va bien ! Nous survolons Sallanches et déjà le Mont Blanc apparaît dans toute sa splendeur. Nous montons tranquillement, Olivier me propose de découvrir le glacier de Talèfre car le faible enneigement de ce début d’année ne permet pas d’accéder à tous  les sites habituels. Il se situe au-dessus et à gauche de la Mer de glace,  son altitude est de 2800 m.  Nous pénétrons donc au-dessus de la Mer de glace, le spectacle est à couper le souffle. Nous croisons un hélicoptère revenant d’un ravitaillement de refuge.

Doucement, le glacier de Talèfre apparaît, quelques traces sont visibles, c’est bon signe.

 

Nous remontons le glacier pour survoler la zone de posé, il s’agit de repérer d’éventuels obstacles (rocher, crevasse, manque de neige...), de juger la qualité de la neige et d’estimer également la force du vent sans manche à air bien sûr ! Tout cela à 120 km/h au milieu des montagnes qui semblent très proches tout à coup. Je sens que mon instructeur a la situation bien en main, il s’aligne face à la montagne en finale, majore la vitesse, ressource en gardant du moteur et pose sur le glacier en douceur. Il remet les  gaz pour remonter jusqu’à un plat afin d’arrêter l’ULM car avec les skis, on n’a plus de frein ! Il coupe le moteur, je me détache, descends de l’ULM.

Là c’est un moment unique,  la sensation d’avoir été déposé par magie dans un décor de rêve. Les glaciers nous surplombent, nous sommes en haute-montagne sans même avoir transpiré ou alors juste quelques gouttes en courte finale ! Visiblement le J300 semble à son aise, il penche légèrement certes, mais il garde fière allure dans ce décor immaculé. L’ULM est vraiment un outil magnifique, permettant à chacun de réaliser ses rêves, il ne faut cependant pas oublier sous l’apparente facilité, le travail de précision que demande cette pratique.  Olivier me propose de prendre le manche afin d’effectuer quelques atterrissages. Assis en place gauche, j’aligne l’appareil dans les traces au sol, gaz à fond, le J300 rebondit joyeusement sur les nombreuses bosses du glacier. Nous décollons enfin face au Mont Blanc. Tout en montant nous laissons le refuge du Couvercle sous l’aile droite. Étape de base main gauche, puis finale. La difficulté réside dans le fait que tout est blanc, on perçoit mal les distances et le relief. La vitesse est capitale pour pouvoir ressourcer suffisamment en longeant la pente, je cabre un peu fort mais le J300 ne semble pas m’en vouloir, il se pose délicatement dans la poudreuse. L’assiette au moment du toucher est impressionnante, on perd le visuel du sol. C’est un peu déroutant au début. Le roulage ou plutôt le glissage est hasardeux dans la poudreuse, on ressent une vague sensation de flottement  mais qui permet néanmoins de diriger l’ULM où l’on veut. Les skis sont assez larges et d’une longueur d’environ  1 m, articulés par un vérin commandé par un commutateur au tableau de bord. La manœuvre de rentrée/sortie des skis prend environ 15 secondes. Ils sont sécurisés par des câbles qui les maintiennent correctement en vol en luttant contre le vent relatif. Lorsque le ski est en place la roue ne touche plus la neige. A l’arrière, le ski est plus petit et laisse la roulette dépasser, créant une dérive efficace. Lors de l’atterrissage, le frottement sur la neige freine rapidement l’ensemble, il faut surveiller l’élan pour le résorber doucement afin de ne pas aller trop loin en cas de neige dure. On finit la montée au moteur pour s’arrêter en demi-tour au sommet de la piste. Lors du décollage, la tenue de l’axe est un peu délicate mais ne dure pas longtemps grâce à la pente.  

J’arrête le moteur pour savourer le calme ambiant de cet endroit hors du commun. Je descends pour faire quelques photos, Olivier repart seul et exécute quelques atterrissages de précision pour me permettre d’immortaliser ces moments. Le froid à cette altitude est sensible, je reprends place dans notre fidèle compagnon pour de nouvelles aventures. On décide d’explorer d’autres altisurfaces, nous laissons derrière nous le massif du Mont Blanc pour nous présenter au point Novembre de Megève. La  longue piste de Megève, parfaitement damée, ne présente pas de difficulté particulière, café, tarte groseille-chocolat, puis cap sur Saint-Roch-Mayeres pour un dernier posé avec le soleil déclinant. Nous posons à Sallanches après avoir  rétracté les skis à 16 h 45. Quelle journée !!

 

Le vol en montagne constitue une excellente forme de perfectionnement au pilotage. En aviation classique, une qualification montagne/ski est exigée pour accéder à des altisurfaces  enneigées  ou glaciers. En ULM, il n’existe pas de qualification, mais les instructeurs peuvent solliciter un label montagne aurprès de la FFPlUM. Si une telle pratique vous tente, je vous conseille vivement de passer à l’action en compagnie d’un instructeur car la rigueur qu’impose cette activité permettra d’aborder les vols de plaine beaucoup plus sereinement.  L’environnement peut paraître impressionnant au début mais  petit à petit vous apprendrez à vous familiariser avec le relief. La progression peut paraître lente et donner au pilote le sentiment de réapprendre les bases. Précision et méthode sont en effet nécessaires pour déjouer les pièges posés par la montagne. Le manque de puissance à haute altitude, l’aérologie, la qualité de la neige sont autant d’éléments à prendre en compte lors du vol. L’emplacement privilégié de l’aéroclub de Sallanches et le vécu de son instructeur vous permettront d’envisager un apprentissage adapté à votre niveau et en sécurité. Je pense néanmoins qu’il vaut mieux aborder le vol à ski avec un minimum d’acquis, savoir tenir une vitesse, une altitude et garder la bille au centre !!

 

Si vous pensez manquer de pratique, offrez vous un vol en double commande dans le massif du Mont-Blanc. Vous ne serez sans doute pas déçu...

 

www.clubaerosallanches.com

Olivier Flahaut : 06 82 43 03 95

 

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