Voler avec des oies !

Article paru dans ULMiste n°4, mars 2011

 

Le bonheur est dans le pré et dans les airs

 

Henry de Lavenne

 

Ce n’est pas d’aujourd’hui que Konrad Lorenz nous a fait part de sa théorie sur l’imprégnation des oies sauvages. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nombre de ses adeptes ont réussi à voler collés à un ULM. Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai visualisé plusieurs reportages sur ce phénomène. Mais il en est comme du simulateur de vol. Tant que vous n’êtes pas réellement dedans, vous ne vivez pas la même chose. Si j’ai volé de nombreuses heures en delta comme un oiseau, avec souvent des mouettes assez proches, dans les dynamiques de falaises bretonnes ou avec des vautours fauves de 2,50 m d’envergure dans les mêmes thermiques des Pyrénées Espagnoles (nous nous observions mutuellement de nos yeux perçants avec une certaine réserve), je rêve néanmoins et depuis fort longtemps, de voler avec des oiseaux, côte à côte, comme si c’étaient de vieux potes.

 

Premier échec

 

Le 5 mai 1999, je suis dans la propriété normande de Jacques Perrin où je suis testé en vol pour participer au film « Le peuple migrateur » tourné par Galatée Films. Je passe ma journée à découvrir les différents oiseaux, leurs imprégnateurs et leur façon de travailler. Ensuite, j’enfourche un Phase II et roule, moins vite qu’une tortue, avec le jeune père qui appelle ses poussins avec sa pouet-pouet. La compagnie marche au pas de l’oie entre mes roues et j’ai bien du mal à ne pas en écraser. J’attends impatiemment le lendemain, car je dois réaliser mon rêve : voler avec des oies nonnettes. Je commence la matinée en regardant un aigle pécheur qui est lâché derrière un ULM au roulage. L’aigle plane et vient frapper l’hélice. Il mourra quelques heures plus tard. Comme j’ai filmé la scène, je suis pratiquement pris en otage et cours toute la matinée dans Caen, pour qu’un photographe duplique le film. L’après midi, les petits zoziaux refusent de voler et je repars sur Nantes… la plume entre les jambes. Quelques jours plus tard, j’apprends que je ne suis pas retenu. Ce sont les imprégnateurs qui choisissent leurs pilotes. Ils ont tous une vingtaine d’années et ne se voient pas travailler avec un vieux chnock bedonnant. J’avoue que je suis un tantinet vexé, de plus je suis au chômage et ce petit boulot m’allait bien. Je ne comprends vraiment pas pourquoi des jeunes petits cons ont refusé de travailler avec un vieux con.

 

Tout arrive à point à qui sait attendre

 

21 octobre 2010. Je gratte la glace de mon pare brise de voiture, chauffe mon Quik, décolle, passe la Loire et atterris dans la ferme de Philippe Boussaud. C’est un chasseur (comme moi) et, certains seront sans doute surpris, mais ce n’est pas du tout antinomique de chasser et d’adorer les animaux. Philippe est agriculteur et sa maison est entourée de vaches et de chevaux, ce qui semble normal chez un bon paysan. Mais, plus étonnant, également entourée de grues du Canada, de grues couronnées grises, d’oies rieuses, de bernaches Hawaï, d’oies d’Orenoque, d’oies des neiges, de bernaches à cou roux, de bernaches à crinières, ainsi que plusieurs variétés de faisans et de canards.

La journée commence mal. Philippe découvre un cygne à cou noir, acheté récemment, mort dans sa cage. Il imprègne des oiseaux depuis plusieurs années et il sait que malheureusement c’est le prix à payer. Cette passion est loin d’être simple. Il faut dégager une somme phénoménale de travail, mais qui vous procure un bonheur énorme lorsque vous réussissez. Il sort son Phase II acheté… chez Perrin (c’est peut-être avec celui-là que j’ai roulé au moins 30 m, entouré de poussins bernaches).

Il ouvre la cage et ses oiseaux sortent aussitôt. Impatients, ils vont s’aérer les plumes en une gymnastique aérienne. Il faudra toute la patience du propriétaire pour les inciter à atterrir, en les appelant, pouet-pouet à la main. Enfin, mon rêve est sur le point de se réaliser. Le 503 nous pousse et, le petit vent d’est aidant, les 13 oiseaux décollent en même temps que nous. 3 bernaches du Canada, 3 oies cendrées, 3 oies à têtes barrées et un adorable petit mandarin multicolore. Quel bonheur extrême ! Ils n’arrêtent pas d’évoluer pendant la demi-heure de vol. Tantôt, les 13 sont à la queue leu-leu en bout d’aile, tantôt ils surfent sur la vague du bord d’attaque, puis redescendent au niveau des roues ou se laissent reculer dans le trapèze. Par deux fois Philippe les tiendra par la queue, sans que cela n’ait l’air de les gêner outre mesure. Le petit mandarin rame deux fois plus vite que les autres, mais je crois apercevoir un petit sourire en coin qui a l’air de dire  « Ah mes grosses bernaches ne croyez pas me semer ; et vous là-bas, les deux hommes, je vous aime bien sous votre grande aile malgré le bruit et cette odeur nauséabonde de gaz brûlé ; allez, je vais faire un tour ». Et de fait, il quitte le vol en formation et s’éloigne de quelques mètres, revient tout seul de l’autre côté, passe sous la roue, revient devant le pilote, refuse la caresse, puis se réintègre. Fabuleux. 

Nous avons un peu ramé, « tous les quatorze », pour avancer dans un vent d’est d’une vingtaine de km/h. Il ne nous faudra que quelques minutes pour nous intégrer en vent arrière de la ferme. Nous passons à quelques dizaines de mètres des éoliennes du bout de piste. Philippe pousse un peu sa barre, nos confrères actionnent leurs rémiges, sortent leurs trains et nous atterrissons tous ensemble. Nous partons tous au bar de l’aéroclub pour débriefer notre super vol. Les uns prennent quelques grains de blé, les autres un petit café et on bavasse, on se raconte, qui ses meilleurs vols, qui ses meilleurs voyages, qui ses plus belles migrations… sans pouvoir conclure !

 

Le rêve, réalisé, a dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer.

 

 

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