Bernard Meurisse

Article paru dans ULMiste n°5, juillet 2011

 

Bernard Meurisse

 

Bernard Meurisse, 59 ans, tout jeune retraité, deux enfants, trois petits-enfants, pilote avion “converti” au pendulaire, plein de choses à dire. Une entrevue à lire et à faire lire !

 

ULMiste : comment es-tu venu à l’aviation ?

 

Bernard Meurisse : ma passion pour l’aviation m’a pris très tôt. Enfant, j’habitais une maison à La Courneuve, dans l’axe de la finale de la 03 du Bourget, qui à l’époque était le seul aéroport international européen, qui permettait aux avions transatlantiques de se poser. De ma fenêtre je voyais la Tour Effel, sur laquelle il y avait un phare. Sur la tour de contrôle du Bourget, il y avait également un phare. L’alignement entre ces deux phares correspondait à l’axe de la piste. Je voyais de ma fenêtre passer les avions, que nous reconnaissions au bruit.

Le jeudi, qui était alors le jour sans école, nous allions à la Terrasse du “port aérien”, ainsi nommé, regarder ces avions qui venaient de pays que nous ne connaissions pas. A cette époque, les gens s’habillaient pour prendre l’avion et les hôtesses étaient belles, ce qui ne gâchait rien. Comme tout enfant de douze ans, nous faisions des maquettes en plastique et rêvions d’avions.

Vers mes seize ans, j’ai eu vent qu’on pouvait faire du planeur pour pas cher. Renseignements pris avec mon frère aîné, nous avons passé le BESA (Brevet élémentaire des sports aériens – ancêtre du BIA), qui permettait d’avoir une bourse pour faire vingt heures de planeur. C’est ainsi que nous avons du voler à Beynes, sur Bijave. J’ai eu la chance de rater mon brevet à la fin de la première année, ce qui fait que j’ai eu droit à une seconde bourse ! Je totalise donc quarante heures de planeur !

Ensuite, entre une mère veuve avec quatre enfants, les études et la relative complication de mise en ouvre du planeur, les choses se sont calmées, mais j’étais toujours sur les terrains d’aviation à la moindre occasion, avec mon Peugeot 102 : le Plessis-Belleville, Mesnil-Amelot (rayé de la carte par Roissy), etc. A mes dix-huit ans, je me suis lancé dans le parachutisme, qui se pratiquait alors avec des voiles sphériques.

 

Lorsque j’ai commencé à travailler, à l’usine Aérospatiale qui fabrique des pales d’hélicoptère à La Courneuve, j’ai pu, avec des collègues, motiver le comité d’entreprise pour qu’il passe des partenariats avec un aéroclub de Meaux. La subvention du CE a été acceptée pour vingt personnes, mais nous n’étions que dix, de telle sorte que nous volions à moitié prix. C’est ainsi que j’ai obtenu mon brevet de pilote.

 

ULMiste : en quelle année ?

 

Bernard Meurisse : en 1977. J’ai ensuite fréquenté divers clubs de la région parisienne et totalise plus de 500 heures sur tout types d’avions, qualifié train rentrant pas variable, avant de venir à l’ULM au début des années 2000. Par hasard : le mari d’une collègue de ma femme possédait un pendulaire, sur lequel il m’a emmené faire un tour. J’ai trouvé cela tout à fait nouveau, déroutant, fantastique ! J’assimilais cela à la moto, que je pratique assidûment. Une moto sur laquelle on aurait enlevé les roues ! J’ai passé mon brevet et acheté un ULM, tout en continuant l’avion. En 2004, j’ai été licencié de mon poste d’acheteur dans une grosse boîte de matériel médical, suis venu m’établir en Haute-Saône et depuis je n’entretiens plus ma licence avion, bien que je vole souvent avec d’autres, en copilote. Lorsque j’ai débuté l’ULM, je n’envisageais pas d’arrêter l’avion et puis finalement, je me rends compte que cela me suffit.

 

ULMiste : tu es basé où ?

 

Bernard Meurisse : au sein de l’aéroclub de Gray, dont je suis devenu le trésorier. Au départ, j’avais passé un accord avec un cultivateur pour utiliser son champ et son hangar, c’était le bonheur ! Puis, il a mis en culture et je suis venu sur l’aérodrome, où finalement je suis aussi bien.

 

ULMiste : pourquoi ne pratiques-tu plus l’avion ?

 

Bernard Meurisse : trop contraignant. Lorsque j’ai appris à conduire, d’abord moto (à seize ans à cette époque), puis automobile, la vitesse était libre, il n’y avait pas de ceinture de sécurité, de troisième feu stop, des airbags plein partout et on se démerdait pas mal. Aujourd’hui, on a imposé tout un tas de trucs et les gens ne sont plus responsables de ce qu’ils font. On fait des nouvelles lois sans appliquer les anciennes, plus personne ne veut se prendre en charge. Il en est de même dans l’avion. Dans l’ULM au contraire, on trouve encore un certain esprit de responsabilité de soi-même, de sa machine. Je vole si je me sens bien et que ma machine est en état. Je n’ai pas de radio, pas de transpondeur, juste trois pendules et je me fais plaisir. Je me fais plaisir ! Quand je vais sur d’autres terrains, je regarde, m’intègre proprement et me pose, alors qu’avec une radio on a tendance à ne plus trop regarder. “Voir et être vu”, correctement appliqué, c’est ce qu’il y a de mieux. Aujourd’hui, on demande à un instructeur avion d’avoir un niveau équivalent à celui d’un pilote de ligne, c’est absurde ! Restons dans le loisir !

 

En avion, je suis allé un peu partout y compris à l’étranger, en me pliant aux règles, mais désormais, je trouve que le pendulaire est mieux qu’un petit avion ou même un ULM trois-axes.

 

ULMiste : ah, en quoi le pendulaire est-il mieux qu’un trois-axes ?

 

Bernard Meurisse : je ne parle pas des supers jets en polyester avec tableau de bord de Boeing, mais sur un trois-axes « normal », je trouve un rapport poids-puissance moins intéressant, mais également, du fait de la faible charge alaire, on est sans cesse ballottés dans ces trucs-là, comme dans un J3, tandis qu’en pendulaire, l’aile se balade certes, mais moi je reste à peu près à ma place. Sur un appareil type Savannah par exemple, j’ai l’impression qu’il manque quelque-chose : ce n’est pas un avion, c’est pas mal limité en domaine de vol, je ne m’y sens pas chez moi. Mais je comprends qu’il y ait des gens qui trouvent cela plaisant. Mon pendulaire, je peux le mettre sur la remorque et l’emmener en vacances, avantage que n’a pas le trois-axes sauf exception. Et puis, surtout, je sens les odeurs d’insecticides, de colza, de sapins, en fonction des saisons et de ce que je survole. Je vois le petit château, la petite maison bourgeoise que je n’avais pas vue la fois d’avant, je compte les piscines… sans songer à la panne, qui est un non événement. Il se trouve que j’ai reçu une bonne formation et je fais ce qu’on m’a dit. A moi d’assumer mon plaisir en mettant toutes les billes de mon côté. Alors oui, parfois j’ai froid, eh bien à ce moment-là je rentre et puis voilà, comme à moto.

 

ULMiste : est-ce que le fait d’être motard a été déterminant dans ton choix du pendulaire ?

 

Bernard Meurisse : oui. On y trouve des points communs, comme je disais plus haut, c’est la même chose sans les roues et surtout sans les routes !  Autre point commun, la puissance, que dans un cas comme dans l’autre nous considérerons comme un élément de sécurité. Puissance, et non pas vitesse, car il est vrai qu’avec 90 à la pendule on a parfois l’impression de reculer. Tout équipé, je mets 120 kg dans la marmite, mais je décolle à deux sans problème et je fais ce que je veux. Si ça remue trop, je change d’endroit ou je me pose, mais quel plaisir, aussi, de jouer avec les thermiques, gaz réduits !

 

ULMiste : combien de pannes moteur ?

 

Bernard Meurisse : une seule, mais pas mal de posés en campagne improvisés, pour diverses raisons. J’aime bien me poser dans les champs, c’est marrant et ça se passe toujours bien.

 

ULMiste : voyages-tu en pendulaire ?

 

Bernard Meurisse : très peu. J’ai participé à des rallyes, en Hongrie et Italie, souvenirs splendides ! Ce que j’aime quand on se balade, c’est notamment l’accueil sur les terrains. Quand on a demandé et qu’on est attendu, le mec qui t’a dit oui est forcément un type sympa et les choses ne peuvent que bien se passer. Le comité régional organise des balades, mais je n’y participe pas, n’ayant pas de radio.

 

ULMiste : trouves-tu normal que ces balades exigent une radio ?

 

Bernard Meurisse : oui, car dans l’ULM on voit parfois des choses étonnantes, genre décollage en contre QFU, refus de priorité, croisements peu orthodoxes… dans ce cadre, la radio permet de mettre un peu d’ordre, même si certains disent des choses bizarres dans le poste…

 

ULMiste : alors, justement, causons formation. Toi qui venais de l’avion, ne fut-il pas déroutant d’avoir des commandes dans l’autre sens ?

 

Bernard Meurisse : je suis habitué à passer d’une petite auto à une grosse, ou de la moto au cyclomoteur, je n’ai donc pas été autrement dérouté, dans ma tête, avion et pendulaire étaient deux trucs différents. Au début, il est vrai que je ne trouvais pas logique de pousser pour l’arrondi, mais ça n’a pas duré très longtemps. Dans les premières heures, j’essayais également de tourner avec la roue avant… j’ai vite compris que ça ne marche pas… mais, honnêtement, aucun problème et quand je repasse sur avion, les pieds et les mains fonctionnent sans se poser de question.

 

ULMiste : ta plus grosse frayeur, en avion ou en ULM ?

 

Bernard Meurisse : une frayeur furtive fut un accident d’avion, mais en ULM, je n’ai pas eu trop de peurs. Au début, j’ai tordu quelques tubes, mais ce n’était que du facteur humain, donc pas de quoi avoir peur. Tandis qu’en avion, les conditions aérologiques étaient principalement en cause, sur un terrain délicat. J’ai cassé l’avion mais sauvé mes passagers.

Il y avait déjà eu quatre ou cinq accidents mortels inexpliqués à ce même endroit, je fus le premier à m’en sortir donc à expliquer et depuis ce terrain a été réaménagé en conséquence.

Mais un accident, qui ne devrait jamais arriver, est toujours un cumul de tout un tas de facteurs qui, pris indépendamment l’un de l’autre, ne sont pas gênants.

 

ULMiste : tes plus beaux souvenirs de vol, en avion et pendulaire ?

 

Bernard Meurisse : en avion, la traversée de la Manche et mon baptême sur Concorde (je n’étais bien entendu pas le pilote, mais ça reste un grand moment !). A l’époque où le plus bel avion du monde était encore en service, un tour operateur organisait des baptêmes de l’air sur le merveilleux oiseau blanc. C’était pas donné mais pour un passionné, c’était un merveilleux cadeau. Donc un jour, mon épouse ayant eu vent de l’affaire se renseigne, tape la famille et décide de m’offrir un vol en Concorde pour mon anniversaire. Au jour convenu, je me pointe de bonne heure un dimanche matin, à Roissy. Là, reçu comme dans un palace, évidemment, tu as mis tes habits du dimanche pour pas faire trop tâche, y’a plein de choses sur Concorde et tu te rends compte qu’il y a d’autres passionnés, tu parles avion, voyage, gain de temps et tu mates tous les objets cultes qui te rattachent à ce pourquoi t’es venu.

Vers 10.00 heures commence une conférence par un ancien commandant de bord de Concorde qui dévoile la genèse, l’histoire et les anecdotes de la vie de l’oiseau blanc. Puis vers 13.00 heures, on passe à table, bien fait, à chaque table de 8, il y a une personne qui est ou a été membre d’équipage sur Concorde ; les discussions et questions continuent. Au bout d’un moment, on nous signale qu’on va enfin pouvoir toucher l’Avion. Emmenés sur le tarmac, on nous dépose devant pour faire des photos. On peut toucher les roues, passer sous le fuselage, accompagner la prévol avec le pilote. Et on embarque! C’est pas plus grand qu’une Caravelle mais les sièges sont plus larges. Et puis, ça roule, et sa pousse velu, très velu ! On nous explique qu’on ne peut pas voler vite au dessus des terres, on va donc sortir de France par Etretat, prendre la Manche et aller vers le sud de l’Irlande et, si la MTO est favorable, on passera Mach 2 !

On nous sert des petits fours et du champagne et là, on voit Etretat par le hublot puis ça pousse encore plus fort qu’au roulage. Lorsque que le Machmètre approche 0.8, 0.9 on a l’impression que quelque-chose retient l’avion. Et d’un coup, à Mach 0.999, tu prends un coup de pied au cul, t’as déchiré Le Mur et le Machmètre affiche des chiffres toujours de plus en plus élevés jusqu’à Mach 2, faut faire demi-tour, on rentre, on a assez joué mais on voudrait que ça continue. On peut même aller faire un tour dans le poste de pilotage, c’est pas grand. Plus jamais ce sera possible et on reste frustré.

 

En pendulaire, mon plus beau souvenir est le voyage en Hongrie. Je navigue au cap et à la montre et un jour je m’y suis perdu… montre en avance ou cap erroné, à l’heure prévue, je ne voyais pas ce que je devais voir. J’ai tourné un peu, essayé de reconnaître les voies ferrées… Chez nous, elles mènent aux grandes villes, tandis que là-bas, elles traversent tous les villages ! Donc ça n’allait pas.

J’ai vu des gens qui travaillaient dans des serres et un endroit propice au poser. J’ai fait un passage pour vérifier, puis me suis posé. Les gens sont venus voir ce que je foutais là et s’en suivit tout un pataquès pour tenter de nous comprendre. Une femme, qui connaissait quelques mots d’allemand, a finalement pu, tant bien que mal, m’expliquer que l’endroit où je me trouvais était hors de mon bout de carte ! A force de grands gestes, on a pu m’indiquer vaguement la direction à prendre, qui s’est avérée vaguement exacte. J’ai donc retrouvé mes repères, le terrain de destination et l’équipe. Tu fais pas ça en avion !

 

ULMiste : que penses-tu de l’évolution du pendulaire et notamment des machines de plus en plus rapides ?

 

Bernard Meurisse : je pense que le pendulaire n’est pas loin de ses limites de par sa conception. On pourra diminuer un peu la traînée, mais pas beaucoup. Au-delà de 120 km/h, si tu n’es pas caréné, tu te fatigues vite. Dans sa forme actuelle, le pendulaire permet de voyager et me semble suffisant. Les pendulaires rapides ne me font pas envie. Si vraiment je suis pressé, (ça faudra le couper), bah je prends la moto ! Et puis dans ma région, si belle à survoler, je ne vois pas l’intérêt d’aller vite. De plus, ces machines sont complexes à régler, plus contraignantes à l’entretien… si un jour il n’y avait plus que ça, je serais bien embêté ! Pour moi, la finalité du pendulaire n’est pas d’aller vite. J’imagine qu’une bonne partie de la motivation de ceux qui achètent ces machines-là est le côté “m’as-tu vu”, qui existe partout et reste humain. Mais vu que beaucoup se font plaisir avec des machines de base, il faut que les constructeurs continuent de proposer des machines simples. Il ne faudrait pas qu’il y ait le même problème qu’en trois-axes, ou sur beaucoup de machines il suffit d’ajouter un clignotant ou un GPS pour dépasser la masse maximale, à moins de voyager tout seul, ce qui n’est pas drôle.

 

Pour ce qui est de l’évolution du trois-axes, plutôt que de laisser proliférer des machines qui ne sont plus tellement des ULM et sont inexploitables en l’état, il est temps de revoir les règlementations de l’avion afin de réduire les contraintes inutiles, en s’inspirant de l’ULM et du CNRA. Mais hélas, ce sera plutôt l’inverse : machines de plus en plus complexes donc règles qui suivent la même voie.

 

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