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ULM de voyage

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Les ULM rapides sont présentés comme des machines de voyage. Il est même admis que, plus une machine va vite, plus elle sera « « ULM de voyage ».

Les dictionnaires sont assez d’accord entre eux pour définir le voyage comme le fait d’aller d’un point A vers un point B. De ce strict point de vue, plus c’est rapide, mieux c’est. Il est évident que, quand on n’a que deux semaines de vacances, il est plus facile d’aller les passer en Australie, le voyage ne consommant que deux journées, qu’il y a un siècle, où les deux semaines n’auraient pas suffi à effectuer un tiers du parcours aller.

 

Un ULM de voyage est donc un ULM rapide. Fin du laïus, merci pour votre attention.

 

Pas si sûr…

 

Nous n’avons abordé ici qu’un aspect du voyage : le déplacement. Un ULM rapide est un bon outil pour se déplacer rapidement. Encore que, quand on veut aller vite, on sera souvent, voire toujours, frustré. Le seul objectif étant d’arriver rapidement à destination, on passe tout le temps du voyage à regarder les minutes d’égrener. « On arrive bientôt ? », demandent nos enfants, s’impatientant sur la banquette arrière. Leur seul objectif est d’arriver le plus vite possible à la plage. Que leur répond-on ?

« Regarde le paysage, profite du voyage ! »

 

Profite du voyage !

 

Abordons un autre aspect du voyage : l’exploration, ou, plus simplement, le tourisme. Les ULM français, limités au VFR de jour (donc en vue du sol, depuis toujours, quoi qu’en disent certains ignorants), sont par nature condamnés à profiter du paysage sous leurs roues. Or, le voyage en ULM n’étant que très rarement à visées fonctionnelles, son unique but est non pas seulement de nous transporter de A vers B, mais aussi, et peut-être surtout, de profiter du parcours. Il est très rare qu’un déplacement en ULM vienne en lieu et place d’un parcours que nous aurions eu à effectuer par un autre moyen. Nous allons donc nous promener dans des coins que nous n’aurions jamais visités par un autre moyen. A quoi sert-il d’y arriver vite ? D’autant que, à des très rares exceptions près, il ne se passe rien de trépidant sur l’aérodrome ou la piste ULM de destination.

C’est donc ce qu’il se passe entre A et B qui importe, au moins autant que la destination. Quand on commence à avoir de la bouteille, on se rend compte qu’en réalité c’est ce qui compte le plus. Quel dommage de se rendre compte, après le vol, qu’on est passé à dix kilomètres de tel barrage, tel château ou tel point d’intérêt quelconque uniquement pour suivre la ligne droite !

 

Visibilité

 

Ajoutons donc un point au cahier des charges de notre machine de voyage : la visibilité. Notamment vers l’avant et le bas. Et, bien sûr, des deux côtés. Un tandem. Pour les prises de vues, un appareil à l’air libre est un plus indéniable.

 

Rapidité ?

 

Osons à présent interroger ce point. En tourisme terrestre, quel parcours adoptons-nous ? L’autoroute à fond les bielles ou les petites routes sinueuses et bucoliques ?

En tourisme aérien, la vitesse n’est un critère que pour la limiter. Moins ça va vite, plus en verra de choses.

 

Charge utile

 

Qui dit voyage dit emport d’un certain nombre d’items : la liste est sans limite, mais plus on a d’expérience, moins on en emporte. Au minimum, posons quelques effets de rechange, une tente, un peu de matériel photo/vidéo. Un ULM de voyage doit pouvoir emporter, en plus des deux occupants et du plein de carburant, au moins 20 kilos de bagages.

 

Autonomie

 

Lorsque l’on voyage, on comprend vite que la gestion du carburant n’est pas toujours simple, en tous cas chez nous. Une moyenne vague mais néanmoins réaliste fait apparaître que nos ULM, quelle que soit la classe à l’exception des aérostats, demandent un litre de carburant pour parcourir dix kilomètres, sans vent bien sûr.

Pour voyager confortablement, pouvoir faire le point tous les 400 kilomètres diminuera les pertes de temps aux pompes jamais ouvertes quand on en a besoin.

 

ULM de voyage

 

De ce point de vue, si l’on admet le distinguo entre ULM de voyage et ULM de transport, voici ce serait le parfait ULM de voyage :

Une machine :

  • Légère​

  • Offrant une bonne visibilité vers l’extérieur (tandem à l’air libre)

Nous observons ici que nous sommes très loin de ce qui est présenté comme « ULM de voyage ».

 

Un doute ?

 

« Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances » dit Descartes, père de notre pensée (du moins aux temps où l’esprit critique était encore admis.)

Défaisons-nous un instant des opinions reçues et enrichissons nos connaissances. Quels sont, depuis que l’ULM existe, ceux qui ont le plus traversé l’Afrique, descendu ou remonté les Amériques, volé de l’Europe à l’Australie, plutôt dix fois qu’une ?

Les pendulaires et multiaxes basiques, à l’air libre et en tandem !

Ces voyageurs se tromperaient-ils tous autant que ceux qui croient encore les opinions reçues ?

​

Albert

 

 

vl3.jpeg

Prenons celui qui est actuellement considéré comme le maître étalon de l’ULM de voyage, le VL3. Il s’agit d’un multiaxes à ailes basses dont le dessin est fortement inspiré du Lancair de la fin des années 1970. Il est capable de voler à près de 300 km/h en configuration ULM français.

En France, sa masse max est limitée à 525 kg.

Le fabricant donne la masse à vide à 335 kg (il appartient à chaque utilisateur de vérifier).

Nous avons ainsi 525 KG – 335 KG = 190 kg de charge utile.

Prenons deux individus de 80 kg habillés, ce qui est signe d’une belle hygiène de vie : 2 x 80 KG = 160 kg. Ajoutons nos 20 kg de bagages : 160 kg + 20 kg =180 kg. Il reste 10 kg de carburant, soit 30 minutes de vol en incluant la réserve à l’atterrissage de 15 minutes. Ce n’est donc certainement pas un ULM biplace de voyage.

Nous voyagerons donc seul à bord : 190 kg – 80 kg – 20 kg = 90 kg de carburant, soit 128 litres. Le réservoir offrant une capacité de 120 litres, on peut partir avec le plein. Ou, avec un enfant et moins de carburant. C’est donc un ULM monoplace +1/2 de voyage.

De plus, la position semi-couchée, le tableau de bord haut, l’aile basse et la configuration côte-à-côte limitent fortement la visibilité vers le bas. Ce n’est donc pas le meilleur ULM de tourisme.

 

Il s’agit plutôt d’un ULM monoplace de transport. Ce qui, bien entendu, ne retire rien à ses immenses qualités. Sinon que l’on sait, quand on est bien formés, que l’ULM n’est pas à considérer comme un moyen de déplacement, sauf à se mettre parfois en danger…

La majorité des pendulaires est limitée à 450 kg (voire moins, selon l’aile).

450 kg – 160 kg – 20 kg = 270 kg. Pour parcourir 400 kilomètres, il lui faudra 50 litres, soit 35 kg. 270 kg – 35 kg = 235 kg. La plupart des pendulaires offre une masse à vide inférieure, voire très inférieure, à 235 kg. Ces appareils sont donc de vrais ULM biplaces de voyage.

Une exception pointe néanmoins le nez : les pendulaires que leurs constructeurs présentent comme des « ULM de voyage » et dont la principale différence d’avec les autres est d’être beaucoup plus lourds !

 

 

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