Editorial ULMiste n°1

Article paru dans ULMiste n°1, mai 2010

 

Le contrat

 

L’ULM est né en enfreignant les lois. Plus précisément, sans tellement se demander quelle loi s’appliquerait à un aéronef constitué de l’assemblage d’une aile delta et d’un moteur “de tondeuse”, pour reprendre un cliché pas forcément infondé historiquement mais largement obsolète. C’est donc sans autre forme de procès que ses initiateurs prirent les airs sous leurs engins, ce qui colle parfois encore aux ULMistes une image d’anarchistes irrespectueux des lois. Ils l’ont été. Ils ne le sont plus.

Entre temps en effet, un cadre réglementaire est venu régir notre micro aviation. Qu’il soit adapté ou non ne change rien : notre devoir de citoyens est de nous y plier et si elles ne nous conviennent pas, de faire en sorte qu’elles changent. Toute loi est une forme de contrat entre la société, organisée chez nous de façon démocratiquement pyramidale, et l’individu. Ces règles sont édictées non pas de façon arbitraire, mais après concertation entre le législateur et les instances représentatives. On peut donc considérer a priori (et dans le meilleur des mondes), que les lois conviennent sinon à tous, au moins à la majorité. Toutefois, ces règles sont les mêmes pour tous, y compris ceux qui sont contre et seuls ceux qui les enfreignent paieront, sans qu’aucune forme de punition collective ne soit (théoriquement) possible.

 

Dans l’ULM, le contrat, qui certes évolue dans le temps sur la forme, pose comme fondement (nommons cela “l’esprit de la loi”), que l’ULM français n’est pas certifié. Moyennant quelques conditions : un domaine de vol restreint (espaces aériens et aérodromes à l’accès limité), biplace, puissance, masse à vide, masse au décollage et vitesse basse limitées. Au respect de ces seules conditions notre exigence de n’être pas certifiés est satisfait.

Ces conditions imposées sont des variables. Les plus de 300 kg à vide possibles aujourd’hui furent 175 kg avant 1998. Il est donc envisageable que cette donne évolue encore, bien que cette voie semble être proscrite par l’histoire immédiate. En revanche, l’esprit de la loi, lui, ne doit pas changer : l’ULM français n’est pas certifié. Pour être plus précis encore, il n’est certifié que par son constructeur et celui qui en prend les commandes, lequel accepte, dans ce contexte, d’assumer la responsabilité pleine et entière de son éventuel passager et des personnes survolées, dans le respect des hauteurs réglementaires.

 

C’est parce que ce contrat nous semble admissible et cohérent que nous nous ferons un point d’honneur à le respecter. Sans jamais ni juger, ni jeter la pierre, ni faire la morale à quiconque. Parce que l’essence de ce contrat est que nous sommes “auto responsables”. A titre individuel, chacun juge de ce qu’il doit faire, décide en connaissance de cause et assume seul.

 

Un journal, lui, n’est “auto responsable” que dans la limite où il accepte d’assumer les conséquences individuelles ou collectives de ce qu’il publie ! Un journal est donc responsable tout court. “Faites ce que je dis, pas ce que je fais” n’aura pas de place ici. Nous dirons ce que nous faisons et que, de son côté, chacun se débrouille. 

 

Beaux vols !

 

Pierre-Jean le Camus