Polissons !

Article paru dans ULMiste n°1, mai 2010

 

Polissons !

 

Polir un appareil en aluminium est une bonne solution pour gagner en efficacité aérodynamique et en masse, au bénéfice supplémentaire d’un “look” hors du commun, moyennant quelques menues contraintes que François, qui a construit et poli le ZENAIR 601 XL qui illustre ce papier, nous passe ici en revue.

 

François Chapperon

 

Nous avons tous vu des photos, des films, voire “pour de vrai”, des appareils avec une finition “miroir”.  Howard  Hugues était persuadé que le gain de poids et la finition polie lui donnerait les records de vitesse qu’il attendait. Ce fut le cas  avec son appareil brillant comme une flèche d’argent  le XF-11 avec deux moteurs de 3000 hp à hélices contrarotatives (Reconstitution récente dans le film “The Aviator”).

 

Le 14 juillet 1938, il bat le record de vol autour du Monde avec son Lockheed Electra L14, lui aussi brillant comme un lac de mercure. La tenue et la durabilité des peintures de l’époque, seraient aussi, selon certains, une des raisons qui poussèrent les compagnies à disposer de flottes entières d’appareils en aluminium poli-brillant. J’ai personnellement voyagé en Super Constellation Air France, en aluminium poli, uniquement décoré d’une magnifique crevette bleue !

 

Esthétiquement parlant, on aime,  ou pas ! Mais, “ça en jetait” !

 

La main-d’œuvre était sans doute meilleur marché que de nos jours, et l’immobilisation d’un appareil pendant plusieurs semaines pour polissage, encore chose admissible ?

 

Mais revenons à nos chères machines volantes ultra légères !

 

La finition “poli-miroir” est envisageable et le résultat final est assez spectaculaire ! Pour certaines machines cela leur donne un petit air de Warbird… Plus besoin de strobes disent certains… On est repérable de loin avec une pareille finition…

Ne parlons pas forcément d’un gain considérable de poids, car entre les 8 litres d’apprêt et peinture et “l’extrait sec” une fois appliqués, le gain sera de 3 à 4 kg.

 

Comment et avec quoi ?

 

Tout d’abord il faut veiller à connaitre la nature (la nuance de l’alliage) de l’aluminium utilisé pour  la construction de votre machine. Certains alliages, riches en cuivre, sont prévus pour être peints sans quoi ils se corroderaient trop vite, et encore plus avec une finition polie.

La majorité des ULM en aluminium le sont avec la nuance 6061 T6, c’est le cas chez ZENAIR, pour le 601, le 650, ou le 701. C’est aussi le cas chez ICP, pour le Savannah, le Bingo. A vous de vérifier avec votre constructeur. Cette nuance d’aluminium plus riche en magnésium, plus pauvre en cuivre, résiste beaucoup mieux à la corrosion et se prête à une finition polie. En revanche, si votre machine est déjà peinte et que vous souhaitez la décaper (gros boulot en perspective), nous vous conseillons de vous approcher du constructeur de la machine pour qu’il vous fournisse toutes informations utiles.

 

Il faut savoir qu’une finition poli-miroir fera ressortir les moindres défauts d’aspects de votre machine…le jour où elle en aura ! (bosses, rayures, etc.) Votre  travail  va durer de 150 à 180 heures, pour obtenir un résultat impeccable sur un appareil entier. Vous pouvez vous exonérer du dessous du fuselage, voire d’une partie des flancs si vous avez prévu de rajouter une touche de couleur par une mise en peinture partielle et décorative. De quoi tomber à 120 heures pour le 601 XL en photos ici. Lorsque l’on cherche en France des solutions  pour le polissage de l’aluminium, on ne trouve pas de quoi traiter des tôles fines (0.4 à 0.6 mm) sur site. Il faut aller en Amérique du Nord où la culture de l’aluminium poli est infiniment plus développée que chez nous ! Il suffit de voir les finitions des Harley (tout n’est pas chromé, il y a aussi de l’alu poli), les pare-chocs des camions géants, et surtout, les mythiques caravanes aux extrémités arrondies : les fameuses “Airstream”.          

 

L’existence de ces débouchés toujours actifs, encourage la commercialisation des produits et outils avec la méthode qui va bien, à un prix raisonnable.

La maison mère “Nuvite” dispose d’un site de commandes en ligne, mais ne répond pas à l’email que j’ai pu lui envoyer pour passer une commande vers l’Europe… Par contre, un de ses distributeurs m’a répondu et livré en 6 jours ! (Voir en fin d’article les adresses de la maison mère et du distributeur, la liste des articles et quantités à commander).

 

On peut aussi facilement trouver ces mêmes produits en France chez ULM Technologie, chacun fera ses comptes… et assumera ses choix !

 

Matériel

 

Pour le matériel, il faut une vraie lustreuse (forme de disqueuse) avec un plateau “velcro” et un variateur électronique car il va falloir polir à petite vitesse ! (entre 500 et 1500 tours maxi. On pourra afficher une vitesse supérieure au variateur car en fonction de la pression exercée le plateau tournera plus ou moins vite). En effet il faut éviter de cuire le produit, et de dénaturer la structure de la feuille d’aluminium par un échauffement anormalement élevé.

Pour mettre sur la lustreuse, prenez les disques en laine véritable proposés sur le site du distributeur de “Nuvite”. Ils sont moins chers que les meilleurs que j’ai pu trouver en France chez les grossistes pour carrossiers et d’une qualité vraiment hors du commun. De plus, la laine très épaisse et très dense est fixée sur un support incurvé sur les bords qui permet de faire les angles concaves, sans rayer. Il faut aussi commander la poignée à roulettes dentelées qui permettra de décoller les mèches de laine sur le plateau de la lustreuse.

 

Polissons !

 

Pour le polissage, il faut poser du produit avec le doigt sur l’aluminium sur une surface de 50 x 50 cm environ, par petites touches,  tous les 10 cm (un peu comme si vous trempiez  votre doigt dans un pot de confiture pour en déposer sur les surfaces à polir!).

Puis, polir doucement en aller et retour réguliers. Il va se créer une bouillie noire en surface qui progressivement disparaîtra pour faire apparaître de l’alu poli et noircir considérablement (!) la blouse que vous aurez eu la bonne idée d’enfiler au préalable, ainsi que des gants en caoutchouc. Sinon, votre compagne risque de trouver beaucoup moins de charme à vos mâles paluches, aussi éprise de vous soit-elle !

Attention ! Il vous faudra renouveler l’opération deux fois au même endroit pour obtenir un résultat que vous jugerez satisfaisant.

Régulièrement (tous les 50cm²) faites tourner la lustreuse à vide en appliquant fermement les roulettes sur le plateau. C’est indispensable pour décoller les poils de laine entre eux, éliminer les particules de produit utilisé, qui forment une espèce de croute en surface du plateau lustreur.

Au bout de 3 à 4 m², changer de plateau lustreur. Vous les passerez à la machine à laver en rentrant (seuls,  ça dégorge grave !) à 30° plus lessive standard.

En progressant dans la maîtrise du geste et de la technique, vous découvrirez assez rapidement qu’un troisième passage est vraiment indispensable ! Mais cela, ce sera à la fin du deuxième passage sur tout l’appareil, avec la satisfaction et l’encouragement procurés par la qualité du résultat déjà obtenu !

 

Ce résultat, vous ne pourrez le mesurer qu’en passant par une phase dégraissage et nettoyage.

Pour cela, il faudra vous munir de 5 ou 6 chiffons en microfibres douces (rayon ménage supermarchés) et de dégraissant pour pièces de mécanique (rayon droguerie). En effet, la surface travaillée présentera des traces noires de produits  sur certains angles, creux,  et surtout dans et autour des rivets. Il faut donc mouiller avec le dégraissant en frottant avec la microfibre, puis sécher dans la foulée avec une autre microfibre pour voir le vrai rendu de votre travail (les microfibres passeront en machine avec les plateaux lustreurs… évitez de croiser votre épouse… elle risque de vous interdire de mettre “ça” dans la machine familiale !) Attention ne tentez pas d’utiliser un vieux chiffon bien doux en lieu et place des microfibres, vous seriez bon pour tout recommencer, ça raye !

Au final, cela peut donner quelque chose comme ça.

 

Le top du top s’obtiendrait avec un “cyclo polisher” à 2 ou 3 têtes et un linge spécial… Mais là il faut investir lourd…

 

Et l’entretien après, ça se passe comment ?

 

Les microfibres vont vous servir à chaque sortie, pour nettoyer et sécher immédiatement l’appareil. Une mouillée d’eau savonneuse, et deux ou trois autres, pour un séchage immédiat.

Eau de pluie, rosée ou eau de nettoyage, toutes sont chargées de sels minéraux, de poussières, qui, si vous les laisser sécher sur l’appareil, viendront à coup sûr  ternir votre œuvre d’art, jour après jour…

 

Interdiction formelle de vernir, pour protéger votre travail. Aucun vernis n’accroche sur une surface aussi lisse et les risques de cloques et de décollement partiels sont réels! Je vous laisse imaginer le résultat esthétique et l’ampleur du drame pour tout décaper !

Une seule recette : l’huile de coude et éventuellement une cire liquide de carrossier, qui s’évacuera au fur et à mesure de vos entretiens.

Parce que je n’avais pas suivi les conseils ci-dessus, j’ai du lustrer une nouvelle fois mon appareil… Comme le dit la documentation du fabricant du polish, “vous serez étonnés de la facilité de l’opération et du résultat rapide” et c’est vrai ! Je n’ai mis qu’une dizaine d’heures pour lustrer à nouveau les parties exposées aux eaux de pluie et le résultat est toujours plus spectaculaire !

Ceci étant, un petit coup de lustreuse une fois par an avec le polish grade “S” (smooth=doux) permettra à votre miroir de vous dire à nouveau que vous êtes le plus beau !

 

Le résultat sera à la hauteur du travail fourni, et vous ne serez pas déçu !

 

Le jour où vous compterez vos caresses à l’objet de votre passion, il suffira de remplacer le plateau de laine par un plateau abrasif souple et de procéder à  la mise en peinture traditionnelle.

 

Fournitures :

 

• Perfect polish :

www.perfectpolish.com

 

Les produits :

- 3 boîtes de Nuvite “grade 7”

- 2 boîtes de “grade S”

- 3 Compound pad 7.5”

- 1 roulette

 

• En France :

ULM Technologie

 

+ dans le commerce : 5 à 6 microfibres + dégraissants pour métaux (remplace le trichlo)

 

+ huile de coude, temps libre et patience

 

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