Combien coûte l'ULM ?

Article paru dans ULMiste n°20, août 2015

 

Combien coûte l'ULM ?

 

"Bonjour, je voudrais savoir combien ça coûte pour apprendre l'ULM ?"

 

C'est la première question que tous les instructeurs ULM entendent à chaque fois qu'un éventuel futur élève appelle ou se présente. La réponse trouve généralement ses origines en Normandie : "ça dépend ! De votre progression, etc.", mais en gros, le candidat peut se faire une idée en fonction du tarif horaire appliqué par l'école et des moyennes qui lui auront été indiquées.

 

Pierre-Jean le Camus

 

Mais la vraie question à laquelle le futur ULMiste attend une réponse est : "combien coûte la pratique de l'ULM". En effet, le brevet n'est pas une fin en soi et même si seul un élève sur quatre s'implique réellement, moyenne observée depuis trente ans, au départ nous pensons tous que notre pratique de l'ULM sera intense, que nous irons au bout du monde et que plus rien d'aura d'importance.

Mais avant de s'engager et sauf à accepter la frustration d'une formation qui ne débouchera sur rien d'autre que la satisfaction de détenir un papier vert (brevet ULM) inutile, il vaut mieux savoir à quoi s'attendre vraiment. Nous allons donc tenter de répondre à cette question en tenant compte du réel, de ce qui s'observe sur le terrain et de notre expérience. Nous avons volontairement occulté les frais annexes tels que la distance à parcourir pour aller au terrain, faux frais, restaurants ou tournées générales, petits accessoires (cartes, équipements divers) parce-que ces données sont variables et pas forcément à prendre en compte. Quand on va déjeuner le dimanche sur l'aérodrome voisin avec les copains ULMeux, le coût du restaurant n'est pas forcément à inclure dans la pratique ULM, vu que, ce dimanche-là, on y serait peut-être allés en voiture avec belle-maman. On peut donc considérer que cet aspect des choses est un loisir annexe. Il est vrai que, sans belle-maman et avec la perspective de revenir en vol, sans doute le poste "pinard" sera-t-il moins élevé. Somme toute, l'ULM permet donc une économie !

 

Achat ou location ?

 

Bien peu de structures proposent la location d'ULM et pour cause : notre réglementation prévoit que la responsabilité de la navigabilité d'un ULM est partagée entre le constructeur et le commandant de bord. Il est donc difficile d'assumer la responsabilité d'une machine dont on ne connaît pas l'historique. Exemple : le locataire précédent a posé dur et une crique est apparue dans le train d'atterrissage. Vous prenez la machine, le train rompt, la machine s'affaisse et de gros dégâts apparaissent. Vous et vous seul êtes responsable. C'est pour éviter les complications juridiques qui s'ensuivent que la plupart des structures ULM ne proposent pas de location. Toutefois, cela existe, aussi nous détaillerons plus bas les coûts que cela génère. En vérité, la location n'existe que dans les structures qui n'ont pas encore eu de souci, mais une fois ce triste cap passé, elles revoient parfois leur copie, voire disparaissent tout simplement.

 

Achat

 

Il faudra donc, si l'on veut vraiment pratiquer l'ULM, envisager l'achat d'une machine. Eventuellement en copropriété avec des personnes en qui on a toute confiance (la FFPlUM édite sur son site un contrat de copropriété fort bien ficelé). Donc, anticiper les coûts que cela représente. Détaillons chaque point, puis reprenons-les dans un tableur que chacun pourra reproduire et faire évoluer à sa guise. Partons du principe que nous allons garder notre machine 5 ans et observons d'abord les frais fixes (que l'on vole ou non), puis les variables (en fonction des heures de vol effectuées).

 

Frais fixes

 

Evolution du capital

 

Partons d'une machine achetée 30 000 €TTC. Ceci peut être un pendulaire neuf de bonne facture, un trois-axes relativement modeste, ou le kit d'une machine plus évoluée avec un moteur reconditionné qui sur le papier comme dans la vraie vie en donnera autant et aussi longtemps que le neuf, pour beaucoup moins cher (voir l'essai G'Decouv'R dans ce même numéro). Les Rotax 912 reconditionnés sont vendus à des prix peu élevés par rapport à leur valeur parce-que personne (ou presque) n'en veut. C'est une erreur, ces derniers sont aussi fiables (voire plus, puisque refaits à la main), que les neufs. Economiquement, mieux vaut une machine neuve avec un moteur refait qu'un moteur neuf sur une machine usée. Seuls les astucieux que nous vous invitons à devenir l'ont compris et tant mieux pour eux !

Ces 30 000 € ont un coût annuel, une fois qu'ils sont déboursés. Une fois mise dans un ULM plutôt que laissée à la banque, cette somme a un coût que nous estimerons au minimum à 2% par an. Soit 600 € la première année, 588 € la deuxième année, 576,24 € la troisième année, 564,72 € la quatrième année et 553,43 € la cinquième année.

 

Obsolescence

 

Un ULM, qu'il vole ou non, perd de sa valeur. Comme une auto ou tout autre bien de consommation. En l'occurrence, on peut raisonnablement tabler sur 10 % par an. Soit 3000 € la première année, 2700 € la deuxième année, 2430 € la troisième année, 2187 € la quatrième année et 1968,30 € la cinquième année. La machine achetée 30 000 € ne pourra, potentiellement, valoir plus que 17 714,50 € au bout de cinq ans. Ceci est la théorie, dans la pratique le marché de l'occasion est globalement surévalué et dépend notamment du nombre d'heures, mais autant se parer au plus juste et si la machine est mieux vendue, tant mieux ! Attention à l'observation des petites annonces, ce qui compte est le prix auquel la machine a été vendue et non pas le prix qui en est initialement demandé. Ce chiffre est rarement connu.

 

Hangar / club

 

Que la machine vole ou non, il va bien falloir la poser dans un hangar, sur un terrain ULM ou aérodrome. Il est bien sûr possible d'opter pour une machine pliable (donc un pendulaire ou quelques trois-axes) pour la ramener chez soi après chaque vol en fonction de la place dont on dispose dans son garage. Les tarifs demandés pour parquer une machine varient énormément en fonction des régions, de 50 € par an par endroits (rare), à 300 € par mois près des grandes villes. Nous avons estimé une moyenne à 50 € par mois, soit 600 € par an. A quoi s'ajoutent la cotisation au club, moyennons à 50 € par an. Nous en sommes donc à 650 € par an.

 

Licence FFPlUM et assurances

 

La licence FFPlUM n'est pas obligatoire, mais vivement recommandée, tant qu'elle fait du bon travail et c'est globalement le cas. Avec l'assurance biplace et la responsabilité civile hangar, le coût est de 408 € par an.

 

Bilan frais fixes sur cinq ans et annuel

 

Coût financier : 2 882,39 € sur cinq ans, soit 576,48 € par an en moyenne.

Obsolescence : 12 285,30 € sur cinq ans, soit 2 457,06 € par an en moyenne.

Hangar / club : 650 € par an.

Licence / assurance : 408 € par an.

Total annuel : 4 091,54 €

Le propriétaire d'un ULM d'une valeur initiale de 30 000 € doit débourser 4 091,54 € par an avant même de démarrer son moteur.

 

Allons voler !

 

Après tout, le jouet est fait ça et aux frais fixes qu'il génère, il vaut mieux s'en servir ! Et le plus possible, car à partir d'ici, plus on vole, moins l'heure de vol est chère, bien que le budget global annuel augmente, par la force des choses.

 

La moyenne déclarée des heures de vol est de 50 heures annuelles. Nous avons validé ce chiffre par des recoupements avec les petites annonces de machines d'occasion. Restons donc sur cette moyenne, puisqu'elle est fiable et représente, du reste, le minimum pour entretenir correctement ses compétences. 50 heures par an, ça n'est jamais qu'une heure de vol par week-end, ou quatre heures par mois.

 

Carburant

 

Prenons l'hypothèse d'un litre au prix moyen de 1,50 €, ce qui en fonction des variations perpétuelles et de l'huile qu'il faut intégrer dans le carburant ou séparément, représente un chiffre fiable. Notre machine consomme en moyenne 13 litres à l'heure, un peu plus en biplace et un peu moins en monoplace. Soit 19,5 € par heure de vol.

 

Entretien

 

L'entretien de nos ULM varie considérablement d'une machine à l'autre. Selon que l'on parle d'un trois-axes métallique ou d'un pendulaire, le premier ne coûtera rien ou presque en entretien cellule tandis que le second impose des révisions calendaires ou fonction des heures de vol. Les moteurs étant les mêmes, leur entretien ne varie pas d'une machine à l'autre. Une moyenne observée fait ressortir que miser sur une provision de 15 € de l'heure pour l'entretien de l'ULM met à l'abri des surprises. Les professionnels, qui usent des dizaines de machines dans leur carrière et parlent donc d'expérience, misent sur ces 15 €, en moyenne.

 

50 heures par an = 116,34 € de l'heure

 

Pour 50 heures par an, nous parvenons donc au coût de l'heure de vol suivant : frais fixes 4 091,54 €/50 h = 81,84 €, plus carburant 19,5 €/h x 50, plus entretien 15 €/h x 50, soit 116,34 € de l'heure. Pour un budget global annuel de 116,34 x 50 h = 5 817 €.

 

Voler plus pour payer moins ou voler moins pour payer plus ?

 

5 817 € par an, c'est une somme et nous comprenons donc que pratiquer l'ULM est onéreux ! 484,75 € par mois, c'est le loyer du gamin qui fait ses études, une belle assurance-vie ou ce que l'on voudra. Il faut donc faire des choix et l'immense majorité des ULMistes sont devant ce dilemme et se sacrifient, car ce qui n'a pas été dit, c'est que la chose vaut le coût ! Voilà des milliers d'années que l'homme sait marcher, gravir les montagnes, traverser les océans… voilà des milliers d'années que l'homme rêve de voler ! Et voilà seulement moins de quarante ans que l'homme peut posséder son propre aéronef et aller voler quand bon lui semble… ça vaut bien plus que 484,75 € par mois !!!

Mais, tout de même, essayons de baisser ce budget, sans quoi Maman va finir par faire la tête (si ce n'est déjà fait)…

Volons 20 heures par an, soit une heure et demi par mois. Le budget global est alors ramené à 4 091,54 €/20 h = 204,58 €, plus carburant 19,5€/h x 20, plus entretien 15 €/h x 20 = un budget global de 4 781,60 €. On a économisé 1 035,40 € dans l'année, mais on a volé à 4 781,60 €/20 h = 239,08 € de l'heure ! A ce tarif horaire, il vaut mieux envisager de faire de l'avion biplace en aéroclub, ce sera beaucoup moins cher !

Baissons le coût de l'heure de vol, donc volons davantage ! Disons 100 heures par an, on est à la retraite, les enfants sont autonomes, bouffons donc leur héritage ! Le budget global est alors ramené à 4 091,54 €/100 h = 40,92 €, plus carburant 19,5€/h x 100, plus entretien 15 €/h x 100 = un budget global de 7 542 €. Par rapport aux 50 heures, on a dépensé 1 725 € de plus dans l'année, mais on a volé à 7 542 €/100 h = 75,42 € de l'heure ! Propriétaire de la machine proposée plus haut, donc libre de ses mouvements, ce tarif est imbattable !

 

Location

 

Gemilis Aero, à Bourg-en-Bresse, aérodrome Terre des Hommes. Gérald Thévenon, le gérant (également gestionnaire de l'aérodrome), a basé son business plan sur la location, depuis quelques années. Plusieurs machines sont proposées, toutes de même type et pareillement équipées, Savannah S, afin que les utilisateurs restent dans le même environnement quel que soit l'ULM utilisé. Pour 30 000 €, notre hypothèse, on peut trouver, en occasion, une machine de ce type, voire même en kit avec un moteur d'occasion comme suggéré plus haut. Le tarif de la location est de 96 €TTC de l'heure, machine assurée et carburant compris. Soit 4 800 € pour 50 heures par an. Nous voyons donc que pour 50 heures par an, il vaut mieux louer, on économise 1 017 € par an. Pour 100 heures par an, on arrive à 9 600 €, il vaut donc mieux acheter, on économise 2 058 € par an ! La bascule s'opère, dans le cas que nous observons, à 66,50 h de vol par an. A ce nombre d'heures, louer à 96 € de l'heure ou acheter dans le cadre proposé revient au même. Enfin, pas tout à fait, un propriétaire vole quand il veut et où il veut, tandis qu'un locataire, outre la dilution des responsabilités que nous avons évoquée plus haut, vole quand la machine est disponible et doit montrer patte blanche et payer un nombre d'heures forfaitaire s'il veut partir plusieurs jours. En revanche, le locataire n'a pas à se soucier de l'entretien !

 

Comment baisser les coûts ?

 

L'évocation de ces chiffres donne le tournis, surtout à Madame, si elle lit par-dessus votre épaule… N'existe-il donc aucun moyen de baisser le coût de l'heure de vol, notamment, voire surtout, pour que des jeunes puissent s'adonner à l'ULM sans avoir à attendre d'être de bons ex "3 enfants à charge" ?

Bien sûr et heureusement, il est possible de baisser ces coûts. En optant pour une machine moins chère par exemple : moins elle est chère à l'achat, moins elle se déprécie dans le temps. Nous qui avons commencé l'ULM jeune, avons revendu nos premières machines, au bout de quelques années, au prix auquel nous les avions achetées. Un bon pendulaire ou un Weedhopper (exemples) à 4 000 € en vaudront autant cinq ans plus tard. En 5 ans, avec un petit crédit à la consommation, on se paie l'ULM pour moins de 80 € par mois, ce qui, même jeune, est acceptable. Et on se rendra vite compte qu'avec cette machine, on en fera autant, voire plus, que ceux qui volent sur leurs beaux ULM haut de gamme. Le coût du hangar, lui, peut être revu à la baisse moyennant une implication dans la vie du terrain : tondre la pelouse, repeindre le hangar, nettoyer les machines, accueillir les visiteurs, tenir un stand au centre commercial ou à la fête de la saucisse du coin, autant de tâches que de moins en moins de bénévoles veulent assumer et que l'on peut donc troquer contre une remise sur le loyer. Utilisateur de pendulaires, pliez votre aile après chaque vol, en général cela divise le loyer par deux et ça ne prend guère plus de temps que d'ouvrir le hangar, sortir les machines pour atteindre la sienne qui est toujours au fond, rentrer les machines, refermer le hangar, etc. On peut aussi ne pas acheter de machine, dans un premier temps, et proposer ses services pour les baptêmes du club ! Ou bien encore, quand on est un heureux penduleux, aller proposer ses services comme remorqueur delta : les clubs de delta cherchent des remorqueurs en permanence et, cerise sur le gâteau, la chose est extrêmement formatrice !  

 

Accessoirement, que représentent, par rapport à ces sommes qui donnent le tournis, les 35€ qui vous sont demandés pour recevoir 6 numéros consécutifs de votre magazine préféré ? On dit ça, on dit rien, hein !

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