Fly to Dakar (septembre 2002)

Exculisivté Web

Fly to Dakar : Nord Espagne : paumés comme des bleus !

 

Mardi 3 septembre 2002 : Torreilles - St Pau - Manresa : 3 h 30

 

Pierre-Jean le Camus

 

Vu que nous volons sans liaison radio entre nous, à cause de ma batterie qui est défaillante et qui ne me permet que de recevoir, nous avons décidé de nommer un meneur sur chaque étape. Le suivant suit - ben si - et ne se permet aucune fantaisie, sauf s'il est sûr et certain que le leader est en train de se perdre, auquel cas il se débrouille pour le faire savoir et ramener tout le monde sur le droit chemin.

 

Aujourd'hui, le GTE est devant. C'est une erreur dont je prends conscience dès le décollage. En effet, j'ai passé plusieurs fois les Pyrénées à cet endroit, contrairement à mes camarades. Or, vu que la visibilité et le plafond ne sont pas optima, il eût été préférable que je prenne les rênes. Ce qui devait arriver arriva, et s'ensuivit un prévisible pataquès au moment de passer la montagne. J'étais au-dessus de la couche nuageuse, voyant bien que ça passait, cependant que le Air Création plus bas faisait demi-tour en me cherchant, pensant remettre à plus tard la traversée. Pestant et rageant, je sacrifie les 500 mètres qui me séparent du GTE, plonge, le rattrape et lui fais signe avec conviction qu'au-dessus c'est faisable. Il me suit, mais avec peine, quelque peu rétif à pousser sur sa barre pour optimiser sa montée. Du coup, je me retrouve devant et compte bien y rester, contrairement à ce qui était prévu. 

Le GTE comprend, et semble être d’accord. Sitôt la montagne passée, je redescends à 300 mètres sol comme le veut la réglementation locale, en prenant soin d'éviter la zone militaire qui gît là. Passage verticale Ordis, où officie Joan, importateur européen des Quicksilvers. J'hésite à m'y poser, sa base est très belle, et c'est un bon client. Cette dernière pensée efface toute hésitation : je suis en vacances, et compte bien oublier quelque temps mon prenant boulot. A partir d'ici commencent les ennuis. Cap au X comme indiqué sur notre carte au 1 / 1 000 000 (hélas), recherche de repères que nous pensons trouver, puis, au bout d'une bonne heure, nous voilà bel et bien perdus. Je laisse sournoisement le GTE passer devant, comme pour pouvoir plus tard lui rejeter la faute de nos errances. Droite, gauche, inversement, on remonte une vallée étroite, le stress tout doucement s'installe en nos veines. Demi-tour, puis encore. Coup d'œil furtif aux réservoirs. C'est le vide, ou pas loin. Nous sommes là, c'est sûr ; la seule question est de savoir où est le la, mais la partition n'est pas marrante.

Avec Pascal, nous cherchons désormais un terrain posable. Nous n'avons pas d'autre choix. Nous sommes loin de notre destination, c'est sûr à présent, sans autonomie. Je repère une parcelle en contre-pente, me présente, vachte ! ça défile vite. J'attendrai d'être à un mètre du sol pour remettre les gaz, alors que Pascal me crie dans l'intercom "on est vent de cul, trop vite, ça le fait pas, gaz gaaaaaaz !" La ligne qui borde cette parcelle consent à rester un mètre sous nos roues, puis nous nous retrouvons à cinq mètres au-dessus du village, à slalomer même pour éviter les maisons un peu plus hautes. A ce moment précis, je donnerais tout ce que je possède pour être ailleurs. Ca fait pas lourd, je n’en disconviens pas…Je crois que je vais me  faire mal. J'ai peur ! Pascal derrière moi ne dit rien. C'est mon ami, nous nous sommes perdus par ma faute, je me dois de le ramener entier sur cette terre hostile. Que me dira sa petite Thi-Maï, née pour notre plus grande joie le jour même de mes 25 ans, quand je lui ramènerai un papa tout cassé ? Je dois nous sortir de cette merde ! Centimètre après centimètre, nous grattons un peu de hauteur. Gaz à fond et barre presque en butée, je pense à larguer nos bagages, à la manière des aérostiers. Après de vaines et courtes recherches, il n'y a plus de choix : ce même champ dans le sens inverse. Je me présente, face au vent cette fois-ci, arrondi, posé en dix mètres. On dirait que l'herbe est haute ! Stéphane se pose derrière, très court également.

Nous ne pourrons repartir d'ici, c'est évident, mais les hommes et le matériel sont entiers. Merci mon Dieu ! 

Parons au plus urgent : l'essence. Un vieux Land s'arrête. En sort un gars qui nous cause. Ah, oui, nous sommes en pays Catalan. Les compères se tournent vers moi, supposé expert en espagnol (castillan). Je me hasarde : "ah, oui, mais cet homme-là nous parle en Catalan". Oui, bon, OK, pas le moment de faire le cake, je m'adresse donc à lui en espagnol, ça fonctionne. Bidons souples, les copains gardent le rejeton du monsieur en caution. Bon, d'accord, en fait l'enfant me cède sa place dans le véhicule. La station se trouve à St Pau, à cinq kilomètres à l'Est, plus bas dans la vallée. Au premier rond-point, le Guardia Civil fait son boulot. Mon conducteur, tout en me racontant des histoires à dormir debout, m'invite à m'appliquer cette ceinture que je tente désespérément de sortir de son grippant destin d'années d'oisiveté. 

Cependant que lui s'inquiète de ma conformité avec le code de la route, la seule idée qui me hante est que personne n'ait la bonne idée de s'arrêter pour apprendre à ces pandores que deux machines volantes attendent patiemment après leur destin, là-haut…Après avoir encore une fois parfumé l'auto du monsieur avec nos bidons souples qui le sont décidément trop, nous faisons les pleins, poussons les machines de l'autre côté de la route. Les copains ont profité de ma demi-heure d'absence pour prendre la mesure de l'espace dont nous disposons. 50 cm de chaque côté, à l'intérieur des deux poteaux qui bordent cette route… C'est un peu peu. D'autant qu'une ligne téléphonique a eu la bonne idée de s'établir là, à gauche, comme pour donner la réplique au relief, à droite. L'arbre au bout de cette "ligne droite" ne se trouve qu'à 250 mètres. Ca passe encore, ce végétal est là juste pour parfaire le charme de la situation.

Pour ma part, en dépit d'une certaine expérience de situations exotiques, je suis pris d'une sévère et irrépressible envie de renoncer, et cherche déjà dans mes papiers le téléphone de Manresa, afin de demander que l’on vienne nous chercher par la route. Hélas, nous n'avions pas prévu d'y poser, je suis donc démuni de ce Sésame. Il faut donc y aller. Décoller de cet endroit propice à tout, sauf à ça... Avant que nous ne décollions, le propriétaire du terrain se ramène qui nous demande de quoi ni qu'est-ce ? Discussion, démonstration de l'absence de dégât, bon, OK, l'homme reste sceptique mais se plie à mes prières. Faut qu'on y aille, maintenant. Des touristes français passent opportunément par là dans leurs campings cars : "stop, merci siouplé, possible arrêter les voitures et tout ça ?". Ca le fait, ils comprennent, sont sympas, arrêtent la circulation, tout contents d’avoir un truc invraisemblable à raconter, gaz, peur au ventre, ça passe pour tous les deux. Jamais, jamais, jamais, je ne veux revivre cette aventure.

 

En arrivant à proximité de Manresa après une heure de descente à travers un paysage de moins en moins hostile, le ciel se charge terriblement. Il fait bien noir, là devant. Là où nous allons ! Nous en avons assez vu depuis ce matin, et pensons, sinon espérons que cela suffira pour aujourd'hui. Mais non. C'est bien là, devant nous, que se développe le plus impressionnant orage sous lequel je n'aie jamais volé. Je trouve le terrain, m'y présente en grillant la priorité à nos collègues, qui d'ailleurs et bizarrement semblent ne pas s'aligner sur le même axe que nous. Nous apprendrons tout à l'heure qu'ils n'avaient pas vu la piste, et préparaient une vache dans un terrain tout proche. La manche à air est dans le coma. Pas bon signe, ça. A peine posés, cette dernière se mettra à s'agiter en tous sens, pendant que nous mettons les ailes au sol. Il est 15 heures, une pluie battante se met à tomber au milieu des éclairs, je sais qu'il nous faudra attendre au moins deux heures de plus avant qu'âme qui vive ne débarque ici. L'Espagne a ses raisons que notre raison ne connaît pas. Et en effet, Miquel déboule vers 17 heures. Je me précipite sur son ordi, afin d'envoyer quelques nouvelles à nos millions de correspondants. Pendant ce temps, les autres conviennent du menu de ce soir, dont nous irons chercher les multiples ingrédients tout à l'heure, en même temps que des cartes praticables au 1 / 4 00 000.