Fly to Dakar (septembre 2002)

Exculisivté Web

 

Fly to Dakar : L'Afrique, enfin !

 

Vendredi 6 septembre 2002 : Cordoba - Medina Sidonia : 2 h 20

Medina -Tétouan : 1 h 30

 

Pierre-Jean le Camus

 

 

Nous quittons donc Cordoba le cœur léger, direct sur Medina Sidonia. Nous y avons expédié de l'huile et autres tee-shirts propres. Le seul problème du deux-temps, c'est qu'il a précisément besoin d'huile. Etant dans l'impossibilité d'emporter toute celle dont nous avions besoin pour des raisons de poids, et craignant de n’en pas trouver en route, nous en avions envoyé sur divers points de notre périple. Medina est le premier. Nous verrons bien en arrivant si le système a fonctionné. La belle piste en dur paraît bien grande vue du ciel. En vérité, elle conserve les proportions exactes d'une 1000 mètres, à la largeur près. On aura donc compris qu'elle n'est pas large, puisque courte.

 

Il est 13 heures, il n'y a personne, il nous faudra attendre un bon moment à respecter les horaires espagnols. Pendant que Pascal et François font la sieste, je pars avec Stéphane à la quête d'un quelconque déjeuner. Le village se trouve bien à 5 kilomètres, sur une haute colline. L'auto-stop ne fonctionnant manifestement pas ici, nous irons finalement à pieds, pour ramener des sandwiches achetés dans une gargote où sèchent au plafond, indifférents à l'odeur de tabac froid, d'irrésistibles jambons crus. Repus, nous tenterons de nous interviouver mutuellement pour la postérité vidéaste, puis Pascal nous changera les bougies.

Tout à l'heure, nous passerons Gibraltar, il nous faut mettre toutes les chances de notre côté. Et les bougies, spicologiquement, c'est kékchose ! Roberto, maître des lieux, arrive vers 17 heures, malgré qu'il m'ait auparavant assuré au téléphone 16 heures. Notre huile est là, qu'il nous livre. Il nous prête son auto afin que nous allions chercher du carburant. Fatigué de nos non liaisons radio, je m'enquiers de la possibilité de lui acheter une batterie pour ma portative. "No problem, I've got one" Ici, malgré le prénom, on parle anglais, puisque notre hôte est polonais, c'est logique ! Je la lui achète donc, puis nous partons, bien que cet antipathique individu nous ait formellement déconseillé de quitter l'Espagne sans plan de vol. Nous savons quant à nous qu'il est interdit ici de vouloir rester légal, sous peine d'attendre jusqu'aux calendes grecques, voir tchétchènes…en effet, les relations entre l'Espagne et le Maroc sont telles que tout plan de vol entre ces deux pays est systématiquement refusé. En revanche, nous savons aussi que l'atterrissage est autorisé une fois  sur place.

Gaz donc, cap sur le Maroc, dont les côtes nous apparaissent sitôt décollés. Un bon vent de cul nous pousse, la visibilité est extraordinaire. Je n'ai pas le talent de dire le passage du détroit. C'est un moment unique dans une vie, quelque chose d'indéfinissable et de tellement banal finalement. Qu'il y a-t-il de tellement notable, en effet, en l'an 2002, à quitter l'Europe pour rejoindre l'Afrique ? Nous passons d'un continent à un autre, certes, mais aussi d'un monde à un autre. Du monde des nantis à celui d'un peuple qui n'en finit pas de souffrir. En un mot choc, nous passons de chez les blancs à chez les noirs. Moi qui suis un peu des deux, je me sens chez moi, ici au milieu, à la frontière de ces deux mondes qui s'opposent depuis des siècles.