Editorial ULMiste n°3

Article paru dans ULMiste n°3, octobre 2010

 

Chaque élève pilote espère voir son investissement fructifier au plus vite et aboutir à la délivrance du fameux papier vert. Un sentiment insidieux et bien établi tend à nous faire croire que le sacro-saint diplôme est tout. En l’occurrence, ce diplôme, qui arbore la belle couleur de l’espoir, s’il atteste que l’on est capable de décoller et d’atterrir dans des conditions acceptables, il nous offre surtout l’opportunité de commencer à apprendre à voler. Les quelques heures passées en double commande avec l’instructeur lors de la formation initiale constituent le capital de départ dont dispose le pilote fraîchement breveté.

 

Ce petit capital initial d’aptitudes va progressivement se compléter par diverses expériences de vol. Au fil de ses aventures aériennes, le pilote verra s’étoffer ses compétences les plus sollicitées, tandis que d’autres s’étioleront doucement mais sûrement, faute d’utilisation suffisante… jusqu’au jour où, fort de quelques centaines d’heures de vol et plutôt à l’aise, notre ami se retrouve confronté à une configuration qu’il n’a pas pratiqué depuis des années, depuis sa formation initiale. Il est clair que face à ces lacunes, différentes suivant le vécu aéronautique de chacun, notre pilote “expérimenté” risque de faire pâle figure face au breveté tout juste sorti de l’œuf, inexpérimenté, mais qui conserve encore son modeste apprentissage bien présent en mémoire et dont la vigilance n’est pas encore érodée par la routine.

 

Il est trop rare que des pilotes expérimentés retournent voler avec leur instructeur. Une paire de séances en double commande après quelques centaines d’heures de vol n’est pas un aveu de faiblesse, mais bien au contraire la preuve de la première des qualités requises pour voler : l’humilité, qui ne pourra qu’être apprécié par l’instructeur. Pour ce dernier, revoler avec son ancien “oisillon” lui permettra d’apprécier le chemin parcouru, certainement avec grand plaisir. Le mentor qu’il est mettra tout en œuvre pour l’amener encore un peu plus haut. Ce peut être également l’occasion de raviver l’intérêt pour le vol, qui se dilue parfois dans des vols devenus un peu routiniers. Le talent de l’instructeur s’exprimera alors par une approche plutôt ludique et surtout non rébarbative. Ce retour sera autant utile et intéressant pour le pilote que gratifiant et même révélateur pour l’instructeur, lequel pourra ainsi appliquer quelques réglages dans son enseignement grâce à ce précieux retour d’information.

 

Le maintien du niveau de compétences du pilote est un élément indispensable au vol (voir ULMiste 1 “Bullons”), qu’il faut entourer d’au moins autant de soins et d’attentions que ceux avec lesquelles nous bichonnons nos chères machines et accessoires. Le coût modique (quelques dizaines d’euros) d’une séance en double commande de temps en temps sur sa propre machine est de très loin l’investissement le plus rentable que puisse faire le pilote pour sa sérénité (donc son plaisir) et pour sa sécurité en vol. En situation délicate, une mise à jour récente du pilote pèse autrement plus lourd dans la balance du destin qu’un nouveau GPS en couleurs ou que des carénages de roues tout neufs.

 

Enfin, nous avons l’immense chance de jouir pour l’ULM d’un système réglementaire s’appuyant sur la responsabilité du pilote plutôt que sur un arsenal de règles contraignantes. Confirmons à notre administration de tutelle, à nos élus et aux médias, si prompts à l’inquiétude voire à la sanction, que ce système est le plus souhaitable, que nous ne sommes pas des enfants turbulents qu’on ne peut que contraindre pour obtenir d’eux un comportement responsable. Les réglementations écrasant les pilotes de l’aviation de loisir certifiée nous montrent le cheminement à ne pas forcément reproduire.

 

Jean-Christophe Verdié